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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 12:15

Quai Voltaire, 2016, 331 pages.

la première de couverture solarisée cherche à remettre en mémoire certains de ces disques Vinyle des années 60,  et leur musique planante...

c'est l'été 1969, en Californie, une fille de 14 ans, Evie Boyd, livrée à elle-même, pendant que sa mère divorcée, s’occupe assidûment de son nouveau compagnon. La fille s’ennuie et se fâche avec son amie de toujours ; elle rencontre un groupe de filles hippies, vêtues de haillons, qui circulent dans un car tagué. L’une d’elle, Suzanne, la fascine. mais toutes sont à ses yeux très belles; elle les compare à d'élégants requins fendant les flots; elle envie leur liberté, cette vie sauvage sans attaches etc... en fait, c'est tout le contraire : ces filles sont soumises, sous influence, abandonnées; mais elles jouissent de leur déchéance.

Suzanne est la favorite du gourou de la secte, dans laquelle Evie va être moyennement impliquée. Amenée à vivre l’existence de Suzanne, elle a quelques rapports à peine sexuels avec le gourou Russell qui semble surtout intéressé par la masturbation.

Et elle partage la vie du groupe : vagabondage, vol, malnutrition, usage intensif de diverses drogues, allant, venant, et dormant dans un dépotoir dépourvu de sanitaire.

Bientôt, Russell est en conflit avec un musicien pop de ses relations qui n’a pas réussi à lui obtenir un contrat pour enregistrer un disque…

Cette secte ressemble à celle de Charles Manson qui fit assassiner Sharon Tate, ses amis et quelques habitants de maisons alentours.

L’auteur insiste sur la fascination que l’héroïne éprouvait pour Suzanne : ce nom seul n’a pas été changé (la criminelle du groupe dans la réalité s’appelait Susan Atkins).  Elle décrit aussi plutôt bien, l’ambiance et le fonctionnement d'une secte, ses membres, le lieu où ils survivent.

C’est une Evie de maintenant 60 ans qui se penche sur cet épisode sur son passé. Elle-même n’était intéressée que par Suzanne( et ses consœurs dans une moindre mesure). Le chef n’a pas eu de vraie prise sur elle, car la famille de Suzanne, son père en particulier, sont relativement présents.  

  C’est sans doute pourquoi les jeunes filles de la secte, paraissent certes paumées, crédules, et soumises au chef( lequel a l’air d’un pauvre type )mais on ne comprend pas comment elles ont pu assassiner des gens avec une telle cruauté.

toutefois cette histoire est bien racontée, avec d'intéressantes métaphores, un certain réalisme, insistant sur la détresse d'adolescentes en errance, et cette relation particulière qu' Evie avait nouée avec  Suzanne intéresse et émeut.

 

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 11:59

 

Gallimard, 348 pages. 2016

Shmuel Ash 24 ans, étudie en vue d’une thèse sur Jésus dans la tradition juive. Il  apprécie l’interprétation des Evangiles ( déjà maintes fois soutenue) selon laquelle Judas aurait « livré » Jésus, croyant fermement qu’il descendrait de la croix, aidé par des pouvoirs surnaturels (dieu), en accord avec Jésus ( qui y croyait moins que lui).  C’est une thèse qui plaît aux athées (qu’ils soient juifs ou chrétiens) ; Jésus est un homme comme les autres, qui s’est fait avoir, ainsi que Judas,  et le véritable traître, c’est Dieu…

Faisait partie d’un groupe socialiste, Shmuel admire les héros de la toute jeune révolution cubaine. Cependant, il vit à Jérusalem, est un citoyen de l’état d’Israël, un état qui survit tant bien que mal à dix ans de guerre.  Nous sommes en 1959, au début de l’hiver ; le jeune homme n’a plus de quoi financer ses études, ni même son quotidien. Shmuel répond à une petite annonce ; on recherche un jeune homme de compagnie pour un monsieur âgé très cultivé, recherchant un interlocuteur pour converser. C’est Gershom Wald, ex-historien, handicapé en deuil de son fils. Le troisième personnage est une femme, Atalia  belle-fille de Gershom, veuve, qui travaille dans une agence de détectives privés. Très séduisante. Outre que Shmuel est aussi bavard que le vieux, il sort d’une déception sentimentale et Atalia lui plaît aussitôt. Le principal de l’histoire consiste en discussions entre  Shmuel et Gershom, et en tentatives d’approche de la belle Atalia.  Les défunts sont également très présents : Micha, fils de Gershom assassiné au début de la guerre d’indépendance , et Shaeltiel Abravanel, père d’Atalia : était opposé à la création d’un état juif, fut  considéré comme traître et mis en quarantaine.

