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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 08:45

LOL

 

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C'est en 1964, que Margurite Duras, dont on fête le centenaire cette année, publie "Le Ravissement de Lol V.Stein".

 

 Lola Valérie Stein, jeune fille de dix-neuf ans appartenant à la bourgeoisie aisée de T.Beach,  est fiancée à Samuel Richardson ,autre jeune oisif. Un soir au bal du casino, Samuel s’éprend brutalement d’une étrangère, Anne-Marie Stretter. Lol et son amie Tatiana les regardent danser toute la nuit sans réagir ni l’une ni l’autre. Lol semble heureuse de les contempler. Les deux amants partis aux premières lueurs du jour, on éteint les lumières et Lol s’évanouit.

Après quelque temps de totale prostration, elle  rencontre Jean Bedford, violoniste, qui l'épouse, quoiqu’on la tienne pour folle, et la ramène dans sa ville natale S.Thala. Lol n'a pas à s'occuper de sa maison ni de sa progéniture. Elle marche dans les rues, au hasard, et fait une rencontre : Jacques Hold.

 

Le narrateur de l'histoire, c’est Jaques Hold,  médecin amant de Tatiana. Lol l'a vu en compagnie de Tatiana, et la voilà réintégrée dans le monde du désir : rejouer la scène du bal, mais en ayant le beau rôle...


Jacques Hold se laisse faire, d'une certaine façon...
Il aime Lol mais surtout décide de l’aider pour qu’elle sorte d’un état de confusion mentale consécutive à la « scène du bal ».

 Jacques Hold ne sait pas grand chose de l'affaire: «  C’est à partir du faux-semblant indiqué par Tatiana, de ce que j’invente sur la nuit du casino de T.beach, que je raconterai ensuite mon histoire de Lol V.Stein. »

C’est de son enquête, plus que d'amour, qu’il nous fait part, et elle se déroule chronologiquement.

-il se fait raconter Lol avant le bal selon les souvenirs de Tatiana : Lol  «  absente de sa propre existence », « cœur inachevé ». Tatiana n’a jamais cru que Lol  aimait son fiancé ni qui que ce soit. « elle vous filait entre les doigts comme de l’eau »

Et pourtant, après avoir perdu ce jeune homme, elle s'effondre! Pourquoi?

Lol se voit ravir (dérober) son fiancé sous ses yeux ,de la façon la plus  explicite, par Anne-Marie Stretter (personnage central du « vice-consul » qui fait ici une apparition pour « enlever » Michaël,  une proie facile).

Lol est ravie, elle jouit du spectacle au lieu d’en souffrir,  d’éprouver désespoir colère et haine à l’égard des protagonistes.

A la fin du bal,  lorsque les lumières s’éteignent, que le couple s’éclipse  la fascination retombe.

Jacques Hold l’emmène sur le lieu «  du crime » a-t’on envie de dire afin qu’elle puisse « vivre ce qu’elle n’a pas vécu »;

 

Cette histoire de couples à trois, où nul n'y trouve son compte, cette amitié entre deux femmes qui n'en est pas une, ce chagrin d'amour d'une jeune fille qui  ne s'en remet jamais... parce qu'elle ne l'a pas éprouvé, nous intrigue, et pourrait nous ennuyer à la fin, parce que le narrateur ressasse un peu toujours les mêmes phrases sans que rien ne puisse se régler.

L'autre problème, c'est que Duras nous place dans une sorte d'abstraction, où l'on voit se mouvoir des silhouettes, où l'on peut même se figurer pleinement "la scène du bal " mais les personnages évoluent dans un espace-temps quasiment sidéral, on suit leurs évolutions, on ne ressent pas d'empathie pour eux.


Et pourtant le problème de Lol nous concerne : nous sommes tous à un moment donné, complètement largués par quelqu'un qui se détourne de nous, qui nous replace en régression dans la position de l'enfant en  face de la dite scène primitive. Nous n'en sommes pas pour autant, comme elle,  frappés de folie durable, mais, tout de même...

 

  Les phrases dans LVS sont désincarnées, ressassées distantes, parfois  incantatoires :
Elles ressemblent autant que possible à l’héroïne Lol, absente à elle-même et au monde en même temps.

