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24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 09:00


L’Olivier, 2021.

Elle  écrit ce livre pour rendre justice à Gérald Thomassin. Accusé de meurtre sur la personne de la postière de Montréal- la -Cluse ( dans l’Ain, région de Nantua et Oyonnax), l’acteur était sur le point d’être blanchi.


Nous avons la perspective d’une petite ville de montagne, où l’on vit chichement, où le chômage pèse sur l’usine de plastique qui emploie de moins en moins et licencie… Le trio de marginaux ( Tintin Rambouille et Thomassin) est longuement décrit dans ses errances ; c’est même assez ennuyeux !
La victime, Catherine Burgod,  ressemblait à Thomassin, véhémente, suicidaire, aimant se mettre en scène, sans doute bipolaire aussi. Elle n’avait pas la place qui lui aurait convenu dans cette petite poste, où son père l’avait fait entrer et maintenue ; adjoint au maire,  entretenant avec elle une relation fusionnelle, le père la couvait et la contrôlait.
On comprend qu’elle s’ennuyait à mourir dans ce job… autant qu’avec son conjoint récemment quitté.
 Lorsqu’un individu est entré dans la poste et l’a sommée de lui donner  la caisse, elle a réagi violemment ( et s’est mise en danger ) c’est que laisse supposer l’état de la victime morte, et son caractère, de son vivant.   
Le passage le plus intéressant, est la description de cette ferme «  de Beauregard » où ont vécu deux frères et une sœur, à l’écart du monde, ne descendant que pour acheter l’essentiel avec un tracteur : là aussi, il y  a un dictateur, un despote : le frère aîné surnommé Rambo qui semble séquestrer son frère et sa sœur…   tout est question de rapport de force ! On aurait pu écrire un drôle de roman noir avec cette fratrie…


Dans les premières pages, la narratrice emploie un ton plutôt condescendant qui ne lui ressemble pas (ou si ?) et ensuite on s’habitue à peu près. Son empathie voulue pour certains personnages ou groupes de population ne m'a pas complètement convaincue.
 Ce qui  est authentique c’est sa sympathie pour Thomassin ; elle veut qu’on sache ce qui lui est probablement arrivé. Le message est clair !


Appelé à Lyon pour une ultime confrontation avec le désormais suspect numéro 1 , Gérald Thomassin a disparu avant d’arriver; C’était en 2019, juin, et il n’a pas donné signe de vie. La procureure a estimé que, trop perturbé par son séjour en prison et les soupçons qui pesaient sur lui, il s’est suicidé.
Florence Aubenas, elle l’a dit à la Grande Librairie, n’est pas de cet avis. Gérald allait bien juste avant de prendre le train. Mais il s’était toujours mis en scène, vanté, c’est même cela qui l’a fait suspecter; une disparition volontaire totale et discrète n’était pas son genre.
D’ailleurs pourquoi n’a-t-on pas retrouvé le corps ?

A priori ce livre n'a pas tellement boosté l'enquête.

 

 

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 23:46

Minuit, 2019, 169 pages.

Comme pour Roger Ackroyd, Le Chien des Baskerville, Hamlet… l’auteur cherche une autre solution au problème posé, une solution qui surprenne, un autre criminel que celui qui est désigné par le récit initial.

Inutile de relire «  Dix petits nègres «, si votre mémoire est défaillante ! Pierre Bayard nous donne une liste des personnages avec leur identité, et ce qui les a menés sur l’île. Ensuite, il reprend méticuleusement tous les faits !

Il faut aussi avertir le lecteur que Bayard se réfère dans son analyse à deux autres romans d’Agatha Christie,  et en dévoile l’intrigue et la solution ( qu’il semble trouver bonne !)  il s’agit de «  ABC contre Poirot «  et «  les vacances d’Hercule Poirot ( «  Evil under the Sun « ) ; si vous aviez le projet de les lire un jour, faites ces lectures avant d’aborder cet  ouvrage.

