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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 12:49

L’Escolabe, 350 pages, 2018.

Agée de dix ans, la narratrice vit dans une famille perturbée ; papa est un prédateur redoutable, maman une amibe…. Elle n’a pour tout réconfort que Gilles son petit frère.

Elle se force à faire face à l’adversité : visiter régulièrement la «  salle des cadavres » s’y trouvent des animaux naturalisés, des fauves que son père prétend avoir chassé dans des pays étrangers ; en fait, il travaille dans un bureau, il est comptable au parc zoologique… parmi ces trophées se trouve une tête d’hyène ; et elle rit cette hyène , et même s’introduit dans le cerveau des gens…

Lorsque son petit frère traumatisé par un spectacle plus effrayant que les autres, se détache d’elle, et que sa cervelle est envahie par une armée hostile que dirige la hyène et son rire  , la narratrice décide d’agir : elle va construire une machine pour retourner dans le passé et reprendre le cours de sa vie en effaçant les derniers événements par trop insupportables. Il s’agirait ( si j’ai bien compris …) de brancher une vieille voiture à un four à micro-ondes abandonné à la décharge municipale, par une nuit de pleine lune, avec l’aide d’une sorcière qui vit en lisière des grands bois…

Jusque là le récit est intéressant, ensuite il va se muer en un récit de formation assez semblable à « My absolute Darling » de Gabriel Talent, et je lirai une énième variation sur les ravages du pervers narcissique.

A ce thème l'auteure a ajouté une touche de conte et de fantastique,  avorté dans l’œuf, mais qui colore efficacement son récit.

Certaines phrases sont bien. C’est un premier roman…  A suivre…

 

 

 

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 23:03

Stock-Cosmopolite, 2019, 434 pages.

(Titre néerlandais : Wil )

Anvers, en 1940 : Wilfried Wils se rêve poète, (et écrit de mauvais vers dont il nous laisse parfois, profiter,) mais ne trouvant pas d'emploi, devient policier un peu par hasard,  et l’occupation allemande rend encore plus pénible cette situation qu’il jugeait indigne de lui.

 Il a sympathisé  avec Lode, un collègue dont la sœur le courtise. Lode et son père  cachent un juif mais moins par conviction morale que pour l’argent qu’il leur donne semble-t-il…quant à Wilfried il n’a pas de sens moral. Il aide Lode car c’est ce qui est le moins dangereux pour lui.

 Il fréquente aussi  Barbiche Teigneuse son prof de français, nazi convaincu. Ce personnage est fort bien campé : il nous ferait rire s’il n’était tellement sinistre et (heureusement pour Wilfried pas très futé…)

Wils et son prof  citent Rimbaud à tout propos, et pour Barbiche Teigneuse il ne fait aucun doute que  Rimbaud eût été son allié dans la détestation des Juifs et l’urgence de s’en débarrasser !

Le double jeu de Wilfried,  lui a permis de rester en vie  et d’y garder Lode qui sera loin d’être reconnaissant.  Très âgé à présent, ayant enterré tout le monde, il revit cette période , s’adressant à un arrière petit fils qu’il n’a jamais vu, non sans relater son existence actuelle.

Le nonagénaire  n’a pour toute compagnie qu’une infirmière d’ailleurs sympathique et intelligente, et le passé, cette guerre qui mina complètement Anvers, la détruisit, et où l’on déportait les Juifs (comme ailleurs).

Le récit est très dur, sans concession pour les descriptions et cette survie «  sans foi ni loi ». long et pénible, en dépit du sujet bien traité, des personnages qui font mouche, de phrases bien tournées.

Pourquoi ces restrictions ?

Parce que le narrateur est bavard : il cherche à se justifier de son attitude qui lui a été souvent reprochée (parce qu’ouvertement ambiguë) s’apitoie pas mal sur lui-même. Son histoire d’ »amour » avec Yvette,  la sœur de Lode est relatée de façon assez cynique, comme tous ses rapports avec les gens. Elle est sensuelle et très sentimentale, il est hésitant, reste à distance, comme pour le reste.

