Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 août 2021 5 27 /08 /août /2021 18:07


actes-sud 540 pages


C'est un roman de filles, écrit  pour des filles.

Cinq filles d'un peu plus de vingt ans dans une petite ville des environs de Roanne. La narratrice, Jess, aide ses parents et sa grand-mère à tenir un hôtel de catégorie modeste qui bat de l'aile. Elle  a vécu un an avec Antonio à Lyon et il n'a plus voulu d'elle...
Sa  meilleure amie Juliette ( fille des coiffeurs) est un  peu trop surperficielle, cherche à devenir mannequin ou actrice  et son frère est passé maître dans l'art de chaparder  des trucs un peu partout...
Avec  trois autres amies ( dont Brousailles qui est employée à la boulangerie,Camille qui aménage un combi  Volkswagen pour en faire un salon d'esthétique itinérant, et la dernière ( je ne remets pas son nom) est déjà mariée avec un petit Paul de trois ans.
Les cinq filles vivent de petits boulots et ne sont pas très contentes de leur vie. Voilà qu'un projet naît : pour la fête du printemps elles vont organiser un défilé : il faut se confectionner  des vêtements originaux, trouver des musiques pour les présenter, apprendre à marcher...
Juliette a trouvé  un emploi partiel de dame de compagnie chez une aristocrate parisienne septuagénaire Mme Barnes. Quelques péripéties plus tard, Juliette doit rester chez elle et demande à Jess de la remplacer provisoirement chez Mme Barnes...on dirait qu'elles ne se déplaisent pas!


Attachant parfois,agaçant quelquefois... agréable dans l'ensemble avec des moments pénibles.

Mais je trouve que le style de Claudie Gallay ces petites phrases à la fois descriptives , tristounettes , et d'une poésie discrète mais réelle,  ces petites phrases font mouche.

 

 

Partager cet article
Repost0
5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 18:53

Edition les Moutons électriques, 2012

S’adresse aux lecteurs qui ont lu, enfants, un certain nombre d’aventures de la série «  le Club des Cinq » et s’en souviennent assez bien.

L’auteur imagine le club des cinq se retrouvant quelque quarante ans plus tard (ou moins , cela dépend quand on a cessé de lire leurs aventures …)

François , devenu commissaire de police, est très puritain, il se presse vers le  château de Kernach , dans lequel se retrouvaient les cinq en vacances, chez Claude ( la fille qui se faisait passer pour un garçon). Une réunion des "Cinq" devenus adulte est prévue. Sauf le chien Dago, les chiens ne vivent pas trente ou quarante ans...

Claude est devenue scientifique de haut niveau comme son père et vit avec une autre femme ; elle fréquente aussi Jean-Jacques le pêcheur (c’était un personnage récurrent nous dit-on mais je ne m’en souviens pas). Mick est devenu délinquant et il est en couple avec Jo la gitane (je me souviens un peu de Jo mais pour moi ce n’est pas un personnage récurrent). Il y a aussi Pilou ( je n’en ai aucun souvenir) et Annie devenue alcoolique divorcée et nantie d’une fillette …

Cette idée d’avoir transformé ces enfants plutôt bien élevés en losers  finis … est plutôt cruelle. Avançant dans le récit on s’aperçoit que les cinq devenus adulte sont hantés, chacun à sa manière, par leur homologues anglais ( le Club des cinq est une traduction des romans d’Enid Blyton «  The Famous Five »)

Un retour en arrière nous amène à  l’arrêt de la série; les enfants détectives aux prises avec la puberté fut un épisode décisif.

Et maintenant , que va-t-il se passer ? 

J'ai trouvé ce récit original mais très très noir!

 

Partager cet article
Repost0
24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 13:02

Me Susane, quarante-deux ans, avocate récemment installée à Bordeaux, reçoit la visite de Gilles Principaux. Elle croit reconnaître en cet homme celui qu’elle a rencontré quand elle avait dix ans, et lui quatorze — mais elle a tout oublié de ce qui s’est réellement passé ce jour-là dans la chambre du jeune garçon. Seule demeure l’évidence éblouissante d’une passion.
Or Gilles Principaux vient voir Me Susane pour qu’elle prenne la défense de sa femme Marlyne, qui a commis un crime atroce…
Qui est, en vérité, Gilles Principaux ?

Bien que le récit soit à la 3 eme personne, il est en focalisation interne, nous ne sortons pas franchement des pensées de Me Susane

Elle est avocate, chargée de défendre la femme de Gilles Principaux.

