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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 09:52

Actes-sud, 2014, 153 pages.

Le narrateur se présente comme étant le frère de cet « Arabe » que le Meursault de Camus, plus connu sous son célébrissime titre « l’Etranger », a tué sur une plage d’Oran à l’été 1942. Il semble d’abord prendre la parole pour dire qui était son frère, présenter sa famille, et dénoncer le scandale d’un livre qui oublie que Meursault est d’abord un Français meurtrier d’un Arabe.

L’identité de cet Arabe n’est pas connue des lecteurs du roman. Meursault le nomme l’Arabe, il ne sait rien de sa victime, et ne veut rien en savoir ; nous n’avons que son point de vue pour repère puisque le roman est écrit à la première personne. Le fait que l’Etranger adopte un style détaché peut brouiller les pistes. Ce que narre Meursault est subjectif, il ne représente ni la société, ni le point de vue d’Albert Camus.

C’est mon avis , ce n’est pas celui d’Hanoun, qui avait sept ans au moment des faits. Son frère, la victime, était déjà adulte et il le nomme Moussa. Sa mère et lui ont su qu’il avait été tué mais on ne leur a pas donné le cadavre et la tombe de Moussa est restée vide…

Pour sa mère, avec qui il est resté seul, Haroun a passé sa vie à réparer le mal causé par « le Français » ; apprendre à lire pour rendre compte à sa mère de l’article du journal où l’on relate la mort de Moussa (non nommé) et cette lecture il doit la recommencer inlassablement en y ajoutant chaque fois quelque chose en plus. Puis il doit venger son frère et y parvient exactement vingt ans plus tard en tuant un « roumi » mais la guerre d’Indépendance vient de finir, et son geste ne passe pas pour un acte de guerre, mais pour une vengeance personnelle. Pour finir, il va avoir entre les mains le livre, l’Etranger; et alors commence un long conciliabule entre Haroun et divers personnages : l’écrivain ( Albert Camus) ; l’étudiant ou le lecteur ( français ) du livre, et aussi surtout, Meursault lui-même.

Le narrateur est désenchanté, en colère : sa vie est foutue ; à cause de Meursault qui a tué son frère ( mais lui-même, s’est mis à ressembler à cet étranger à avoir des points communs avec lui !!) ; à cause du meurtre que lui-même a dû commettre « Quand j’ai tué donc, ce n’est pas l’innocence qui, par la suite, m’a le plus manqué, mais cette frontière qui existait jusque là entre la vie et le crime. C’est un tracé difficile à rétablir ensuite. L’Autre est une mesure que l’on perd quand on tue »; à cause de sa mère qui lui a réclamé de venger le mort, de parler de lui, de rester à ses côtés à elle… le livre commence par maman est vivante ( en écho à maman est morte…) et cette maman est très encombrante, autant par sa présence que celle de Meursault par son absence ; à cause des mœurs de son pays auxquelles il n’a jamais adhéré , socialement il est très en marge ; à cause de la religion, car l’Islam pratiqué de plus en plus, et avec de plus en plus de rigueur dans son pays lui pèse.

Le monologue d’Haroun dévoile un mal-être profond, une crise d’identité. Plus le récit avance et plus il est proche de son ennemi Meursault, sauf que son style est coloré, imagé et vivant, et qu’il ne lésine pas sur l’humour…n’est-il pas en train de révéler ce que Meursault ne pouvait pas exprimer ? Il en est la face cachée, le double inversé, le frère ennemi : n’a-t-il pas tué à 2 heures en pleine obscurité alors que Meursault le fit à 14heures en plein soleil N’est-il pas un fils exemplaire lorsque Meursault fut le fils indigne par excellence ? Ne renvoie-t-il pas dos à dos les imams et les prêtres Et tout est à l’avenant…

C’est le roman d'un homme pris au piège de la vengeance ( je sais que si Moussa ne m'avait pas tué- en réalité: Moussa M'ma et ton héros réunis, ce sont eux mes meurtriers - j'aurais pu mieux vivre, en concordance avec ma langue et un petit bout de terre quelque part dans ce pays mais tel n'était pas mon destin. )et à travers cette expérience, on a aussi un réquisitoire contre la colonisation, une critique de la société dans l’Algérie d’aujourd’hui, une méditation sur la mort et le sens de la vie,un exercice de style parodique, cela fait beaucoup et c'est un peu brouillon, mais on s'attache à l'homme que l'Etranger a tuer...

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans nouvelles Algérie
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