Je le classerai pourtant dans les "bons crus " de cette mi-année...

 

 

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 23:03

Folio, 428 pages. 2015

( Oorlog en terpentijn, 2013)

L’auteur raconte la vie de son grand-père, Urbain Martien ( prononcez Martine) , originaire de Gand, dont la vie fut marquée par la guerre et l’art pictural. Se servant des mémoires de cet homme, il s’exprime tantôt à la troisième personne, tantôt à la première, et souvent au présent, pour exalter la vie qui palpite dans son souvenir du défunt.

D’abord éprouvé par une enfance de pauvreté, mais satisfait de ses parents : sa mère Céline est pour lui la plus belle femme du monde (et le restera) ; son père est peintre de fresques d’église : il restaure les peintures d’établissements religieux ; il gagne peu et son asthme que tourmente la térébenthine n’arrange rien.

Urbain aide son père  et prend goût à l’art pictural, apprend à dessiner, travaille dans une fonderie, puis s’engage dans l’armée. En 1914, il y est toujours, et va au front pendant toute la grande guerre, blessé plusieurs fois, toujours renvoyé au casse-pipe. Son expérience est à peu près la même que celle du soldat allemand engagé sur les conseils de son prof dans A l’ouest rien de nouveau, (on pense souvent à ce roman)  sauf qu’Urbain subit plus longtemps le conflit, dont les péripéties et les souffrances sont davantage développée.

Il fait aussi l’objet  d’un racisme anti-flamand de la part des Wallons !  En dépit de ses bons services, il n’obtient qu’une modeste pension militaire.

les années 30 et 40 le voient atteint d’une sorte de maladie mentale ( venue ou aggravée par le traumatisme de guerre). Il peint comme son père, mais sans en faire un vrai métier, et devient copiste de tableaux amateur. Il a assimilé en autodidacte beaucoup de notions de peinture ancienne, admire Rembrandt et Dürer et la Vénus de Vélasquez «  la nudité de la Vénus de Vélasquez, si naturelle, et chaude et désinvolte, le calme même, total, de ce corps alangui, princier, cela ne pouvait exister que dans la peinture , seulement et uniquement dans le réconfort de la peinture » ; on s’en doute cette Vénus représente la femme qu’il n’a pas connue, et en copiant le portrait il ajoute des détails personnels.

Le livre aurait pu s’intituler Guerre et paix, tant les périodes apaisées voire heureuses de l’existence de cet homme correspondent aux moments où il dessine et peint. Et comme il réussit à dessiner même dans les tranchées, on peut dire que sa capacité à résister au pire force l’admiration.

Le style est  travaillé, riche,  parfois inspiré, et l’on s’attache à ce personnage.

Pourtant,  l’auteur ( le petit fils ) considère le lecteur, davantage comme un membre de la famille, que comme un simple lecteur, et nous donne des informations et des précisions qui ne pourraient intéresser que ses proches. D’où un relatif ennui bien qu’il y ait beaucoup de belles pages.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 09:21

Presse-Pocket, 1965, 186 pages.

C’est l’histoire de Louis Cuchas né fin du 19 eme siècle rue Mouffetard cinquième des six enfants de Gabrielle Cuchas, dont le mari alcoolique a disparu ; elle est marchande des quatre saisons aux Halles. A beaucoup d’amants de passage, et tout le monde dort dans la même pièce les enfants séparés des adultes par un simple drap tendu.

Louis est différent de ses frères et sœur, il est très observateur, se tient en deçà des histoires de la famille au jour le jour, bien qu’il se tienne au courant, et parle peu. La contemplation est son activité favorite. Un des amants de sa mère lui offre des crayons de couleur et joue avec lui aux échecs. Ces deux activités vont décider de son avenir. Il deviendra peintre après avoir aidé sa mère dans son métier et être devenu commerçant aux Halles pendant pas mal d’années. Peintre sans école, ni surréaliste, ni cubiste, ni rien de tout cela, mais pas non plus académique ou pompier. Un talent très personnel. Des tableaux sont décrits et permettent d’imaginer la chose.