Dès que cet homme est entré dans son bureau elle croit le reconnaître : il a changé sa vie l'espace d'un après-midi à l’âge de dix ans, ce qui s’est passé ce jour là elle  n’en sait rien , son souvenir globalement flou et précis dans certains détails ( peu éclairants toutefois ) relève du fantasme.

C’était dans « une maison Mauresque «  croit se souvenir Mme Susane , sa mère « un Bois lacté » carrément ! le père lui pense que sa fille a passé un mauvais quart  d’heure…et ne s'en est jamais remise.

  La femme de Principaux a noyé ses trois enfants dans le bain. Pas un seul n’a réussi à s’échapper même l’aîné qui avait six ans. Est-ce qu’elle avait fermé la porte à clé ? me suis-je demandé bêtement, car je me suis imaginé dans la peau de l’enfant qui cherche à sauver sa vie…

et je n’ai pas trop réussi à décoller de cette vision d’horreur. Cette femme, Marlyne, aimait ses enfants et s’en occupait minutieusement, mais « elle aurait préféré ne pas les avoir ». Elle parle de son crime en disant « j’ai posé mon acte » comme si elle devait forcément accomplir cela comme si c’était le destin. Le mari paraît soulagé lui aussi. On devait avoir ces enfants, on devait les tuer, maintenant le pire est arrivé le plus dur est fait… étrange et effrayante famille !

Par ailleurs, Me Susane, (on ne la connaît que sous ce nom bien qu’elle ne soit pas toujours maître ou maîtresse d’elle-même…) s’intéresse à l’avenir de son employée de maison Sharon, venue de l’île Maurice, et sans papiers, dont elle voudrait qu’elle soit régularisée. Elle la paie même si elle ne fait pas le ménage ; les autres employeuses de Sharon sont de méchantes femmes… Me Susane porte  à Sharon un intérêt   qui va au-delà de ce qu’on attendrait d’une  bienfaitrice, et cela gêne la jeune femme.

D’autres personnages font leur apparition, l’ex-compagnon de Me Susane Rudy, et Lila la petite belle fille de Me Susane ; et curieusement Me Susane s’inquiète beaucoup du sort de cette enfant, qu’à vrai dire elle connaît très peu. Elle croit déceler sur son visage son apparence des signes montrant qu’elle est maltraitée (par la méchante mère de Principaux ? qu’elle n’a jamais vue…)

Longtemps après avoir fini la lecture, on ne sait toujours pas quoi penser de ce qu’on a lu. Et pourtant, le talent spécial de Marie N’Diaye  fait qu’on imagine très bien les personnages et les situations et qu’on ressent le mal être physique aussi bien que mental,  les doutes et les frayeurs de Me Susane.  Voire de certains autres personnages… Sans pouvoir en déduire  quoi que ce soit…

Partager cet article
Repost0
10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 17:24

Point-Seuil 2013, 118 pages. ( 1ere publication 1988)

Préface d’Olivier Adam.

Le narrateur se souvient de quelques temps ( une année ou deux ?) vécues à Jouy en Josas près de Versailles dans les années 50 ; ses parents ne pouvaient s’en occuper et l’avaient confié à des amies qui occupaient un maison rue du docteur Dordaine . Une maison plutôt grande et qui abrite, entre autres merveilles,  la tombe du docteur Guillotin et une auto tamponneuse  ; le gamin a une mère actrice en tournée en Afrique du nord ; son père « fait des affaires » du côté de Brazzaville… il fait de temps en temps un apparition et emmène son monde à l’auberge «  Robin de bois » ; il paraît aussi que le château tout au bout de la rue, appartient à  un certain «  Eliot Salter marquis de Caussade » qui y séjourne de temps à autre…

Le narrateur est surnommé «  Patoche «  par les femmes qui s’occupent d lui et de son petit frère. Ces femmes : la petite Hélène, qui boîte un peu et fur autrefois trapéziste avant son accident. Annie qui travaille au «  Carroll’s » un lieu que les enfants n’ont jamais vu mais qu’ils assimilent à un cirque.

Ils voient tous deux leur avenir dans le monde du cirque. La nuit, parfois ils sortent et vont vers le château sans oser aller très loin. Le jour, il leur arrive de se glisser près du moulin à eau dans le bois des Mets ( Metz ?).