C’est le véritable meurtrier ( ou meurtrière) des infortunés victimes de l’ile du Nègre, qui s’exprime dans ce texte, fâché(e) qu’on n’ait jamais deviné la solution et qu’on se laisse toujours berner par l’explication initiale…

En répétant souvent les mêmes choses que dans certains de ces ouvrages précédents  : on ne voit pas ce qui est sous nos yeux,( référence à la Lettre volée de Poe)  on lit avec des préjugés… on se raconte une histoire pour trouver un sens à ce qui en manque (c’est le but de la narration) « cette nécessité de trouver du sens à ce qui nous arrive est à l’origine d’un biais essentiel, peut-être le plus important, auquel nous recourons sans cesse dans notre rencontre avec le monde et que nous pourrions appeler le « biais narratif »… qui nous protège contre la complexité de la vie. " 

Fort bien, mais le processus de Bayard est de nous raconter une autre histoire qu’on peut induire du texte d’Agatha Christie, une autre que celle qu’on connaît, en gardant les mêmes ingrédients. Le meurtrier ( qui se désigne comme le vrai ) nous offre un autre lecture des faits, et une autre solution, laquelle n’est ni plus ni moins tirée par les cheveux que l’initiale. Le  nouveau meurtrier a beau discuter l’invraisemblance de la mise en scène imaginée par l’auteur pour désigner le  premier coupable, il ne fait qu’en substituer une autre, qui se tient aussi bien, avec des éléments pas toujours  dissemblables.  

 L’auteur est astucieux, et se tire brillamment  d'un exercice qu'il avait déjà amorcé dans " qui a vraiment tué Roger Ackroyd? " " Enquête sur Hamlet" et " Le Chien des Baskerville" ( je n'ai pas lu ce dernier). On peut trouver l'exercice répétitif mais je reste bon public pour ce type de jeu.  On s’amuse aussi des réflexions du nouveau meurtrier critiquant les obsessions et les méthodes du précédent.

Pourrait-on trouver une troisième solution ? D’autres encore ? Et si chacun des dix intéressés revendiquait les forfaits perpétrés, chacun racontant une histoire différente ? En multipliant » les biais narratifs »

 

retrouverait-on la « complexité de la vie » ? 

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 00:24

Gallmeister, 2018 , 420 pages.

Au-dessus de Pendarosa, dans les montagnes de l'Idaho.

Ann a épousé Wade, un an après qu’un événement tragique se soit produit un après-midi d’aout,  lorsqu’il allait couper du bois pour l’hiver accompagné de Jenny sa femme, et de leurs  deux petites filles . Jenny, a tué May, six ans, d’un coup de machette.

Le récit tourne autour du drame; Ann s’efforce de le comprendre, et le revit obsessionnellement, d'autant plus qu'elle n'y a pas assisté, et que son mari ne veut pas en parler.  On a l'impression qu'elle éprouve de la culpabilité.

 

Le temps de la narration s'étend de  1970 ( Wade et sa femme faisaient connaissance)à 2025, un épilogue qui semble satisfaire les protagonistes ! mais le lecteur... peut-être pas . A vous de voir!  

Entre ces deux dates, les scènes sont nombreuses et nous transportent dans des lieux divers.

A partir des années 2000, Ann aide tant bien que mal Wade à vivre, il est atteint d’Alzheimer précoce, comme son père et son grand-père avant lui. Il y a aussi Jenny en prison à perpétuité  , avec Elizabeth sa compagne de cellule qui devient son amie. Car, Ann n'est pas la seule narratrice du roman...

Les différents récits s’organisent autour de l’événement tragique survenu en 1995, et que, progressant dans la lecture, on ne comprend toujours  pas . La mère aimait ses deux filles et s’était toujours comportée normalement avec elles.  Au début, j'ai même cru que Jenny s'accusait pour couvrir quelqu’un. Personne d’extérieur à la famille, n’a assisté à l’homicide de la petite May , et la mère s’est accusée immédiatement sans s’expliquer. La fille ainée a disparu .Les explications et  tentatives de reconstitution d'Ann, tendent à suggérer, de la part de Jenny, un terrible acte manqué. 

On a un récit des commencements de la vie du couple initial, qui a acheté la maison et plusieurs hectares de terrain dans la montagne lorsque Jenny était enceinte. Leur hiver , leur printemps et les premiers mois du bébé, leurs sentiments ambigus  pour une femme qu’ils ne connaîtront jamais,  l'apprentissage d'une existence rurale âpre , ses difficultés et ses joies. Ce récit ( sans doute le meilleur du roman) est-il imaginé par Ann? Je le crois trop précis pour cela. Je ne sais trop qui en est le narrateur...