Son surnom « petit saint » lui vient du fait qu’il ne se bagarre pas en classe, en rend pas les coups qu’on lui donne ( il est vraiment petit, ne dépassera pas 1m55) et reste franchement très raisonnable pour un garçon qui a reçu peu d’éducation et est entouré de mauvais exemples. Mais sa sagesse n’a rien d’un choix moral, elle est due à son indifférence pour les passions humaines. Il n’éprouve ni envie, ni jalousie, ni peine ni regret, tout entier plongé dans la contemplation.

Outre l’apprentissage de Louis qu’il rend crédible et assez intéressant, l’auteur décrit la vie des gens dans ce quartier populaire, où l’on est pauvre sans être nécessiteux. Les personnages de la famille de Louis sont bien rendus, peu fouillés (le roman est court)mais plus que de simples silhouettes.

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 21:33

LP 1er parution 1948 ; 285 pages.

Une ville non nommée, pendant une guerre, dans une situation ressemblant à Paris sous l’occupation. En tout cas un régime de dictature. Une ville (sans doute Flamande ?) où tous les personnages portent des noms germaniques.

Frank vit avec sa mère qui tient un salon de manucure (faux salon et vrai bordel) ; il a presque 19 ans et lui sert de rabatteur. En outre, il se fait de l’argent en se livrant à des trafics avec des voyous qu’il retrouve Chez Timo. Kromer, un de ses complices, de peu son aîné, se vante d’avoir étranglé une femme, et tué un homme. Il donne les détails. Frank décide de pratiquer l’homicide, lui aussi. La victime sera un militaire habitué de la brasserie, appelé « l’eunuque » ; il le poignardera et lui prendra son revolver. Dans une impasse, dans la neige, qui ne cesse de tomber.

Arrivé sur les lieux, il croise Gerhard Holst, un homme qui lui importe sans qu’il sache trop pourquoi. Holst et sa fille Sissy sont leurs voisins de palier ; ce sont des gens honnêtes et pauvres. A présent, Holst conduit des tramways, mais dans une autre vie, il était professeur. Frank voudrait que Holst le voie tuer l’eunuque avec son couteau.

Frank fait tout ce qu’il peut pour se faire remarquer avec ses activités illicites et tout l’argent qu’il gagne. Il se fait provoquant, et décide de séduire Sissy …

Un récit très sombre, où Frank à la recherche d’une raison de vivre et de l’approbation d’une figure paternelle, développe une attitude ambiguë et suicidaire.

Autour de lui gravite une société que l’état de guerre associé au totalitarisme a minée, et où la crapulerie et la misère sévissent. Sans compter la peur qui transforme les rapports humains. Tout cela est bien décrit par l’auteur .

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 09:51

Minuit, 2013, 169 pages.

Je n’avais pas lu JP Toussaint depuis longtemps, quelques relectures mises à part. Je me méfiais de ses histoires de Marie, supputant que son humour très particulier lui faisait faux bond dans ce type d’entreprise.

Et me voilà tout de même suivant Marie, artiste spécialiste de la haute couture, et désirant s’investir »en marge de la mode, sur un terrain expérimental proche des expériences les plus radicales de l’art contemporain.

C’est donc la fameuse robe de miel ! on pense vaguement aux robes de Peau d’âne couleur de Temps, de Lune etc. Mais pas du tout !c’est une robe de haute couture sans couture il s’agit de tartiner (d’enrober si on veut) une pauvre fille de la substance en question sur certaines parties du corps (les autres seront poudrées) et la faire suivre par un essaim d’abeilles au son d’une certaine musique électronique.

Le spectacle est parfaitement réussi « le top-modèle martyr entouré de multiples figures de douleur figées, les visages européens, asiatiques, interdits, ralentis, arrêtés, comme dans une vidéo de Bill Viola… » Et même au –delà de ce que l’on avait espéré, puisqu’il y a de l’imprévu parfaitement assumé par Marie.

Des vidéos de ce Bill Viola, on peut en regarder une ou deux pour se mettre dans l’ambiance…c’est plus fantomatique, plus étrange que le tableau qu’on imagine, mais tout dépend aussi de l’éclairage.

Après ce prologue violent, axé humour noir, qui vérifie le vieux proverbe « Honey soit qui miel y pense », c’est la relation amoureuse du narrateur avec Marie qui prend le relai : les partenaires sont séparés, bien que toujours ensemble, c’est à ce prix que dure la relation. En effet, Marie absente, le narrateur attend son appel téléphonique en rêvant d’elle, et autour d’elle, se construisant des fantasmes, jouissant en quelque sorte de cette pause dans la relation, suspendue, mais laissant la possibilité d’une reprise.

Le portrait qui est fait de Marie, n'est pas d'abord celui d'une femme particulière, mais un ensemble de traits :femme d'affaire, artiste très tendance avec goût pour le sadisme, élégance de la mise, nue ou pas, dispositions d'harmonie avec le monde (elle se fond bien dans le décor, on pense à des femmes de Julien Gracq), un ensemble composite, d'où émerge de temps à autre, une femme quasi "normale" avec des problèmes et des attitudes sans surprise.

De Tokyo à l’île d’Elbe, d’un vernissage auquel le narrateur assiste en voyeur, à une suite d’incendies dans une Toscane automnale guère plus gaie que la place Saint-Supplice, d’un cimetière lugubre à un hôtel sans chauffage, Marie et son compagnon se refont une santé. On est content de voir que l’amoureux narrateur supporte aussi bien la présence de Marie que son absence, et continue à la rêver esthétiquement, sans oublier la réalité concrète.

On leur souhaite tout le bonheur possible !

Certaines situations ont ce même potentiel d'étrangeté et d'absurde qu'autrefois, mais dans l'ensemble, l'amoureux narrateur a changé de ton.

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 17:40

Editions le Monde de Simenon N° 20 Solitudes

175 pages.

Jonas Milk se voit soupçonner d’avoir fait disparaître sa femme, Gina.

Hier soir, elle est partie chez son amie Clémence pour garder le bébé pendant que le couple se rendait au cinéma. C’est ce qu’elle a dit à Jonas. Mais le soir tard, elle n’était pas rentrée, et Jonas a bien vu que rien n’était allumé chez Clémence. Le lendemain, Gina n’ayant pas reparu, il a compris qu’elle avait fait une fugue, été retrouver un homme. Mais lorsque le Bouc chez qui il va prendre son café lui a demandé pourquoi on ne voyait pas Gina dehors un jour de marché, il a répondu « elle est allée à Bourges ».

Mensonge, mais Jonas n’avait pas envie de dire ce qu’il pensait de l’absence de Gina. Même si tout le monde sait qu’elle a la cuisse légère.

Gina ne revient décidément pas, et Jonas se rend compte qu’elle lui a dérobé quelques timbres d’une grande valeur. Il s’obstine à dire lorsqu’on lui en parle qu’elle est allée à Bourges voir une amie. Mais dans cette petite ville où tout le monde se connait et s’observe, on a tôt fait de comprendre que cette histoire de Bourges est fausse. De là à déposer une plainte contre Jonas pour disparition et le faire convoquer au commissariat… !

Jonas revient alors sur son mariage et sur son passé : Arrivé tout enfant avec ses père et mère dans cette petite ville du Berry, après qu’ils aient fui la révolution russe, il n’a pas connu ses sœurs restées là-bas, et , jeune encore, a été privé de ses parents, repartis en Union soviétique à la recherche de leur progéniture. Aucune nouvelle de derrière le rideau de fer. De retour dans la petite ville de son enfance, Jonas s’est établi comme bouquiniste, s’est passionné pour la philatélie, a vécu de façon effacée, routinière, trouvant un fragile équilibre à vivre dans le quartier animé de son enfance. Cependant, il ne fréquente personne, ses contacts se bornant à discuter de la pluie et du beau temps avec les commerçants de la place, et les clients de sa boutique. Son mariage arrangé et à peine consommé, avec Gina à quarante ans alors qu’elle en avait seize de moins, est la chose la plus triste qui soit, et pourtant, dans son extrême solitude, il en était content.

Lorsque le commissaire, détaillant le passé de Jonas, lui demande pourquoi il ne portait pas l’étoile jaune pendant l’occupation, puisqu’il était juif, on atteint des sommets d’ignominie ; mais ce qui affecte le plus Jonas c’est qu’on lui révèle que Gina avait déclaré à tout le monde craindre qu’il ne la tue. Là où le lecteur ne voit qu’une ruse, une excuse, que s’était trouvé cette femme qui préparait son départ, Jonas s’interroge sérieusement sur ce qui aurait pu choquer Gina dans son comportement.

L’auteur nous fait pénétrer dans le monde de Jonas, révélant petit à petit son statut d’étranger, à peine toléré par les habitants de cette petite ville, une population hypocrite, conformiste, grégaire, en attente de bouc émissaire. L’on voit Jonas, resté naïf, malgré son esprit rationnel, perdre ses maigres illusions et s’effondrer son peu de certitudes. Un récit lucide, terrible, effrayant, parfaitement juste.

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 00:55

 Le-Locataire-4.jpg

 

 

 

 

1934


Un jeune Turc,  Elie Nagéar, a quitté son pays natal pour faire affaire dans les tapis ; il est accompagné de Sylvie Baron, aventurière belge qui passe d’homme en homme, pour les plumer.

Arrivé à Bruxelles, Elie a la grippe et presque plus d’argent. Il est tombé de haut et se sent minable. Sylvie part dans sa famille à Charleroi où sa mère tient une pension de famille et son père travaille aux chemins de fer. Pendant ce temps Elie écoute les conversations de son  voisin de chambre, un hollandais «  Van der chose », parler d’une coquette somme en liquide, qu’il emmène en France par le train. Elie va prendre ce train, décidé à tuer "van der Chose" et pour ce faire, il achète une clef anglaise, comme au cluedo.

Mais Elie est novice dans le crime ! Comment va-t-il se débrouiller dans ce train de nuit presque vide? Et le magot est-il vraiment exploitable?


Lorsque Elie retrouve  Sylvie, sa situation n'est point trop brillante! Il se terre dans la pension de famille de Charleroi. Mme Baron la maman de Sylvie l’aime bien, les autres pensionnaires le détestent, y compris Antoinette la sœur de Sylvie, et Monsieur Moïse, pourtant juif comme lui. Moïse et Antoinette comprennent vite de quoi il retourne…


C’est un bon roman, les caractères bien étudiés, le suspense intéressant, le savoir-faire de Simenon nous plonge tout de suite dans l’affaire. Pourtant je suspecte l'auteur d’antisémitisme. Et ce n’est pas la première fois (Piotr le Letton était pire dans le cliché…!)

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 09:54

 

Lettre à mon juge 1ere publication 1947

LP, 2001. 190 pages.

 

 

Le narrateur Charles Alavoine s’exprime à la première personne.

je n’avais pas encore lu de Simenon en »je ».

Ce doit être assez rare...

Charles s’adresse à son juge d’instruction pour tenter de se faire comprendre.

Le lecteur prend connaissance de la lettre, ce sera lui le juge.

 

Va-t-on comprendre Charles, condamné pour avoir tué sa maîtresse, crime considéré comme passionnel, et qu’il déclare, lui, être prémédité ( ce qui n’exclut pas le geste passionnel).

 

Pour expliquer son geste, que nul n’a compris, Charles entreprend de raconter sa vie. Il a été élevé par sa mère, qui a toujours été à ses côtés, même lorsqu’il se maria avec Jeanne, puis avec Armande. Elle lui a donné le choix entre deux professions : curé ou médecin, il a choisi la seconde option. 

Venu d’un milieu modeste, il est mal à l’aise avec ses collègues. Sa seconde femme Armande s’occupe si bien du foyer, qu’il sent  sa position aléatoire, et se désintéresse de ses enfants.

Un  jour, à Nantes où  l’appelait son travail, il rencontre Martine, laquelle vient vivre à La Roche sur-Yon pour y être la secrétaire de Boquel, un magistrat alcoolique.

Ils passent la nuit ensemble dans un hôtel minable, saouls tous les deux.

«  Tandis que je lui tendais le verre en lui soutenant la tête, j’ai vu sur son ventre, une couture encore fraîche, une cicatrice d’un vilain rose qui le traversait verticalement »

«  Voyez-vous cette cicatrice-là pour moi médecin , c’était un peu ce qu’est pour vous, juge, un extrait de casier judiciaire ».

Mais Charles ne la plaint pas, ni ne lui demande ce qui est arrivé. Il estime avoir là une prostituée qu’il doit amener en quelque sorte sur le chemin de la Rédemption.

Peu attiré par Martine, il s’engage néanmoins avec elle dans une relation sadomasochiste, et ne tarde pas à quitter son domicile conjugal, s’installer ailleurs avec sa victime.

Pendant la première partie Charles m’est presque sympathique, on imagine que son crime va s’expliquer, qu'il a découvert que sa maîtresse le trompait... que sais-je? j'étais prête à l'absoudre...mais dès qu’il commence à relater les souffrances qu’il fait endurer à la pauvre Martine (il la prétend consentante, mais elle n’est pas là pour confirmer, et nous n’avons qu’un seul point de vue), on  peine à le suivre..

 

Ses protestations d’amour envers la victime, et ses manières de dire  je l’ai tué pour tuer la mauvaise Martine (la pécheresse) font vraiment horreur. Charles, contrairement à ce qu’il dit, est atteint de pathologie mentale. Il serait dangereux de le laisser sortir.

L'écriture de Simenon sèche et précise, sans fioritures, nous laisse éprouver toute l'indignation possible.

Charles lui non plus n'a pas réussi à se convaincre que son crime était dicté par l'amour, d'où son geste final.

Car le juge, c'est lui aussi.

 

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 19:57

 

« Plume » est un recueil de récits qui prend la suite des poèmes regroupés sous le titre "Lointains intérieurs". On peut le trouver dans la petite collection "Poésie" de " Gallimard, pour un prix modique.

Ces récits sont au nombre de 13, Plume en est le personnage principal. C'est un être marqué par son inadaptation sociale. Les situations auxquelles il est confronté le mettent dans l'embarras.  

Si nous prenons le cas de « Plume au restaurant » et Plume voyage, ou encore Plume a mal aux doigts, on le voit placé dans des situations banales qui deviennent étranges, voir comiques par la façon dont elles sont vécues.

 

Ces situation aboutissent au surnaturel ou débouchent sur le fantastique. «  Dans les appartements de la reine » ou encore  La Nuit des Bulgares.

 

Toutes ces situations montrent le héros désemparé, trop poli( «  un serpent tombé d'un régime de bananes rampa vers lui ; il l'avala par politesse..in « L'hôte d'honneur du Bren club »), courtois, étonné, ou indifférent à l'égard de diverses figures de l'autorité. : la police, le couple royal, un juge, un chef de train, un officier de l'armée, un médecin... une épouse, et même des coutumes barbares établies par une instance dont on ne sait rien. Plume est toujours la victime ; dans le meilleur des cas, il ne comprend tout simplement pas.

Ces rapports de force avec l'autorité évoquent les situations chez Kafka. On l'a dit et c'est à juste titre pour une fois.

Excepté le fait que les héros de Kafka multiplient les hypothèses sur les causes et les conséquences possibles des situations qui les gênent, ainsi que les moyens d'y remédier.

A l'inverse, Plume cogite peu. Dans Plume à Casablanca, cependant, il a l'idée de se livrer à toutes sortes de manœuvres pour se faire bien voir de la police mais  en vain ! On ne saura pas ce qu'on lui reproche. Ce texte-là est effectivement très proche de Kafka. De même que Plume au restaurant : il est accusé d'avoir mangé un plat non spécifié sur la carte : non écrit. Ce peut-être une façon de dire qu'il est hors-la-loi  (si la carte des menus  symbolise un écrit juridique fixant les « choses permises »).

 

Dans « les appartements de la reine », Plume semble avoir une relation sexuelle avec la reine. Il n'est pas sans éprouver quelque chose (« Il touche, il tête avec des doigts peu sûrs, et la recherche des réalités le fait trembler... »), Relation évidemment interdite puisqu'il y a un roi. L'allusion fréquente au «  Danemark » (entretenons-nous du Danemark, sa Majesté aime les Danois) fait penser à Hamlet.  Et dans ce cas, il devra tuer le roi qui entre et l'on sera dans une situation œdipienne, comme dans cette pièce.

Sinon comment interpréter ces références au Danemark et aux Danois ? On peut aussi entendre Danois comme « chien », Plume ne serait qu'un  pauvre chien dans l'affaire.

 

Les récits des mésaventures de Plume n'ont pas l'étoffement propre au romanesque. Il y manque les décors et les portraits de personnages. De Plume lui-même on ne sait rien. Pourquoi voyage-t-il continuellement? Où a-t-t-il rencontré une épouse aussi acariâtre ?

L'histoire se résume à une série de question et de réponses, une série de contraintes... Plume se trouve à l'issue, victime d'une nécessité si inattendue qu'elle lui échappe.

C'est un être agi par un destin absurde.

L'étrange, l'absurde des situations vient du fait que l'auteur a banni de chaque histoire tout contexte. Pourquoi faut-il tuer les bulgares (la nuit des bulgares) ? De quoi est-il coupable au restaurant ?

Que s'est -il passé dans sa maison et de quoi est victime son épouse ? ( Un Homme paisible)

Chaque représentant de l'autorité réclame une réponse mais Plume ne sait rien.

 

La dramaturgie est souvent au rendez-vous avec une somme conséquente de mutilations parfois radicales (mort) : 

-Plume a mal au doigt, on le lui coupe. Il reste optimiste.

-Dans l'Arrachage des têtes (Plume n'y joue aucun rôle, il n'y est pas nommé), il semble que     l'on doive offrir des têtes en offrande à un personnage non nommé, qui les réclame et les   recueille sans manifester approbation ni ressentiment. Ce pourrait être un dieu.  Les têtes ne sont pas l'objet d'une grande considération... pas plus que des fruits ou des têtes de clous.

-Dans la nuit des bulgares, on tue des êtres humains.

-Plume arrive dans un pays habité par des culs-de-jatte.

- Une  femme est  découpée en morceaux (un Homme paisible)

C'est le monde de l'inquiétante étrangeté tel que Freud l'a défini (L'Inquiétante étrangeté et autres texte in Folio-bilingue). Freud  prenait l'exemple de «  l'Homme au sable «, dans quoi le héros craignait une mutilation des yeux.

«  Le véritable intérêt de l' »Unheimliche » dans l'homme au sable, c'est le thème de la castration métaphorisée  là par al crainte de la cécité. (L'Homme aux sables « arrache » les yeux).

 

 

Cependant l'absence de contexte et l'aspect élémentaire de Plume laisse à penser qu'il est peut-être responsable, et exprime aussi l'humour, un humour noir qui pourrait faire rire si ces situations étaient mises en scène.

Plume fait songer à Chaplin. Même si dans le contexte où évolue Charlot les situations sont beaucoup plus classiques il les transforme souvent jusqu'à l'absurde. On a bien ici cette façon de raconter des énormités en gardant  le style du constat ou celui de la relation neutre du fait banal. On peut penser au style de Camus dans l'Etranger.

 

Michaux s'est fortement démarqué du surréalisme mais il en reste proche.

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