La mère d’Annie , Mathilde appelle Patoche «  l’Imbécile heureux «  elle ne semble pas savoir que c’est une insulte. Ou peut-être que si ? Peut-être n’a-t-elle pas toute sa tête ? Elle fait un peu peur eux deux garçons lorsqu’elle dit  «  je suis protestante ». Annie a prétendu être la mère de Patoche lorsqu’elle l’a inscrit à l'école. Mais les enseignants sont méfiants :  Annie, Hélène, et la baby-sitter qu’il appelle Blanche Neige, brune au teint pâle, ne s’habillent pas comme la plupart de femmes des années 50 : elles portent des blousons de cuir, Hélène une culotte de cheval et des bottes, Annie un blue-jean… Patoche se  fait à cet environnement, même s’il trouve cette existence plutôt un peu effrayante.

Le narrateur se transporte également plus tard lorsqu’il écrivait un roman dans une « minuscule chambre mansardée, square de Graisivaudan » (près de la Porte de Champerret à deux pas du Périphérique) . Il y repense à son père, arrêté sous l’Occupation, libéré par un homme qui ensuite l ‘hébergea et lui procura une occupation lucrative ( le Marché noir comme on disait). Son père se cachait doublement  parce que juif , commerçant clandestin, et plus tard agent secret au service des allemands .  Il semble que les femmes ( et quelques hommes ) qui s’occupèrent du narrateur enfant en l’absence des parents étaient de cette même bande d’ »individus peu recommandables » . Peu recommandables mais sympathiques et faisant tout leur possible pour procurer  du bonheur à ces enfants quasi-orphelins.

Dans ses souvenirs, le désir de trouver des points de repère lui fait multiplier les noms de lieux emblématiques, et les prénoms et patronymes de ceux qui se sont occupé de lui et leurs amis.

Ainsi cette liste de noms de garage, parmi lesquels se trouve le point de jonction possible entre « l’endroit où Annie nous emmenait «  et celui où travaillait l’homme avec qui son père autrefois  faisait du trafic mais aussi l’espère t’il bien d’autres choses.

Un récit très émouvant.

Partager cet article
Repost0
3 février 2021 3 03 /02 /février /2021 11:19

Un étudiant occupant une minuscule chambre à Paris, ne se rend pas à son examen de sociologie qui doit valider sa licence. A partir de ce manquement à ses obligations, il en vient beaucoup d'autres : il ne fait plus rien; rien qui ait un sens en tout cas.

Il s’adresse à lui-même ou à n’importe qui d’autre, à la deuxième personne du singulier. De ce fait, nous sommes censés nous sentir concernés (davantage qu’avec un je ou un il)

Et se sentir concerné c’est pas évident, car  le sujet va abandonner toute préoccupation sociale, s’essayer à l’indifférence, par jeu, curiosité, et manque de conviction soudain pour la vie active voire même la vie routinière ; par dépit de son avenir tout tracé ( travail, famille, patrie en quelque sorte)  il reste dans sa chambre sa chambre de bonne d’étudiant, ou chez ses parents , il ferait penser à ces jeunes japonais qui ne veulent plus sortir de chez eux ( les hikikomori).  

Est-ce une dépression ou profond ras-le bol, ou une expérience ? Les deux semble-t-il. Il vit sa dépression comme une expérience. Pour ne pas trop en souffrir ?

Dès lors son quotidien sera : l’observation  des choses autour de lui, choses usuelles, domestiques , sans intérêt, et répétition de ses observations : la fissure au plafond, la bassine de plastique rose avec les chaussettes dedans, le lavabo du palier qui goutte ( mais pas toutes les secondes…) 

-l’arpentage de rues parisiennes, en suivant des itinéraires compliqués ou les promenades dans la campagne ( sous-bois ou chemins de terre) plus monotones encore.

-le refus de tout contact social

- des lectures ou des relectures de livres qu’il connaît déjà par cœur, ou du Journal le Monde, en n’exceptant rien , ne choisissant aucun article. Comme il détaille longuement les différentes rubriques, on se rend compte que le Monde a bien changé depuis 1967 !

Dans une seconde partie cette torpeur qui ne le faisait pas souffrir se met à lui causer de la frayeur.

Dans le miroir brisé où il vérifiait l’intégrité de son image corporelle, il commence à moins s’y reconnaître. Surtout, lorsqu’il traîne au lit, dans un demi-sommeil, en divaguant, dans un état d’autohypnose, ses sensations corporelles commencent à lui jouer des tours. L’appréhension qu’il a de son corps se morcèle ; on dirait que des monstres viennent l’assaillir….  C’est comme un trip, acceptable au début, qui dégénère  lentement ! 