Plusieurs autres  récits, avant le drame,  concernent May et son désarroi lorsque sa sœur qui grandit, n’est plus tout à fait la même partenaire de jeu. D’autres, la survie  de leur mère en prison. Mais la narratrice étant sa compagne de cellule à qui elle ne se confie pas,  nous ignorons ce qu’elle pense.

Certains récits se révèlent sans rapport avec l’intrigue principale, bien qu’on ait  pensé, d'abord,  qu’ils y étaient liés : l’avenir du garçon dont June( la fille aînée âgée de 9 ans) était amoureuse et son drame à lui.

La vie d’Elizabeth la compagne de la mère , ne nous intéresse que lorsqu’elles apprennent à se connaître , or on a droit à un long récit de la vie d’Elizabeth avant qu’elle n’intègre la cellule de Jenny…

Le texte  regorge de réminiscences,  de rêves éveillés, de souvenirs, et d’évocations : que serait devenue la fillette disparue ? A quoi ressemblerait-elle, que ferait-elle aujourd’hui ?

Ann vit avec les fantômes des absents. Sa vie avec Wade n'est pas une nouvelle existence, elle ne fait qu'imaginer le passé d'un homme qu'elle aimait depuis longtemps, mais qu'elle a  épousé dans des circonstances néfastes ; il n'a pas refait sa vie, et elle a oublié de vivre la sienne.

Un premier roman très travaillé, parfois on sent l'application de la bonne copie, la lourdeur de répétitions,  mais la richesse du propos est indéniable. L'impression dominante est négative : c'est  éprouvant, frustrant,  plein de rêves et de cauchemars, parfois  bien rendus. Évidemment, pour un premier roman, c'est  prometteur !

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 16:39

Acte-sud, 2017, 150 pages.

 

Plusieurs journées fatidiques qui ont précédé de peu la seconde guerre mondiale, racontées par un narrateur qui énonce l’hypocrisie, la corruption, la lâcheté, le veulerie, des gens qui ont frayé avec les principaux dirigeants nazis.

Une réunion secrète : 24 patrons de sociétés industrielles ont répondu présents à la demande nazie de financer le parti pour aide Hitler à s’emparer des pleins pouvoirs ; ils y voient une bonne aubaine financière et ne se trompent pas…

Gustav Krupp ; Carl Will Dietrich patron de Siemens, Wilhelm Von Opel, Albert Vögler… «  Ils s’appellent BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken… ils sont là parmi nous. Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien…ce 21 février 1933. »

Les séquences sont théâtralisées, dramatisées, avec lyrisme, indignation, humour noir,

«  Le soleil est un astre froid. Son cœur des épines de glace. Sa lumière sans pardon…. Le régisseur a frappé trois coups mais le rideau ne s’est pas levé ».

«  ils étaient vingt-quatre, rasé des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron, ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine… on dévisse vingt-quatre chapeaux de feutre, et l’on découvre vingt-quatre crânes chauves ou des couronnes de cheveux blancs »

"Une visite de courtoisie" :

Cette fois il s’agit de lord Halifax, champion britannique de la négociation, qui rencontra Goering et Hitler et, dit le narrateur, n’a pu manquer de s’apercevoir que Goering n’avait pas un comportement normal ; mais il passe outre car il lui semble que ces messieurs malgré leurs humeurs « too much » partagent au fond les mêmes idées que lui ; « la nationalisme et le racisme sont des forces puissantes , mais je ne les considère ni  contre nature , ni immorales » dira-t-il en conclusion.

Toujours en 1938, on assiste aux prémisses et à la mise en acte de l’Anschluss : leur façon de neutraliser le chancelier Schuschnigg, de le faire remplacer par l’un des leurs, en dépit de la résistance du président de la république autrichienne ( un sous-fifre dont on ne parle jamais beaucoup).

« On envahirait d’abord l’Autriche et la Tchécoslovaquie. C’est qu’on était trop à l’étroit en Allemagne, et puisqu’on n’atteint jamais le fond de ses désirs, que la tête se tourne toujours vers des horizons effacés et qu’un reste de mégalomanie sur des troubles paranoïaques rend la pente encore plus irrésistible, après les délires d’Herder et les discours de Fichte, depuis l’esprit d’un peuple célébré par Hegel, et le rêve de schelling d’une communion des cœurs, la notion d’espace vital n’était pas une nouveauté ».