Le narrateur veut expliquer avec des mots la V ( érité) de Lol V. Stein.

La «  grâce ployante d’oiseau mort » d’Anne-Marie Stetter, « emblème d’une obscure négation de la nature, son élégance et son repos dans le mouvement …inquiétait. »

  Nous sommes invités à contempler cette danse de la scène du bal comme une danse macabre. C’est la mort incarnée dans une femme, qui est entrée dans la salle.

 Jacques Hold qui, au fond, s’ennuie avec Tatiana, voit en Lol la possibilité d’une dimension d’être supplémentaire,  mais c’est sur le mode du non-être qu’elle lui parvient. comme il est le narrateur, on se trouve nous aussi placés dans l'ennui et le non-être.
Lol et Hold se conjoignent phonétiquement, mais pas dans l'histoire où rien ne va advenir. Stein désigne sans doute l’état de Lol après le bal : pétrifiée.

 

Il y a de la poésie dans beaucoup d' heureuses formulations, et les relations entre ces personnes, pour insatisfaisantes qu'elles soient, me paraissent justes et bien vues. Maintenant que Marguerite Duras et ses emportements sont loin derrière, à tête froide, je trouve que ce texte, au moins, tient encore la route, me plaît encore.

 

 

Sources de Lol:

1) C’est dans un asile psychiatrique, et au cours d’un bal, que Marguerite Duras a «  rencontré » ( si l’on peut dire ) la jeune femme qui serait Lol V.Stein. Et tenté de la connaître. Lol l’a impressionnée parce que «  peu marquée par la maladie », ce qui est rare chez ceux qui vivent en institution. Avant d’écrire , elle imagine un scénario un film, et une actrice pour l’interpréter : Loleh Bellon.

 Elle pense que c’est une bonne chose «  que l’on puisse réagir comme Lol en perdant l’objet aimé sans souffrir, sans haine »…ces instants de dépossession de soi sont fréquents , tous l’éprouvent ; certains s’en rendent compte. Le « ravissement » ( rapture, fading) généralisé serait une sorte de fraternité supérieure , un monde où tout pourrait s’échanger, il n’y aurait pas de perte de l’objet car pas de possession non plus.
Mais Lol V.Stein  telle que Jacques Hold la décrit est une victime, non une marginale.

 

2) Alcoolisme : M.Duras était en cure de désintoxication lorsqu’elle écrivit  «  Le Ravissement » ; cela compte beaucoup pour l’explication du roman : les liquides y sont nombreux et pas de boisson forte. Ils habitent S.Thala ( abréviation de thalassa) au bord de l’eau, Lol » vous fuit entre les mains comme de l’eau » ; Jacques Hold veut boire «  le lait insipide et brumeux qui sort de la bouche de Lol »

 

3) Le « ravissement «  désigne enfin et en dernière analyse la position de l’écrivain en regard de ce qu’il écrit et aussi en regard du monde. L’étrange état de dépossession de soi de Lol est aussi le sien. Ce qu’il écrit est sa création, pas son monde. Il n’y vit pas autrement que Lol dans la « scène du bal » ; il en est fasciné et rejeté. 

La société où il vit le regarde à peu près comme on regarde Lol : absent parti vivant ailleurs, fou peut-être. Comme Lol il n’est ni dans son monde fictif ni dans le monde de la réalité.

Comment vivre cela  est aussi la question du livre. Mais «  Lol n’aurait pas écrit »  dit Marguerite.

 

 

 

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 15:15

Gallimard Verticales, 281 pages

Je dois être la dernière à lire ce roman, abondamment commenté dans les blogs et la presse. Je n'étais pas tentée : le sujet me stressait. Vivre deux cent et quelques pages dans un hôpital ,assister à la mort d'un jeune homme,en service de réanimation, partager la détresse de ses parents survivants, puis subir sans anesthésie une transplantation cardiaque minutieusement décrite, pas facile pour une malheureuse lectrice qui passe le plus clair ( ou sombre) de son temps à sentir rôder la mort !