Le sujet va finalement céder à l’anxiété laquelle vire à la panique… et revenir à la vie. Il s’intéresse à son voisin de chambre (l’autre) imagine son existence, se demande s’il l’a déjà croisé. Voit les gens dans la rue, des gens marginaux comme lui, et les perçoit de plus en plus proches.

Il agit aussi sur le plan de la raison : son expérience lui a montré que l’indifférence absolue, d’une part est impossible, d’autre part ne mène à rien de plus que de la déréliction, il revient « à lui » ou « au monde » ? Et recommence à éprouver des sensations, et des sentiments. Le premier sentiment qui s’impose à lui à nouveau, on l’a vu, c’est la peur.

Tu as déjà vécu cela ? Mais pas exactement comme lui… et pas décrit de façon aussi complète, scrupuleuse , intelligente…

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 20:30

Gallimard 2020

Ce roman commence par la présentation d’un certain nombre de personnages dont on relate la vie et les préoccupations actuelles. Cette première partie est assez ennuyeuse, les personnages sont convenus : le tueur à gages méticuleux, l’écrivain aux succès très moyens qui vit de traductions et aime une femme bien plus jeune, la femme célibataire qui aime moyennement un type bien plus âgé…

l’intérêt s’éveille un peu avec le ficus desséché, retombe puis revient à cause de la grenouille renaissante d’une petite Sophia ; d’une femme qui découvre que le joli poème composé pour elle, était le recopiage d’une récitation d’écolier péniblement apprise…  

Enfin, l’intrigue se met en place : le pilote de  l’avion, qu’on avait quitté moribond, va se poser à l’aéroport JFK, mais il est tout de suite dérouté sur une base militaire avec sa cargaison de passagers… nous sommes en juin 2021, et son avion s’est déjà posé avec les mêmes passagers et le même équipage, trois mois plus tôt en mars.

Cette intrigue de personnages dédoublés trois mois plus tard, à cause semble-t-il d’une mystérieuse turbulence qui a violemment secoué l’avion, est bien conduite, et réserve quelques moments désopilants : les mises en place de cellules de crises, les interventions de hauts personnages de l’état, les embrouillaminis des scientifiques, les considérations des religieux, les quiproquos engendrés par les situations, et le suspense bien mené.

On aime aussi quelques phrases bien tournées, des aphorismes (inventés ou non) , des poèmes et des chansons, des pastiches, certains mais pas tous, car il faut reconnaître que «  la première fois qu’Adrian avait vu Meredith il l’avait trouvée franchement laide… » c’est un peu lourd.

Ce qui est nettement moins bon c’est la psychologie des personnages ; ils sont peu caractérisés, et leurs conflits amoureux tellement semblables qu’on ne sait plus si l’homme d’âge mûr que Lucie endure c’est André ou Victor, et que l’on préfère qu' Adrian et Meredith parlent de leurs protocoles drôlissimes plutôt que de leurs états d’âme.

Il n’est pas facile de donner un avis tant le récit passe du très bon, voire de l’excellent au franchement plombant !

 

Partager cet article
Repost0
17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 20:47

le roman s'ouvre sur le réveil d’Armand un petit garçon de cinq ans, ses réflexions sur ses frères encore endormis, sa hâte de   retrouver une jeune fille venue aider la famille à faire une grande lessive au temps où il n’y  a pas de lave-linge, à la campagne dans le Cantal.

mais une tragédie va influer sur le destin de cette famille.

C’est l’histoire du frère jumeau Paul qui prend le relai ; arrogant, brillant, pressé de vivre à fond,  il entame très jeune, une liaison avec l’infirmière du lycée d'Aurillac, où il est pensionnaire. Cette femme va garder l’enfant qui en naîtra ; on ne sait pas trop si et quand Paul sera au courant ce qui est sûr c’est que son fils ne le connaîtra pas et ne sera pas reçu chez lui.

Sa mère Gabrielle le confie à sa sœur et à son beau-frère qui l’élèvent comme leur fils,  et vit « sa vie » à Paris. Une vie dont on ne saura pas grand-chose. On connaît mieux celle d’André, le garçon né de cette curieuse union, pour qui le pays natal c’est Figeac dans le Lot.

Sa quête pour en apprendre davantage, quête qu’il lègue à son fils…

L’écriture est rude, heurtée, violente bien que sobre. La thématique est celle de la quête d’identité , recherche d’une place dans la lignée biologique lorsque l’enfant est adopté , et son malaise, même si sa famille d’adoption lui permet de s’épanouir. Le pays où l’on a vécu et celui où l’on aurait dû vivre si l’on n’en avait pas été en quelque sorte « banni » a une grande importance.