Le récit  évolue vers une certaine affection entre les trois personnages, établissement de rituels de repas et paroles, de balades dans Jérusalem la nuit, en hiver ; il fait froid ( et pourtant, on entendra un grillon striduler( !!) c’est le seul miracle…

 

Au bout de quelques mois Shmuel sera renvoyé à d’autres aventures (il a sa vie à faire, les autres hélas n’ont que leur deuil et ne vont plus évoluer) et aura perdu quelques illusions.

J’ai aimé les personnages qui sont très attachants ( les deux hommes surtout, Atalia fait un peu femme fatale , et a moins d’originalité que les deux autres),  les nombreuses discussions, qui nous ramènent vers ce problème insoluble : comment faire cohabiter israéliens et palestiniens ?  le côté roman d’apprentissage du jeune Shmuel, la vie quotidienne dans cette maison, que l’auteur nous fait partager avec ses personnages, une vie difficile, mais  pas désespérée pour autant. Le courage, le goût de vivre, la curiosité intellectuelle ne leur fait jamais défaut.

Ce roman dit " de la rentrée" n'a pas obtenu de prix; et je m'aperçois que j'en ai chroniqué deux autres ( 14 juillet et  Au début du septième jour ) qui n'ont pas été primés non plus! Il existe tellement de prix littéraires, que j'aurais juré qu'il y en avait au moins un pour chaque bon roman de la rentrée! Je me trompais...

 

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 14:50

Albin Michel 2016, 379 pages.

Un petit village en France, Beauval, entouré de sous-bois épais. Juste avant Noël le 23 décembre, Le petit Rémi Desmets disparaît.  Il avait six ans.

Son voisin Antoine Courtin, 12 ans, n’avait que lui comme ami ; lui et le chien des Desmets renversé la veille par une voiture et achevé par M. Desmets.

Antoine avait construit une cabane dans un arbre : Rémi et le chien étaient les seuls à s’y intéresser. Emilie n’aimait pas cette cabane.

Après la mort du chien, et le désintérêt d’Emilie, Antoine avait détruit la cabane….

Les deux jours qui suivent, on recherche le possible kidnappeur de Rémi ; on arrête M. Kowalski, le patron de Madame Courtin, dont on a vu la camionnette sur la route près du sous-bois...

Puis vient la terrible tempête de 1999, qui est particulièrement forte vers Beauval et s’accompagne d’inondations. La battue du bois de St Eustache, s’avère impossible.

 

En 2011, Antoine est devenu médecin ; il ne veut plus rien avoir à faire avec Beauval, et partir loin avec son amie Laura. Des événements imprévus le ramènent à Beauval...

Tout le temps du roman, on est dans la conscience d’Antoine ; le suspens est constant : comme lui, on a peur, et on désespère… 

Le roman est bien agencé, on éprouve ce qu’il faut d’empathie et de crainte pour Antoine, on regrette qu’il ait gâché sa vie, en partie. La vie du village de Beauval, les commérages, les inimitiés, les non-dits, les retournements de situations savamment orchestrés,  tout là-dedans est criant de vérité.

 Je n’ai pas beaucoup lu de Pierre Lemaître : pour l’instant, ce roman est celui que je préfère…

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 14:21

 

 

645 pages 10/18, 2015

2008 1ere publication. D’abord la version française est parue chez Sonatine, en 2014.

Cette intrigue m’a fait penser à celle du film «  Broken Flowers «  de Jim Jarmusch.