Pour en arriver au "déjeuner d’Adieu de Downing Street"

Ribbentrop fut invité par Chamberlain pour un déjeuner d’adieu. Il s’agit d’occuper ces gens pendant qu’on envahit l’Autriche.

« l’horoscope du 12 mars fut merveilleux pour les Balances les Cancers et les Scorpions . le restes était en revanche néfaste au reste des hommes ; Les démocraties européennes opposèrent à l’invasion une résignation fascinée. Les Anglais qui étaient au courant de son imminence avaient averti Schuschnigg. C’est tout ce qu’ils firent. LES Français, eux n’avaient pas de gouvernement ; la crise ministérielle tombait à point. »

Les nazis eux aussi jouent la comédie : Goering se plaint à Ribbentrop que Schuschnigg est un abominable dictateur et que son poulain  Seyss-Inquart  est son souffre-douleur ; il se pose en libérateur du pays qu’il envahit. Et l’Anglais feint de le croire.

Enfin, avant l’épilogue, ces infâmes préparatifs se clôturent sur les Accrocs de Munich ; »les équipes de Daladier et de Chamberlain tentent d’arracher à Hitler des concessions picrocholines » Ils savent bien qu’il n’en est rien. «  Ah, les cons, s’ils savaient «  murmure Daladier à sa descente d’avion, acclamé par la foule, à des journalistes à l’oreille affûtée.

 

L’auteur, en théâtralisant quelques journées décisives et en nous contant par le menu l’Anschluss, met cruellement en  lumière ces faits que l’on connaissait déjà ; en bref, tout le monde politique responsable s’écrase devant Hitler, rampe et se couche, espérant éviter le pire, et le laissant venir ! Ces attitudes désastreuses, qui ne méritent pas le nom de politiques, ont-elles servi de leçon aux dirigeants d’aujourd’hui ?

 

 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 12:06

Actes sud 550 pages

La préface de l’auteur nous apprend qu'elle fait partie de la génération Gorbatchev ; elle est née en 1948.

« Il nous a été plus facile d’accepter l’effondrement de l’idée communiste parce que nous n’avons pas vécu en un temps où cette idée était jeune et forte, auréolée de la magie pas encore dissipée d’un romantisme désastreux et d’espoirs utopiques. Nous avons grandi sous le règne des vieillards du Kremlin »

« Je pose des questions non sur le socialisme mais sur l’amour la jalousie l’enfance la vieillesse… sur les détails d’une vie qui a disparu… l’histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles restent toujours en marge… je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne. «

 

L’auteur a collecté une masse de témoignages de gens de tous âges et de conditions diverses pour parler de leur vie : cela commence par des « propos dans les cuisines « une dizaine de personnes parlent, anonymes, et se répondent : on est un peu perdu !

Même si elle a fait un résumé des principaux faits en URSS et après sa chute, débutant à la mort de Staline ( 5/03/1953) jusqu’en 2012, c’est parfois difficile de remettre les propos des personnes interviewées dans leur contexte politique exact.

Plus éclairant sont les témoignages de deux femmes de même âges ( 49 ans au moment de l’interview c'est-à-dire aujourd’hui sans doute quelques années de plus) ; elles se connaissent et ne sont pas ennemies mais vont donner des avis diamétralement opposés sur la Pérestroïka qu’elles ont connue toutes deux dans leur jeunesse et de près car elles occupaient des fonctions importantes à Moscou.

L’une regrette l’Urss pourvoyeuse d’idéaux, l’autre apprécie ce que Gorbatchev et son équipe a fait naître en dépit des privations et du chaos favorisant la corruption dans les années 90 ; l’époque était difficile : on vivait mal. On attendait autre chose ; chacune réagit suivant ses attentes. D’autres témoignages sur cette époques font apparaître des destins différents même si l’on retrouve des schémas identiques : le putsch de 1991, les prises de positions diverses, la peur ou l’excitation, la crise financière des années 90, chômage et inflation monstre, fut un drame pour certains, cette jeune femme et sa mère ne pouvant même pas faire enterrer la grand-mère, obligées de garder le cadavre, puis livrées aux aléas d’une bande de voleurs qui les sauve puis les jette à la rue… d’autres familles ont souffert de malnutrition, mais n’ont pas connu un sort aussi horrible.

Mais on lira aussi des vies de personnes plus âgées qui ont connu l’époque stalinienne, la seconde guerre mondiale, le Goulag, l’Afghanistan, et qui sont nostalgique de cette époque. Le « capitalisme » a tout détruit selon eux. Toutes les valeurs auxquelles ils croyaient…vivant misérablement, persécutés, parfois dénoncés par leurs voisins, ils n’en regrettent pas moins cette époque…

 

Tous les récits sont éprouvants, mais certains sont de terribles drames. Notamment le récit de cette femme arménienne vivant en Azerbaïdjan , puis devant s’enfuir en Russie, où elle ne sera jamais acceptée de toute façon.

L’auteur a présenté les témoignages de telle sorte que deux personnes de même âge ayant vécu à la même époque puissent livrer des ressentis différents, voire opposés.

Les récits prennent la forme du monologue, bien que celui ou celle qui s’exprime s’adresse à l’auteur. Les récits de vie sont sans doute remaniés mais l’oralité en est préservée, l’émotion, l’impression d’un jaillissement de la parole, les répétitions, tout ce qui laisse penser à une parole authentique, et favorise l’empathie. Les récits, de ce fait, sont souvent très longs, parfois logorrhéiques, pas toujours faciles à endurer jusqu’au bout.

  1. faisant pénétrer dans le quotidien de familles ordinaires, on partage la vie des gens, ce que des essais et des livres d’histoire ne sauraient faire. A travers ces témoignages forcément subjectifs, on apprend beaucoup.

C’est un livre à acheter, et à lire par petites tranches. Avant de le lire, il faut s'être bien informé de chaque tranche d'histoire de l'Urss à la Russie de nos jours( sans compter les pays qui s' sont plus ou moins séparé ) de façon à bien remettre en contexte tous les propos recueillis. 

 

 

 

 

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 12:45

Grasset, 2014, 301 pages

pour un hommage à Umberto Eco, un de nos intellectuels contemporains les plus performants et les plus sympathiques, que l'on n'a pas fini de regretter.

Recueil de textes sur divers sujets prononcés à ‘l’occasion de conférences ou encore écrits à la demande de certaines revues. La plupart de ces textes ont été dits ou lus oralement. Eco n’a pas choisi les sujets à ce qu’il dit dans la préface. Ils sont tous assez récents (2005 2007 ou 2008 suivant les cas)

Le texte sur Victor Hugo, la poétique de l’excès, est la reprise de plusieurs discours repris et synthétisés pour former une nouvelle composition. Des textes tels que « Je suis Edmond Dantès » ou « Encore Ulysse ! « Utilisent des citations collées les unes aux autres et raccordées.

Construire l’ennemi : Eco rapporte sa conversation avec un chauffeur de taxi pakistanais qui lui demande qui sont les ennemis du pays d’où il vient, avec qui son peuple est-il en guerre, Eco répond que l’Italie n’est en guerre avec personne. Ensuite, il réfléchit que son pays a eu de nombreux ennemis par le passé, non seulement lors des guerres, mais de nombreux conflits intérieurs sur lesquels s’est construit et a évolué le peuple italien. Et qu’actuellement il y a tout de même Berlusconi…

L’histoire s’est faite à coup de conflits, et des ennemis, des antagonistes, il y en a toujours eu. Faire la guerre, conquérir des territoires, participe à l’évolution des peuples, quant aux conflits internes ils apparaissent comme inévitables. Mais l’ennemi ne se matérialise pas tout seul ! Il faut l’inventer…

Construire l’ennemi, c’est donc fantasmer sur un groupe d’adversaires supposés qu’il faut éliminer ou combattre : Eco choisit des exemples universels : le juif bien sûr revient comme ennemi numéro un ; il y aura aussi les hérétiques, les sorcières, les lépreux, le fameux bouc émissaire de René Girard, et l’effort pour que la victime désignée se reconnaisse dans l’image de cet ennemi. « la construction de l’ennemi réduit à cela même celui qui aurait aspiré à une reconnaissance bienveillante. Théâtre et littérature nous montrent l’exemple de « vilains petits canards « , qui, méprisés par leur semblables, se conforment à l’image que ceux-ci ont d’eux. Il cite un monologue de Richard III de Shakespeare. Ce roi s’est conformé à l’image de meurtrier qu’on avait construit de lui, à partir de son apparence physique.

« La figure de l’ennemi ne peut être abolie par les procès de civilisation. Le besoin est inné même chez l’homme doux et ami de la paix. Simplement dans ces cas, on déplace l’image de l’ennemi, d’un objet humain à une force naturelle et sociale, qui, peu ou prou, nous menace et doit être combattue, que ce soit la faims dans le ponde, l’exploitation du capitalisme, ou la pollution environnementale… L’éthique est-elle impuissante face au besoin ancestral d’avoir des ennemis ?

Absolu et relatif : invité à s’exprimer sur la notion d’absolu, Eco cherche à quelles conditions ce mot pourrait avoir un signifié ; en pédagogue, il va énoncer les différentes conditions pour un vocable d’avoir un signifié.

Absolu est comme Dieu il n’a pas de signification satisfaisante. Il va l’opposer alors à relatif, et de là examiner le sens du relativisme « très décrié de nos jours ». Cette conférence est une analyse de langage assez pointue.

La flamme est belle : lorsqu’Eco s’est installé avec sa famille dans une maison à Milan, on a fait du feu dans la cheminée. Ce spectacle était si beau que les enfants ont délaissé la TV pour regarder la flambée. Les évolutions de la flamme sont moins prévisibles que les programmes de télé !

Une somme de variations autour du concept de feu, élément célébré par Eco, qui nous promène de Prométhée à Bachelard, de Vulcain aux bûchers de sorcière, du bouleversement climatique favorable au feu « nous marchons à la mort par le feu »

Les embryons hors du paradis : je connaissais déjà ce texte paru dans une autre publication d’Eco (A reculons comme une écrevisse) il date de 2005 : des philosophes de l’Antiquité et des débuts de l’ère chrétienne s’interrogent sur l’embryon humain : a-t-il une âme ? Sent-il quelque chose ? Est-il vivant et de quelle manière ?

« Hugo, hélas » la poétique de l’excès : ce grand écrivain a toujours écrit du point de vue de Dieu, d’où ses défauts : grandiloquence, passions menées à leur paroxysme, déchaînement d’éléments, longueurs des énumérations, avalanches de coups du Destin, des défauts qui, pour Eco sont aussi des qualités et il va nous le démontrer, choisissant pour cela « L’homme qui rit », le personnage de Gwynlaine dont il commente à sa manière des passages. Apprenons donc que pour Eco « la description de Josiane, telle qu’elle apparaît à Gwynplaine est un des sommets de la littérature érotique. Puis Notre Dame de Paris et Quatre-vingt treize… Eco est un fervent admirateur de Hugo, il donne envie de se plonger dans un de ses romans, Quatre-vingt treize peut-être, que je n’ai jamais lu.

Astronomies imaginaires : Eco est passionné d’astronomie, mais « ma bibliothèque sémiologique, curieuse, lunatique, magique et pneumatique ne comprend que des livres parlant de choses fausses : on y trouve les œuvres de Ptolémée mais pas de Galilée… »

Ces intellectuels des temps anciens ont imaginé et rêvé le cosmos : de leur spéculations à la fois empiriques et fantasmatiques sont nées les inventions scientifiques d’aujourd’hui. On est surpris des trésors d’imagination dont les anciens font preuve pour rendre compte de cet univers complexe dont ils font partie. On découvre aussi qu’aucun d’entre eux n’a jamais cru que la Terre était plate !

Il ne manquait plus qu’Ulysse cite une somme impressionnante de critiques du livre de Joyce, critiques toutes négatives, dénonçant les unes « la bassesse morale » des personnages, les autres « la banalité » voire la « nullité » de cette œuvre ; petit à petit en pénétrant ces critiques négatives, on se rend compte qu’elles condamnent moins le livre que son auteur… parce qu’il est juif ! Proust est mis dans le même sac pour les mêmes raisons…

Pourquoi l’île n’est jamais trouvée : autrefois les navigateurs recherchaient des îles qu’ils ne trouvaient pas (les îles australes par exemple) ; et l’on découvrait des îles par hasard à des endroits où on ne les attendait pas. L’île est un potentiel inépuisable pour les récits d’aventures picaresques ou féériques ; l’île est le lieu de l’autre monde, fascinante, parfois idéale ( la Cité du Soleil de Campanella, l’Utopie de More) où l’on vit d’une autre façon…

Certaines îles mythiques ont été dans la réalité cherchées de nombreuses fois : les îles où Ulysse a vécu de fabuleuses tranches de vie, les îles étranges telles que l’Atlantide…

Ici Eco parle d’un sujet qui le fascine, il a d’ailleurs écrit un roman « L’île du jour d’avant » dans lequel précisément, un navigateur naufragé aborde une île inconnue.

Même si Eco a disserté sur des sujets imposés, c’est de lui qu’il parle ,de ses recherches personnelles, de thèmes qui lui sont chers et qu’il a déjà exploités dans certains de ses romans. Les textes font aussi la part belle à des anecdotes personnelles illustrant le sujet, et sont bien sûr pleins d’humour comme on peut s’y attendre avec cet auteur.

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 10:20
 Valentine Goby Kinderzimmer *****

le témoignage de Suzanne Langlois, déportée à l’âge de vingt ans à Ravensbrück comme prisonnière politique ; elle servait dans la résistance comme toute sa famille. Ils sont trahis et déportés. Elle est enceinte d’un autre résistant, elle n’a pas eu le temps de le connaître.

Nous sommes en 1944 et elle en réchappera en 1945 au printemps avec son bébé, pas celui qu’elle a mis au monde, mais un autre de la Kinderzimmer, un autre dont la mère n’a pas survécu. Les bébés ne survivent pas au-delà de trois mois, elle perd le sien et s’occupe de l’autre orphelin un peu plus jeune, libéré avec elle un peu plus tôt…

Il y a aussi les conditions de vie au camp, très bien décrite (comme dans Une forêt d’arbre creux, moins poétique, mais tout aussi pertinent langage) , le travail, la crasse, la faim, les persécutions, la dysenterie, la mort qui rôde tout le temps, des choses qui font tenir ( la vue d’un lac, une araignée tissant sa toile, une chanson espagnole fredonnée jour après jour, des propos tenus par d’autres déportées) et malgré tout, cette interrogation, comment a-t-elle fait pour tenir bon ?

Un très bon document consacré à cette période si épouvantable, et aux camps sur lesquels certains disent qu'on ne devrait pas en parler en parler sous la forme d'un roman. Ici Il n'y a rien de romancé.

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 10:14
Paul Veyne Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas ****

Albin Michel, 260 pages

C’est l’autobiographie d’un archéologue et historien, spécialiste de l’histoire romaine, âgé de 84 ans, dont le moment est venu de faire le point.

Né près de Cavaillon où il a passé ses jeunes années, c’est en découvrant un morceau d’amphore romaine que sa vocation lui est venue. Très jeune. Sa famille n’étant ni intellectuelle ni bourgeoise, il s’est élevé seul grâce à l’école vers les sommets de l’intelligentsia. Il commence à espérer croire en l’au(delà, sans avoir de religion, et c’est cet espoir que le livre porte , avec une foi déjà bien ancrée : il utilise le futur .

Chose amusante il déclare ses revenus et ses biens dans la première page !

Son parcours est intéressant ; agrégé de lettres classiques puis historien, il se tient à l’égard de l’Ecole des Annales et donc de l’histoire des mentalités très prisée à l’époque. Il s’engage dans la défense de l’Algérie libre, milite une bonne dizaine d’années au pc sans y croire, mais pour rattraper semble-t-il la conduite douteuse de ses parents ardents pétainistes, et dont il avait épousé les idées adolescent ( il est né en 1930, la seconde guerre mondiale ne lui fut pas inconnue). Il nous fait croiser des personnalités avec lesquelles il s'entendit très bien ( Michel Foucauld par exemple) et d'autres moins. Nous en apprenons davantage sur ces intellectuels. Paul Veyne sait dépasser l'anecdote.

On reste stupéfait à la lecture de son passage au PCF. Cette façon qu'eurent les militants d'ignorer les exactions staliniennes tout en étant parfaitement au courant!

Il revient souvent sur l’importance de se livrer à des activités (professionnelles ou non) mues par la curiosité intellectuelle, et le désir de se cultiver, de ne pas chercher à être utile.

Le livre s’achève par des propos confidentiels : la vie privée de cet homme fut mouvementée et il connut des deuils (un fils, un beau-fils, une femme) et une vie conjugale désorganisée.

Ces derniers propos ne nous interpellent pas forcément. Il en dit à la fois trop et pas assez !

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 14:12

Essai, 2010, Actes-sud Babel, 335 pages.

Plus autobiographie que documentaire, et moins « réflexions » que collections d’anecdotes, ce livre retrace la vie d’un garçon de province, dont les parents sont lui médecin et elle infirmière.

Dans la Chine de Mao (dernière phase) et ensuite sous Den Xiaoping. Né en 1960, il a vécu son enfance sous la « révolution culturelle », et son adolescence à la fin de cette époque. Avec des entrées comme « leader », « peuple » et Révolution », on mesure ce que fut l’endoctrinement des jeunes pendant cette période. Jusqu’à la mort du grand Timonier, où Yu Hae, adolescent fut pris d’une crise de fou rire, en voyant ses camarades sangloter ostensiblement.

Avec « lecture »et »écriture » on aura l’apprentissage du futur écrivain dans un contexte difficile puisque les seuls livres disponibles des années 60, furent les écrits de Mao, le petit livre rouge et quelques livres qui circulaient sous le manteau, dont la Dame aux camélias que Yu Hae et son copain recopièrent intégralement à la main en une nuit !!

Yu Hae a toujours vécu en Chine( à l’opposé d’ autres écrivains traduits qui souvent s’enfuirent à l’étranger et y demeurent tels Qiu Xiao Lung ) et a connu la Chine de Mao ainsi que le très rapide développement économique qui a suivi . Il n,’est pas, comme Mo Yan issu d’une famille de paysans, pas davantage d’intellectuels comme Gao Xing Jian, par exemple. Nous avons là le témoignage de la classe moyenne. De sorte que si sa famille a eu à souffrir de l’époque Mao, ils ont également échappé au pire.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:58

LP, 220 pages ( 2010)

L’auteur nous renseigne là sur l’étonnant parcours de la Leche League, parti américain né en 1956, à priori pour inciter les femmes à allaiter leurs bébé. En fait, cela va beaucoup plus loin, c’est une véritable idéologie conservatrice, qu’elle appelle « l’offensive naturaliste ».

Cette association s’est rapprochée des mouvements féministes, hippies, écologistes, pour défendre et promouvoir des valeurs qui, au nom de la nature, transforment la maternité en un pensum une torture, et ce, d’autant plus que l’on choisit d’avoir des enfants et que l’on choisit plus ou moins quand on les veut. Ce choix implique des responsabilités, et de la culpabilité : on a choisi d’avoir l’enfant, on lui doit la perfection. La perfection ce serait d’allaiter à tout prix (par exemple). Les mouvements tels que la leche league jettent le discrédit sur les laits maternisés, alors qu’ils n’ont jamais été aussi fiables ! Incitent les femmes à revenir aux couches en tissus sous prétexte d’écologie. Au fur et à mesure que les femmes sont endoctrinées, elles se retrouvent piégées : la contraception et le travail salarié devait les libérer, l’idéologie les contraint tout autant qu’autrefois, et les prescriptions de la Leche League les inciteraient à redevenir mères au foyer !

L’écoute de l’émission « les pieds sur terre » m’a stupéfiée ! Des femmes consomment leurs placentas, d’autres l’enterrent… !

La femme n’étant pas une femelle, elle ne sait pas pourquoi elle a le désir d’un enfant. Badinter poursuit la réflexion de l’Amour en plus, combattant cette idée qu’il existerait un instinct maternel, qu’il faut toujours suivre la sacro-sainte « nature ». La nature humaine n’a rien à voir avec l’animale : nous sommes dans le désir, et eux seuls connaissent l’instinct.

Il a donc nécessairement conflit entre femme et mère : c’est inévitable, le conflit est humain. Mais il faut combattre les politiques aliénatrices qui cherchent à endoctriner les femmes pour leur faire abandonner ce que des décennies de luttes chèrement menées leur ont fait acquérir. Un livre indispensable !

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