André est chez lui dans le Lot, à Figeac, mais la capitale où sa mère et son père biologique ne l’on pas accueilli pose problème ; ainsi que le domaine de Chanterelle dans le Cantal, fief de la famille de Paul …

Il n’y aurait qu’un reproche à faire à ce récit intéressant, c’est que les personnages ne sont pas suffisamment mis en scène, leurs existences nous est relatée de façons accélérée, on reste à ignorer pas mal de choses, des événements , des attitudes, des pensées qui ne sont pas vraiment suggérées, de sorte qu'on a peine à les imaginer...

C’est qu’ils sont très nombreux les personnages ! Ce sont plusieurs fratries qui naissent, grandissent, mûrissent, meurent se reproduisent, dans un petit nombre de pages…

 

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 17:32

Grasset, 2020, 380 pages.

«  La propagande faisait du mariage un devoir patriotique. Nous , les jeunes filles, avions le devoir de donner aux GI’s une raison de se battre et de rester en vie »

Du coup Eliza a épousé un homme qui ne lui disait trop rien… ce choix se révèle catastrophique, car ledit mari est carrément un délinquant ! Il a joué un mauvais rôle dans les émeutes de Chicago. Eliza,quand à elle, a photographié la misère des Noirs , et les exactions commises.

 Pour éviter que son mari ne la fasse vraiment assassiner, elle s’enfuit à Paris avec un faux passeport, contrainte d’abandonner son garçon de huit ans qui ne craint rien avec son père.

Là-bas à Paris, elle  est Violet, et vit dans un hôtel de passe, trouve des jobs pour gagner sa vie, prend des photos en pleine rue ( c'est son métier...) rencontre un autre homme ; et s’en éprend ; on se doutait bien qu’il y avait angoche sous rille, le bel homme se révèle plus qu'ambigu... heureusement, apparaît un saxophoniste vraiment sincère... mais va-t-elle revoir son fils  un jour?

voilà un roman bien documenté sur le Chicago du vingtième siècle, la misère sociale des Noirs, la Paris des années dites "folles" et la suite moins drôle. Eliza-Violet est un curieux mélange, de femme engagée, forte et débrouillarde,  d'amoureuse très fleur-bleue, et c'est aussi quelqu'un pétri de bons sentiments. ç'aurait pu être une aventurière, mais il a manqué quelque chose: de l'originalité dans l'écriture et la narration, dans la composition du personnage peut-être? Un sujet qui méritait mieux.

Partager cet article
Repost0
19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 10:06

Tristram, 2020, 400 pages

Jeanne, ses études dans le domaine «  métiers du livre » sont achevées ; elle monte à Paris, où elle a trouvé un job d »accueillante «, un CDD reconductible,   à la Tannerie un institut culturel qui vient de s’ouvrir dans une usine désaffectée de Pantin. Jeanne participe à l’inauguration, une grande fête sur une péniche au début de l’été . Elle est attirée autant que déconcertée par l’effervescence, la nouveauté, et un homme un peu plus âgé qu’elle Julien, responsable du service Accueil.

Elle revient en septembre prendre son poste. Très intimidée ( elle n’a connu que sa Bretagne natale) et la difficulté de se faire au job ; tantôt elle fait un peu de tout, pas seulement accueillir les visiteurs et les inscrits à un spectacle, mais d’autre petites tâches souvent ingrates , tantôt elle n’a rien à faire que signaler les toilettes aux arrivants. Elle se fait une amie Marianne, mais ne réussit pas à intéresser Julien comme elle voudrait. Les spectacles auxquels elle assiste pour se mettre dans l’ambiance et se cultiver la laissent dubitative ( ce sont des installations et des performances ) et pour  dominer un peu la chose, elle note religieusement les tirades, remarques et suggestions de lecture de Julien.

Elle retient par cœur ses phrases pour les resservir dans d’autres conversations et paraître dans le coup. Elle reste un mois à tenter de lire Sebald parce que Julien l’a vivement conseillé… non Jeanne n’est pas stupide, au contraire, elle tente  de se faire à ce nouveau milieu d’en apprendre les codes, d’exister là où le destin l’a posée.