Un homme a reçu une lettre anonyme mais émanant sûrement d’une femme lui laissant entendre qu’il avait une progéniture dont il ignorait tout. Cet homme c’est Damian Baxter, qui a fait une brillante carrière à la City ; lorsqu’il a reçu la lettre il a attendu qu’on lui réclame une pension pour l’enfant, mais rien n’est venu.

S’étant marié sur le tard, il n’a pu procréer, et a divorcé. Menacé d’une fin prochaine, il repense à la lettre, et voudrait cette fois ardemment léguer sa fortune à cet(te) héritier (re).

Il va charger son ex-ami (le narrateur du roman) de retrouver cet héritier, lui fournissant une liste de plusieurs anciennes maîtresses qui ont eu un enfant avant une certaine date.   Le narrateur  déteste Damian depuis certains événements fâcheux qui se sont déroulés au Portugal en 1970. Et pourtant il va se charger de ladite mission.

Le narrateur appartient à ce milieu particulier qu’est l’aristocratie britannique. Jadis, lors de leurs études à Cambridge,  il introduisit Damian l’ambitieux dans ce milieu, sur son souhait. Les jeunes filles,  frisant à présent la soixantaine, en étaient aussi.

Le roman est bien agencé, souvent critique, féroce et  parfois drôle (certains bals qui tournent au cauchemar, certaines personnes fortement caricaturées)  souvent romanesque et bien plus sentimental que Broken Flowers… Des passages m’ont paru  longs et ennuyeux : des descriptions de manoirs, de revers de fortune, de rituels propres à l’aristocratie, des changements intervenus après les sixties ; Des personnages introduits, j’ai apprécié Damian, le narrateur, au moins deux des femmes,  Lucy Dalton et Terry dont la déchéance et l’alcoolisme sont très bien rendus, moins Serena, un peu trop parfaite.

En fait, il y a trop de personnages, l’intérêt se dilue parfois. Dans l’ensemble on dira pourtant que cette étude de mœurs est réussie, très documentée.

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:02

Stock, 2016, 537 pages.

Thomas , informaticien spécialisé dans la conception de logiciels de contrôle et surveillance ;ce soir il attend sa femme, Camille, également informaticienne. Il a préparé un repas pour les diex ans de vie commune ( elle n’aime pas dire «  mariage ») , mais ne sait si elle va pourvoir venir car elle est de plus en plus prise par son travail. En fait, elle ne viendra pas car elle a eu un grave accident de voiture, sur une route départementale en Normandie, où elle n’avait aucune raison de se trouver. A partir de cette tragédie, Thomas va devoir affronter les abysses du désespoir ; pour lutter contre l’affliction il enquête de façon pragmatique: connaître la cause de l’accident, et où sa femme allait ce soir là. Étude sérieuse, l’ordinateur de bord du véhicule, les objets du sac de Camille, le contenu du coffre, les demandes aux amis qu’elle avait ( et qu’il ne connaissait pas). Sa quête va également le mener vers son frère aîné éleveur de moutons dans les Pyrénées ; plus tard sa sœur qui gère une ONG au Cameroun… son job aussi il va devoir le réévaluer, ses rapports avec ses deux enfants…

Suite : le Moleskine. L’auteur utilise presque exclusivement le présent de narration, et les dialogues sans guillemets, très vivants,  pour instiller un sentiment d’urgence, exprimer les déplacements permanents de Thomas, dans ses pensées (retour dans le passé, cauchemars, sensations de perte et d’effroi) et dans la réalité ( il est toujours en mouvement, à pieds en voiture , en taxi, en tacots brinquebalants, escalade des montagnes des escaliers…) . Tout cela s’intègre à merveille dans le flux narratif, bourré de virgules, ce qui le rend à la fois souple et violent.  J’ai apprécié aussi les descriptions précises et toujours significatives de lieux auxquels on ne prête que peu d’attention d’ordinaire : des défilements de bâtiments dans  des zones industrielles, des  terrains vagues, des bords de route, des entrées d’immeubles etc.… traités aussi noblement que les paysages de montagne, et l’église abbatiale de Rouen. De toute façon la variété de lieux décrits à de quoi éblouir ! Je n’ai rien dit du Cameroun, pour la troisième partie, et c’est tout aussi impressionnant. En dépit des épreuves traversées, une fin plutôt optimiste.

Un très bon roman dit «  de la rentrée » .

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 20:39
Ron Rash Le Chant de la Tamassee ****

Seuil, 2004, 232 pages

titre original « Saints in the River »

Le prologue relate la noyade de Ruth Kowalsky, une fillette de 12 ans, qui s’est imprudemment avancée dans l’eau de cette rivière de montagne, frontière entre la Caroline du Sud et la Géorgie

Ruth a été prise dans un tourbillon ( le ressaut hydraulique), et gît sous un gros rocher.

Ce récit préliminaire est magnifique.

La suite, ce sont les parents de Ruth qui veulent récupérer le corps, et , comme il est interdit de toucher à la Tamassee, pour protéger l’environnement, ils font intervenir un avocat, pour qu’un ingénieur puisse faire un barrage amovible destiné à détourner momentanément le cours de la rivière et repêcher Ruth.

Les gens du coin, et les militants écologistes locaux sont opposés à cette action qu’ils jugent néfaste pour la rivière et dangereuse. Non seulement l’écosystème en souffrirait, mais le barrage ne tiendrait pas…

L’histoire est conduite par Maggie, une jeune reporter photographe, qui a passé son jeune âge dans cette contrée et y charrie des souvenirs plus ou moins douloureux. Elle est entre deux hommes, le journaliste qui couvre l’affaire avec elle, présumé futur amoureux, et son ancien ami Luke, militant actif. D’autres soucis l’attendent, notamment son vieux père…

Ce récit m’a moins plu que les précédents, en dépit du très beau prologue. Les descriptions de la nature en été et automne sont simplement magnifiques ; le combat entre les écologistes et les constructeurs du barrage, l’aveuglement de ces derniers , l’issue de leur action, ce processus est vraiment intéressant et bien conduit. Ce qui m’a agacée, ce sont les histoires d’amour et de famille de Maggie ; je ne suis pas rentrée dans ces récits là. D’autre part le sentiment religieux très appuyé qui imprègne l’histoire m’a pesé.

Dans l’ensemble, c’est tout de même Ron Rash, un style, une écriture de grande qualité.

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 18:05
William  Trevor le ¨Voyage de Felicia *****

1996 (1ER publication 1994)

Phébus

Dans les années 1990, Félicia, jeune fille de 17 ans, vient de quitter sa famille en Irlande, pour aller retrouver Johnny en Angleterre. Félicia est enceinte de lui ; elle croit savoir qu’il travaille dans une usine de tondeuse à gazon, à Birmingham. Mais il ne lui a jamais communiqué son adresse.

Félicia a d’autres raisons de partir : mise à pied de l’usine de conserverie de viande où elle travaillait, elle s’est vue contrainte de devenir ménagère pour le foyer de son père et ses frères, et aide-soignante pour sa grand-mère grabataire. D’où une important perte d’autonomie.

Le séjour de Félicia à Birmingham, d’errance en errance, va se transformer en parcours initiatique ; au cours de ses pérégrinations, elle partage brièvement l’existence de personnes sans domicile fixe, d’une communauté de convertis exaltés genre témoins de Jéhovah, et surtout de l’inquiétant M. Hilditch, un homme de cinquante ans, qui attire chez lui les jeunes filles en détresse, sous prétexte de les aider. Lorsque ce monsieur vole l’argent de Felicia afin qu’elle soit contrainte de revenir à lui, nous avons très peur pour elle…

L’intrigue se déploie avec lenteur entrelacée de deux monologues : tantôt nous sommes dans les rêveries et pensées de M. Hilditch, tantôt dans celles de Felicia ; l’un et l’autre, le prédateur et la proie, sont finalement assez proches ; en égrenant leurs souvenirs, on s’aperçoit qu’ils se mentent à eux-mêmes, mais de moins en moins, et vont s’approcher de leurs vérités respectives. Bien sûr, le récit n’est pas exempt de suspens ; nous avons là un thriller à la façon très spéciale de William Trevor, en plus d’un roman social, le tout teinté d’une ironie noire. Ce roman est l’un des meilleurs de son auteur.

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 23:09

Dusty Answer, 1ere publication 1927

Phébus, 2003, 382 pages.

le récit dles premiers émois amoureux de Judith, jeune fille solitaire, au début du vingtième siècle, dans la campagne anglaise.

Fille unique, voyant assez peu ses parents, Judith est éduquée à domicile par des précepteurs, et à l’occasion par son père. Elle fait des études sérieuses, de vraies humanités (c’était rare au début du vingtième siècle pour les filles) sort peu, et ne fréquente que les enfants de la propriété voisine : quatre garçons et une fille , deux des garçons sont frères, les autres enfants cousins, élevés par leur grand-mère: Charlie, le préféré de Judith, Julien le frère de Charlie intelligent mais pas très beau, Martin qui l’adore et qu’elle trouve casse-pied, Roddy insaisissable et mystérieux, et Mariella la fille, passionnée surtout par les animaux.

A 18 ans, Judith n’a pas vu ses amis depuis plusieurs années ; et voilà qu’ils reviennent amputés de Charlie, mort à la guerre. Mariella est veuve de Charlie, et a un petit garçon dont elle ne sait que faire. Julien a fait de bonnes études comme Judith, il devrait être son interlocuteur et peut-être plus. Mais le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.

Judith intègre un collège de jeune filles, pour achever ses études ; elle va y cultiver une relation privilégiée avec l’irrésistible Jennifer. Cependant Jennifer voudrait quelque chose de plus charnel ...

La première éducation sentimentale de Judith s’achève avec le roman. Elle est au seuil d’une nouvelle existence…

Le roman est émaillé de jolies descriptions de nature qui rappellent les belles heures du romantisme. Les êtres, eux, sont exactement à l’inverse de cette belle nature : insatisfaits, malheureux, se heurtant durement les uns aux autres ; et aussi il faut bien le dire, plutôt riches et désœuvrés sinon oisifs. les personnages sont bien campés.

Un roman un peu long mais qui a ses charmes.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 23:22
Julie Courtney-Sullivan Maine ****

LP, 594 pages, 2011

Roman choral, quatre voix (Alice 83 ans, Kathleen sa fille cinquantaine avancée, Ann-Marie sa belle-fille même génération, Maggie sa petite fille 32 ans).

Alice vit dans le Maine une propriété vaste en bord de mer avec accès direct à la plage par « une sublime allée d’arbres qui mène jusqu’à leur maison » . Le mari d’Alice Daniel a gagné le terrain au poker, ses frères et lui ont construit un grand cottage, plus tard Patrick le fils d’Alice et sa femme ont fait construire une maison plus moderne et confortable.

Nous sommes en juin, Alice a décidé de donner la propriété à sa paroisse, administrée par le père Donnelly, jeune prêtre, d’origine irlandaise comme elle. A sa mort, qu’elle sent prochaine, ses descendants n’en jouiront donc point !

Ce n’est pas le seul événement de ce mois ; Maggie la petite fille vit aussi une époque troublée, elle est enceinte et vient de rompre avec son ami. Kathleen vit dans une ferme en Californie, et élève des vers de terre pour en faire de l’engrais. Elle vit d’une façon assez spartiate, avec un partenaire d’allure plutôt « hippie vieillissant ». Ann-Marie, la belle –fille d’Alice, à l’opposé , est très attachée à sa maison qu’elle a voulu nantie d’un luxe relatif ; elle aime tellement l’ aisance matérielle dont elle a été privée enfant, qu’elle occupe son temps à décorer des maisons de poupées.

Ces quatre femmes que tout sépare, excepté l’appartenance à la même famille, et l’alcoolisme plus ou moins avancé, vont se retrouver réunies dans la maison de vacances du Maine, et se supporter pendant quelques semaines.

A travers leurs monologues, on se laisse emporter par leurs vécus, souvenirs, conflits, difficultés et petits bonheurs ; j’ai pris grand plaisir à cette lecture, à l’égal des « Débutantes ».

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 11:47
William Faulkner Tandis que j’agonise *****

Folio-bilingue

J’aime bien les Folio-bilingue qui permettent d’aller du texte original à sa traduction. C’est pourquoi j’ai choisi cet opus pour lire un nouveau Faulkner. Je ne lis pas souvent cet auteur, que j’apprécie moyennement, toutefois j’avais vraiment aimé « Lumière d’août ».

Le roman se compose de monologues (j’en ai compté 58), pour une quinzaine de personnages qui s’expriment. Le personnage principal Addie Bundren, la mère qui va mourir, puis qui décède et que l’on transporte jusqu’à Jefferson, pour l’enterrer dans sa famille selon ses vœux, ne s’exprime qu’une seule fois au milieu du roman ; son témoignage m’a laissée songeuse. Non ce n'est pas du tout le registre d'"elle va mourir la mamma..."

Addie laisse deux grands fils qui avoisinent la trentaine : Cash et Darl. Selon les voisins ( Cora et Vernon qui nous en apprennent beaucoup sur la famille) ils feraient bien de se marier. Une des jeunes femmes au chevet d’Addie, en convoite au moins un. Mais ni l’un ni l’autre n’y a jamais songé, semble-t-il. Ils travaillent pour faire tourner la ferme, vu qu’Anse, le père, ne fiche rien. « Ouais, dit le père Billy, c’est bien de lui, ça, un homme qui, toute sa vie, a laissé les choses sans s’occuper de rien, d’aller juste se mettre en tête de faire ce qui pourra causer le plus de tourment à tous ceux de sa connaissance ». Ce tourment, c’est d’amener le cercueil d’Addie à Jefferson pour qu’elle soit enterrée dans sa famille, alors que la rivière est en crue, et que la charrette traînée par des mules doit passer par au moins deux ponts qui sont inutilisables. Mais personne ne s’oppose à la volonté du père, sauf Darl et ça lui coûtera cher.

Anse veut surtout aller à Jefferson se faire poser un dentier, et il a une autre raison qu’on saura à la fin. Cash ne se pose pas la question ; c’est un bon ouvrier qui s’occupe avant tout de ses outils, et de la solidité du cercueil ; ses sentiments s'expriment par le travail manuel… le troisième garçon Jewel ( qui est le" fruit du péché comme on disait alors") ne se définit que par son cheval qu’il a acheté lui-même, non sans peine. Dewey Dell, la fille de 17 ans, espère se faire avorter à la ville pour dix dollars ! le petit garçon Vardaman, le benjamin, pense à un train électrique entrevu dans une vitrine là-bas.

Cet éprouvant trajet, parsemé d’accidents plus ou moins graves, est également teinté d’un humour très noir.

Au milieu du roman nous avons donc la confession d’Addie : on a compris qu’elle n’était guère proche de ses enfants ni de son mari (le petit Vadaman, la compare à un poisson qu’il venait de pêcher, lorsqu’elle est morte. Etrange !)

Addie travaillait dans une école et cravachait des enfants ; était-elle institutrice ? Aucun des enfants Bundren n’a été à l’école ?

Elle a connu son père ; qui lui disait que le but de la vie c’était se préparer à être mort très longtemps;et n’accorde aucun crédit au langage ; n’a aimé rien ni personne, sauf un peu le sexe (semble-t-il ?) veut être enterrée à Jefferson dans sa famille, dont nul ne sait rien, et qu’elle n’aimait pas (je haïssais mon père pour m’avoir engendrée).

Une énigme que cette femme.

Ce roman est très vivant, plein de rebondissements ; on est proche des personnages, surtout de Darl qui commente sombrement les situations et se pose des problèmes existentiels .« Il faut deux personnes pour faire un homme mais il n’en faut qu’une pour mourir ; c’est comme cela que le monde finira ». La langue de Faulkner est relativement simple, et belle, on n’oubliera pas de sitôt l’incroyable équipage qui fait route vers Jefferson, suivi d’oiseaux charognards que le petit garçon compte, et tente parfois vainement de chasser. La fin est d’une ironie amère.

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