Je me suis laissée faire, parce que le récit commence magnifiquement, glorieusement, par l'exercice de surf hautement jouissif de Simon Limbres, et qu'on est transporté. on ne pense plus à ce qui va suivre, et de fil en aiguille, la très belle écriture de Maylis de Kerangal ne nous autorise pas à lâcher prise. L'entrée en matière donne le ton : dans ce roman, on ne sera jamais au creux de la vague, presque toujours sur la crête, ou en ascension, avec de petites phases de repos, et c'est une vraie chance!

Tout en pratiquant une prose exigeante et sans concession, l’auteur ne s’adresse pas à un petit groupe d’initiés. On sent qu’elle écrit pour toucher le plus grand nombre de lecteurs possibles, avec beaucoup de générosité.

Bien que l’auteur parle surtout de la mort, la côtoie sans cesse, et nous promène dans un centre de réanimation et une salle d’opération pour nous relater avec le plus de précision possible une transplantation cardiaque, c’est un récit très vivant qu’elle nous livre là.

Il y a aussi cette ode non au progrès de la médecine, ce qui serait un peu plat, mais à la transgression des tabous, qui court à travers le texte, rappel des tableaux qui montrent l’anatomie humaine ( le Rembrandt bien sûr), des premiers savants qui osent ouvrir les corps les observer, manipuler les organes, décrire la circulation du sang. Parler du sang et de la circulation de celui-ci c’est rappeler que le corps est périssable, mortel, que sa substance est en perpétuelle transformation.

Pourtant le récit ne manque pas non plus du sens du sacré ; le personnage-clé de Thomas Rémige et son action ( infirmier coordinateur des dons d’organe, mais aussi réalisant une sorte de thanatopraxie sur le corps, et des rites funéraires incluant le chant »l’ode à la belle mort ») en témoigne ; certaines comparaisons du corps mort avec celui du Christ, aussi.

Le récit distille des pointes d’humour noir ( la receveuse Claire se demandant ce que l’on va faire de son cœur mal en point une fois qu’on le lui aura retiré , va-t-on le recycler ? Deviendra –t-il de la pâté pour chien ?) et il est aussi bien réaliste que semblable à une sorte de geste héroïque ; un héroïsme pourtant humble, et tous les jours recommencé. Les personnages sont en état de tension extrême, assoiffés de perfection dans ce qu’ils font, et éprouvent aussi souvent la jouissance que la crainte ( qui va avec, d’ailleurs).

De longues phases bien charpentées,la syntaxe est à la fois savante et simple à suivre, de belles métaphores, une ponctuation généreuse, un vocabulaire juste et précis, pas si technique qu’on l’a dit ( le minimum pour que l’on comprenne la situation) et d’une grande beauté. le mélange de réalisme cru et de sublime fait merveille. Sans doute y-a-t-il quelques petites choses en trop : le personnage de Juliette et celui de Rose ne s'imposaient pas, et l'on passe vite les pages les concernant.

L'ensemble demeure excellent.

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 22:46

LP, 1970, 610 pages

1ere publication en 1964

C’est un roman autobiographique car si Violette écrit à la première personne et se désigne par ses prénoms et patronyme authentiques, elle change les noms de certaines des personnes qu’elle met en scène. Elle écrit ce livre en 1963 dans un village du Vaucluse où elle s’est retirée et relate sa vie de la naissance en 1907 jusqu’en 1944, à la Libération, avec de fréquents retour à son quotidien de femme seule écrivant et vivant en milieu rural.

Elle est donc née d’une très jeune fille, servante dans une maison bourgeoise, et du fils de famille, qui ne la reconnut pas. La mère de Violette, femme débrouillarde et pleine de ressources, obtient une pension de la part de la famille du garçon pour l’éducation de l’enfant illégitime. Plus tard elle se mariera et réussira dans le domaine de la couture et du prêt-à -porter. Violette ne connut pas son père, mais elle put fantasmer sur son compte, voire l’imiter, tant sa mère en était amoureuse. Outre ces deux personnages, c’est sa grand-mère « Fidéline » qui lui a laissé, dans son enfance, un souvenir impérissable. Evoquer cette femme sous diverses appellations « l’ange Fidéline » ; « ma vieille pomme ratatinée » est un soutien pour Violette dans les heures sombres.

Après l’enfance, nous avons les années de pensionnat, où elle connut des amours homosexuelles, une longue liaison avec une femme, un mariage raté, une alliance longue et conflictuelle avec Maurice Sachs écrivain et organisateur de trafics en tout genres. Les personnages sont mis en scène sous un angle qui les rend ambigus, insaisissables, attachants et détestables, toujours singuliers.

A Paris, Violette a de multiples occupations professionnelles toutes en rapport avec l’édition, la littérature, le journalisme. Elle fréquente des écrivains et des artistes. Pendant la guerre, elle se révèle très douée pour le marché noir.

Si ce récit nous intéresse, c’est que l’auteur a une écriture très personnelle, où l’on reconnaît d’emblée un écrivain. Ce qui frappe, c’est son talent inépuisable pour inventer des métaphores originales.

Je cite au hasard :

« Toute une saison d’ouragan et de tempêtes voulait naître dans ma gorge. Je soulevai mon rideau de percale, la soirée par la fenêtre était un défi de douceur. »

« Elle s’est levée, elle s’est occupée de son bébé ; il dormait de ce sommeil idéal : celui d’une pâquerette en plein champ dans la fraîcheur de sept heures du soir »

Ce ne sont pas les meilleures, mais elles sont plaisantes et justes malgré leur excentricité. Et dans le roman, il n’y en a pas qui sonnent faux, en dépit de leur abondance.

La narration est souple vivante, les dialogues, les descriptions nous plongent immédiatement dans le monde de l’auteur. Tout en maintenant le registre de la confidence au lecteur, elle n’est pas pour autant sentimentale, et se tient dans une familiarité humoristique. Elle nous fait aimer aussi bien la ville que la campagne, les cheminements sous la pluie, les querelles d’amoureux déçus, les comptes d’apothicaire. .. Un véritable écrivain.

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 18:10

The Grass is Singing, 1950.

Années 40 Rhodésie. Dans une ferme en pleine brousse, Mary, la quarantaine, épouse du fermier Dick Turner, vient d’être assassinée par son serviteur noir Moïse.

Les Turner allaient quitter leur ferme, criblés de dettes, et en faillite depuis longtemps. Leur riche voisin Slatter venait de leur racheter leur bien, et de nommer un régisseur ( Tony Marston jeune britannique de 20 ans, fraîchement débarqué dans ce pays).

Tony a quelques idées sur les raisons de cet assassinat, mais il ne va pas pouvoir les dire.

Nous sommes plongés dans l’existence de Mary, son enfance dans la pauvreté, un père qui boit, une mère qui tire le diable par la queue. A seize ans elle apprend la sténo dactylo et devient secrétaire.

A trente ans, elle est toujours célibataire, secrétaire de direction, vit dans un foyer de jeunes filles et s’y trouve bien. Elle aime le cinéma et les romans sentimentaux. On ne lui connaît pas de relations amoureuses, ni de liaisons. Elle ne s’y intéresse pas, mais entend dire d’elle que c’est bizarre de ne pas songer à se marier. D’ailleurs elle ressent un vide dans sa vie.

Les commérages à son sujet ont détruit l’image qu’elle se faisait d’elle. Maintenant il lui faut un mari ! Elle rencontre Dick Turner, fermier , la trentaine, et l’épouse très rapidement. Car Mary est solitaire ; elle manque d’une amie à qui confier ce qu’on dit d’elle, d’une amie à qui présenter Dick , et qui puisse lui donner son avis, la conseiller…

Dick vit loin de la ville, dans le bush. Il a construit seul une maison de fortune avec un toit en tôle et pas de plafond. Il n’y a pas l’électricité, et les sanitaires sont malcommodes. Dick fait travailler des « nègres » ( le texte anglais emploie le mot « native ») comme des esclaves. Ils n’en ont pas le statut mais ils en ont l’existence… pour exploiter ses champs de maïs qui ne lui rapportent rien. Très attaché à sa terre, il ne sait pas gérer et faire fructifier ses possessions. Il n’en a même pas envie…

Pour le ménage et la cuisine, il y aussi un « nègre » qui se trouve sous les ordres de Mary. Pour elle les noirs sont des animaux et des êtres méchants. On lui a toujours dit de s’en méfier…

Mary a tout quitté pour suivre Dick notamment son emploi. Elle dépend de lui désormais. Très vite son existence conjugale se révèle un échec. Elle n’aime pas le sexe, ne veut pas d’enfants, n’aime pas la brousse, n’aime pas ses voisins, n’aime plus les romans, et se venge sur les serviteurs noirs qu’elle traite si mal qu’ils se sauvent tous. Sauf Moïse, un « gars de la Mission », différent des autres ; il a appris à lire et écrire l’anglais, qu’il parle bien, et connaît des passages de la Bible. Entre Mary, tombée dans la dépression, et lui, une relation équivoque se noue.

Ce roman est un huis clos d’une grande force ; la lente descente aux enfers des personnages, notamment de Mary est hallucinante. La brousse est aussi un personnage à part entière ; si Mary la déteste, elle l’aime aussi d’une certaine manière. Dans sa détresse, elle éprouve une sorte de passion mystique pour cet univers impitoyable, passion qu’elle partage avec Dick. L’auteur a très bien mis en scène l’exploitation ignoble des Noirs, et la mesquine communauté britannique, en évitant toutefois de caricaturer les personnages. C’est aussi la terrible solitude de ce couple mortifère, qui est mise en valeur.

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 23:33

1940 ; dédié à Annemarie Schwarzenbach

Roman américain : tragédie dans un état du sud, la Géorgie. Il y a le colonel Langdon et sa femme Alison, cardiaque ancien prof de latin, qui s’ennuie au lit, en attendant la fin. Son serviteur philippin Anaclecto, excentrique et loufoque. Un autre militaire, le capitaine Penderton, cultivé, pas forcément méchant, attiré par les hommes. Sa femme, Léonora, bonne vivante, attachée aux plaisirs charnels ( avec le colonel) aux plaisirs de la table, aux réceptions superficielles, à sa jument qu’elle adore monter. Un soldat schizophrène, Williams, pas assez atteint pour qu’on l’ait remarqué, qui lui, a remarqué Leonora. Penderton a remarqué Williams. Leonora, La belle cavalière sans malice, n’a rien remarqué. Tous ces personnages sont bien campés, sauf le colonel, sans grand relief. Mes préférés sont Alison et Anaclecto. Le film de John Huston est plus célèbre que le roman, mais le roman est très bien.

Beaucoup mieux que Frankie Adams, qui m’avait ennuyée.

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 13:29

L’Olivier, 316 pages.

Recueil de dix nouvelles où le bonheur joue un rôle très discret ! Le plus souvent, c’est de malheur qu’il s’agit…sept de ces nouvelles sont très réussies et touchent le lecteur. Plusieurs de ces récits relatent une vie entière, et un événement arrivé tôt dans l’enfance du personnage principal qui a bouleversé son existence et celle de ses proches.

Trous-profonds : Sally une femme d’un certain âge, a un gros problème avec son fils aîné complètement immature bien que quadragénaire ; elle se rappelle comment ça a commencé, ce pique-nique dans une forêt que le père ne voulait pas croire dangereuse. L’aîné tomba effectivement dans un trou...

Radicaux libres : atteinte d’un cancer du foie, cette sexagénaire est en rémission, mais ne se porte pas assez bien pour supposer vivre bien longtemps. Encore moins qu’elle ne le croit, car l’homme qui s’est présenté pour vérifier l’électricité chez elle, est en fait un criminel dangereux. Mais la femme et l’intrus se racontent leur vie…

Visage : Ici, le narrateur est un homme ( c'est rare chez l'auteur). il est né avec une tache de naissance sur la joue gauche, qui le défigure. Son père ne l’a regardé qu’une fois et ne s’est jamais occupé de lui. Vers six-huit ans le garçon qu’on instruisait à la maison, se fait une amie de sa petite voisine, dont il soupçonne plus tard que sa mère est la maîtresse de son père. Un jour, cette fillette se peinturlure un côté du visage pour faire « tache » acte qui provoque quelques bouleversements...

Jeu d’enfant : Marlène ne supportait pas sa petite voisine retardée mentale qui la suivait, la touchait, malmenait ses affaires et interrompait ses jeux. A présent sexagénaire, Marlène évoque une camarade de colonie de vacances Charlène, à qui un secret la liait. Les deux filles maudissaient l’enfant handicapée et cristallisaient sur elle leur agressivité…

Deux autres nouvelles concernent une seule tranche de vie, bien rendue :

Dimensions : une jeune femme tente de reconstruire sa vie après un drame : son époux a tué ses trois enfants et est interné… la récit tourne autour de ce fait : la psychologue qui la suit tente de l’influencer, mais la jeune femme ne peut que faire sa propre expérience

Wenlock Edge : une étudiante partage sa chambre avec une certaine Nina qui vit avec un homme âgé , et suit des cours pour se distraire. Le vieux la fait suivre. Un soir elle demande à sa camarade de la remplacer chez lui, pour passer une soirée tranquille. Par curiosité, elle accepte…

Trop de bonheur : Sofia au début du XXème siècle : russe, mathématicienne, écrivain, chercheuse… une femme d’exception, pas toujours acceptée dans un monde où les femmes n’étaient guère émancipées. Elle va rencontrer ses proches et prendre un train pour Stockholm où elle doit retrouver quelqu’un. Nous savons dès le départ qu’elle mourra au terme de ce voyage : pendant ce temps qui lui reste, elle évoque des moments de sa vie : sa sœur si différente d’elle, son beau-frère communard, leur fils si déroutant, ses parents, son premier mari, sa fille, le vieux professeur avec qui elle a longtemps travaillé… toute une vie de quarante ans bien remplie… (La femme a réellement existé). Cet ultime voyage alternant entre les périodes de réminiscence, les visites, et les incidents de plus en plus inquiétants est une vraie merveille !

Dans l’ensemble, ce recueil est très intéressant. Les relations entre les êtres sont ambiguës, les événements de la vie ne disent pas tout, et la façon dont chaque nouvelle se termine, suscite plus de questions qu’elle n’en résout.

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 18:36

Actes-sud 2011,317 pages.

Mike Heller 28 ans travaille en Floride à vider les maisons que leurs propriiétaires ont dû délaisser , surendetté par la crise des subprimes. Ce jeune homme a interrompu ses études et ne voit plus ses parents, suite à un drame qui a coûté la vie à son frère adoptif et dont il se sent responsable.

Ici en Floride, il a rencontré Pilar une très jeune et très brillante lycéenne. C’est l’amour, partagé en plus ! mais Mike doit s’éloigner. Pilar est mineure, et une de ses sœurs veut le dénoncer.

Mike va s’installer dans un squat à Brooklyn Sunset Park. Là il vit avec d’autres jeunes gens : Alice thésarde persévérante, Ellen artiste peintre cherchant sa voie entre Lucian Freud et Egon Schiele, non sans un petit côté…Rustin ! Et Bing, grand cœur généreux, brocanteur, à la tête d’un « hôpital des objets cassés » et bassiste de jazz.

Mike doit aussi revoir ses parents, (père, belle-mère, mère …) et peut-être reprendre contact avec eux.

Nous suivons ces personnages pendant un an environ. Je dois dire que les premiers moments passés, je me suis ennuyée, et j’ai passé des pages. En particulier celles qui concernent les parents de Mike. Le père éditeur en faillite, la mère actrice pour du théâtre expérimental, son deuxième époux, le belle-mère enseignante et dépressive, tout cela est tellement prévisible...et plein de clichés! La vie des ces personnages , pourtant intelligents et sympathiques ne m’a pas du tout intéressée.

J’étais partie sur le devenir des jeunes, et n’ai pu supporter les aînés … chez les jeunes non plus rien de surprenant , mais j’ai aimé les personnage de Bing et Ellen, un peu moins la » thésarde ». La jeune Pilar n’a guère de relief : au début elle est prometteuse ( l’ énoncé de ses pratiques sexuelles…) ensuite elle ne fait rien d’autre que d’être intelligente et jolie, et l’amour entre elle et Mike n’évolue pas. On en reste au bon vieux coup de foudre qui s’éternise. Lorsque l'intrigue devient intéressante, c'est la fin de l'histoire!

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 17:21

L’Archipel (suspense), 2013.

Le jour de l’Armistice 1918, Léonie, une jeune femme pleine de vie, prend des notes en vue d’écrire un article qu’elle espère faire publier à l’Excelsior ou au Petit Parisien. Seule, sans nouvelle de son mari parti au Front, elle doit se débrouiller pour vivre. Il lui a laissé un appartement, mais aucun argent pour subsister. Léonie est une femme instruite, qui fréquente les artistes et écrivains de Paris. Elle pense à Guillaume Apllinaire « Krosto » qu’on va enterrer bientôt.

Pourtant la fin de la guerre la met dans un état particulier. Elle vient de décider que c’en était fini des corsets, et des jupes longues. Elle aspire à la liberté. D’abord, à présent, elle ira seule au café !

C’est là qu’elle rencontre Edgar, un très bel homme, revenu du Front avec juste une blessure au flanc gauche. Très vite, elle devient sa maîtresse. Edgar prétend être dans le commerce de l’art, entrepose des toiles dans sa chambre, un Modigliani, un Soutine… lui propose une participation sur les ventes. Edgar va pourtant disparaître, après une sortie au théâtre, et Léonie le rechercher en compagnie d’un autre ex-soldat, Norbert Rameaux, photographe professionnel. A eux deux ils forment une paire de journalistes émérites ; Très vite, Léonie se fait un nom de plume « Lys de Pessac ». On soupçonne qu’Edgar disparu n’est pas un individu recommandable…. Doivent-ils le rechercher pour le livrer à la police, et Léonie renoncer à lui ?

Pendant quelques mois, et 300 pages, l’auteur brosse la vie intellectuelle et artistique du Paris de 1918/19, une vie passionnante. Il nous fait croiser Modigliani et sa maîtresse Jeanne, Gertrude Stein et Alice Toklas, Cocteau et Radiguet, Breton et Tzara… Léonie se transforme en femme émancipée des années folles, amorce une nouvelle vie amoureuse, participe à des enquêtes criminelles, dont l’une la concerne personnellement, l’autre est une affaire célèbre qui a remué l’opinion, et il y aura aussi l’attentat dont Clémenceau réchappa.

Avant d’être un roman policier, c’est un récit historique où l’on plonge brièvement mais avec intérêt dans cette société de l’immédiat après guerre.

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 17:17

Actes sud 2009, 317 pages

(Las Viudas de los Jueves, 2005 )

Les environs de Buenos Aires : un lotissement nommé « le Country » banlieue verte réservées à des familles de la bourgeoisie aisée. Ce ne sont pas des « bobos » car ils ne sont porteur d’aucun potentiel culturel. Les hommes sont ingénieurs, gérants de grosse société, les femmes au foyer, à l’exception de Virginia.

Ce quartier est fermé de l’extérieur, de sorte que les familles vivent en circuit clos dans une enclave bien gardée (caméras de surveillance, systèmes d’alarme, chiens, vigiles). Les attractions principales sont le tennis et le golf, surtout pratiqués par les hommes. Les femmes fréquentent l’atelier dessin peinture, la piscine, organisent des ventes de charité, s’occupent de leurs jardins…

Dès le début, on sait qu’un drame a eu lieu, pendant que plusieurs hommes jouaient aux cartes et se saoulaient au bord de la piscine des Scaglia, le jeudi, un jeudi pas come les autres… qui ne sera élucidé qu’à la fin.

Deux narratrices relatent la vie dans « le Country » et les mœurs des habitants , ainsi que la lente dégradation du niveau de vie dû à la crise économique qui met les maris au chômage les uns après les autres… l’une de ces narratrice c’est Virginia. De1989 à 2001 Virginia y a vécu avec Ronie son époux et Juani leur fils. Après quelques années fastes, Ronie s’est retrouvé au chômage ; Virginia a lancé son propre cabinet d’agence immobilière. Ils ont vivoté plutôt au dessus de leurs moyens. Et ils se sont retrouvés plus ou moins marginalisés dans ce quartier : Virginia est la seule femme de ce quartier à gagner sa vie ; elle observe ses voisins et note bien des choses dans son petit carnet rouge célèbre chez ses voisins. Son fils aussi est observateur, et d’esprit trop indépendant pour le coin. L’autre narratrice anonyme, est une de ces femmes au foyer qui a vécu très exactement comme le requiert la mentalité du « Country » et y habite encore. Les deux témoignages nous instruisent avec ironie et force détails des mœurs de ces gens qui on l’aura deviné ne sont guère sympathiques, mais pas non plus des caricatures. Une bonne étude de mœurs, très détaillée. Une belle réussite !

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 18:20

Il y a bien des façons d’être en échec et bien des choses à perdre dans ce recueil : ses illusions par exemple, l’amour de l’autre, mais aussi bien souvent la vie.

Voici donc 11 nouvelles éditées en 1977, sous le titre « Alguien que anda por ahi » éditées par Gallimard en français " Façons de perdre".

Le titre espagnol est celui de l’avant-dernière nouvelle du recueil ; Jiménez un exilé de la révolution cubaine, y retourne clandestinement pour perpétrer un acte terroriste. En attendant de s’y livrer il écoute avec nostalgie une pianiste dans un motel en compagnie d’un étranger…

Cette nouvelle appartient à une thématique politique, et fantastique en même temps.

Une autre nouvelle politique, célèbre, « la Deuxième fois » met en scène des citoyens de Buenos Aires convoqués dans un bureau administratif sans savoir pourquoi ; ils remplissent des quantités de formulaires et doivent revenir trois jours plus tard… court, sec, et d’une ironie terrible ( car le point de vue des employés du bureau recoupe celui des convoqués notamment une jeune femme intriguée et vaguement effrayée) le récit se réfère aux victimes des « disparitions forcées » de la dictature militaire en Argentine.

« L’Apocalypse de Solentiname « reprend le thème de « les fils de la vierge » : un photographe développe ses clichés et y voit autre chose que ce qu’il a cru avoir fixé dans l’objectif : dans ce cas, des exactions commises par la Junte militaire. « Le soir de Napoles » raconte un match de boxe vu par un spectateur, en fait un terroriste qui doit pendant le spectacle, remettre des documents compromettants à un autre membre de son groupe. A travers son ressenti du match et les commentaires sibyllins de l’autre, on entrevoit une sinistre réalité…

La seconde thématique du recueil est consacrée aux échecs de la vie de couple : « Nouvelle visite à Venise » : A Rome, Valentina a sympathisé avec une autre touriste, et s’est trouvé un amour de vacances : mais ces deux individus épris d’elle, la femme et l’homme, la poursuivent à Venise, et ne veulent plus la lâcher. « Eclairage » met en scène un homme et une femme qui s’éprennent l’un de l’autre sans s’être vus, et s’étant rencontrés dans la vraie vie, ne peuvent renoncer à l’image virtuelle qu’ils avaient l’un de l’autre. « Vents Alizés » parle d’un couple fatigué de la routine qu’implique leur vie à deux. Ils tentent de se rencontrer à nouveau comme s’ils ne se connaissaient pas…

Deux autre nouvelles sont intéressantes : « Vous êtes allongée à ses côtés « met en scène une femme encore jeune et son fils de quinze ans qui entretiennent des relations ambigües quasi-incestueuses : l’auteur utilise le procédé de mélanger les points de vue de l’adolescent et de la mère à tel point que ceux-ci changent plusieurs fois dans la même phrase comme ci les deux protagonistes étaient entortillés dans un fil. « Au nom de Boby » c’est un petit garçon qui a deux mamans : la sienne et sa tante qui vit avec eux. Le petit garçon souffre de cauchemars; sa tante s’en inquiète, tout en profitant de la situation…

Deux autres nouvelles ne m’ont laissé aucun souvenir.

L’ensemble est globalement bon. Ce qui est remarquable dans ces nouvelles, c’est la sobriété elliptique des récits et l’ambiguïté des chutes qui peuvent être comprises de façons diverses. Ce recueil est à lire pour découvrir Cortázar nouvelliste, au même titre que « Tous les feux le feu « et « Fin d’un jeu ».

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