Pendant deux ans nous suivons les essais de Jeanne pour s’intégrer et les hauts et bas de la Tannerie dans son fonctionnement. Jeanne est vivement frappée par les migrants qui campent jusqu’aux portes de la Tannerie. Que faire ? Elle s’intéresse aux actions de « Nuits Debout » en suivant des manifestations contre la loi El Khomri sur le travail ; elle se sent concernée, c'est le moins! on s’étonne qu’il ne soit pas question des attentats de 2015, car on comprend qu’elle est arrivée à la Tannerie en 2014…

A part ce détail, les deux ans d'apprentissage de Jeanne sont relatés de façon passionnante. Son histoire, le titre l'indique , c'est aussi celle de l'évolution du centre culturel qui reflète les préoccupations sociales et artistiques  les engouements de notre époque. Une auteure peu connue qui en est encore à ses débuts. Un prix Goncourt permettrait de mieux la faire connaître.

 

Partager cet article
Repost0
27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 13:21

Minuit, 640 pages, 2020.  

On est dans un hameau, près de La Bassée, l’un de ces bouts de villages qui périclitent aux marges des marges de nos campagnes. Ce n’est presque rien, trois maisons presque perdues, loin de tout. Il y a la ferme de Bergogne, rejeton d’une ancienne famille paysanne qui s’obstine à faire tourner l’exploitation, la maison de Christine, qui approche de soixante-dix ans, artiste peintre installée là depuis vingt ans, après son divorce, et une troisième maison, vide et à vendre. La Bassée est un lieu familier aux lecteurs de Mauvignier : Jeff, l’un des personnages de Dans la foule (Minuit, 2006), en venait et c’est là que se déroule le drame Des hommes (Minuit, 2009).

 ( en Attendant Nadeau)

On retrouve dans ce roman quelques un des  thèmes de prédilection de Mauvignier, les trois voyous avec le petit dernier qui peine à exister derrière ses frangins ( un trio un peu semblable dans «  Dans la foule «  par exemple), un couple qui fait mal semblant d’être soudé pour l’enfant et pour survivre eux-mêmes, ( Bergogne et Marion ) un couple où l’un aime trop et l’autre n’en peut plus de se laisser aimer… et la façon de mettre en scène plusieurs personnages qui vont prendre la parole l’un après l’autre et exprimer leur ressenti, dans une narration polyphonique . Ici, sept personnages ( c’est beaucoup plus que d’ordinaire chez Mauvignier) endurent la narration tour à tour, et cette chorégraphie est très bien maîtrisée !

De même que la montée progressive de la tension ; cela commence par les lettres anonymes que reçoit Christine, l’habitante d’une des trois maisons du hameau ; cette femme de 69 ans, est peintre et s’occupe principalement de sa toile en cours «  la Femme rouge » , ce tableau aura de l’importance par la suite et la façon dont l’image initiale s’impose à Christine (une robe) et ce qu’elle devient sur la toile sera un des moments forts du roman. Au début, on note simplement que le rouge la couleur et l’air de la femme , indiquent qu’il y aura de la violence .

Ce n’est pas un jour comme un autre : ce sont les quarante ans de Marion, la voisine de Christine : on lui prépare une fête d’anniversaire que Christine juge un peu outrée à l’image de l’amour que Bergogne porte à son épouse. Mais elle veut y participer car elle aime Bergogne comme un fils . La première scène inquiétante c’est l’arrivée d’un jeune homme teint en blond (l’air punk ?) qui voudrait visiter la maison vide ( la troisième maison du hameau qui est à vendre) ; il est d’un politesse obséquieuse qui instille un certain malaise. Christine a l’impression qu’il la connaît alors qu’elle ne l’a jamais vu. Bientôt les événements vont se précipiter…

On a dit que ce roman ressemblait à Funny Games : certaines situations sont en effet reprises de ce film, mais l’atmosphère et les personnages sont complètement différents. Dans Funny Games les voyous n’ont aucune raison personnelle de s’en prendre à la famille à laquelle ils s’attaquent, ils ne les connaissent pas. Nous avons du sadisme pur. C’est bien autre chose que Mauvignier met en scène.

Ses personnages ont une psychologie et des identités socioculturelles, une réelle densité que soulignent la façon très particulière qu'a Mauvignier de décrire au ralenti des scènes diverses ( scènes ordinaires apporter un plat , déboucher une bouteille; scènes d'introspections, ça bouge dans la conscience d'un protagoniste; scènes d'action violente...) et de répéter ces scènes avec des variations significatives. Du grand art ! un roman qu'on ne lâche pas...

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher