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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 13:21

Minuit, 640 pages, 2020.  

On est dans un hameau, près de La Bassée, l’un de ces bouts de villages qui périclitent aux marges des marges de nos campagnes. Ce n’est presque rien, trois maisons presque perdues, loin de tout. Il y a la ferme de Bergogne, rejeton d’une ancienne famille paysanne qui s’obstine à faire tourner l’exploitation, la maison de Christine, qui approche de soixante-dix ans, artiste peintre installée là depuis vingt ans, après son divorce, et une troisième maison, vide et à vendre. La Bassée est un lieu familier aux lecteurs de Mauvignier : Jeff, l’un des personnages de Dans la foule (Minuit, 2006), en venait et c’est là que se déroule le drame Des hommes (Minuit, 2009).

 ( en Attendant Nadeau)

On retrouve dans ce roman quelques un des  thèmes de prédilection de Mauvignier, les trois voyous avec le petit dernier qui peine à exister derrière ses frangins ( un trio un peu semblable dans «  Dans la foule «  par exemple), un couple qui fait mal semblant d’être soudé pour l’enfant et pour survivre eux-mêmes, ( Bergogne et Marion ) un couple où l’un aime trop et l’autre n’en peut plus de se laisser aimer… et la façon de mettre en scène plusieurs personnages qui vont prendre la parole l’un après l’autre et exprimer leur ressenti, dans une narration polyphonique . Ici, sept personnages ( c’est beaucoup plus que d’ordinaire chez Mauvignier) endurent la narration tour à tour, et cette chorégraphie est très bien maîtrisée !

De même que la montée progressive de la tension ; cela commence par les lettres anonymes que reçoit Christine, l’habitante d’une des trois maisons du hameau ; cette femme de 69 ans, est peintre et s’occupe principalement de sa toile en cours «  la Femme rouge » , ce tableau aura de l’importance par la suite et la façon dont l’image initiale s’impose à Christine (une robe) et ce qu’elle devient sur la toile sera un des moments forts du roman. Au début, on note simplement que le rouge la couleur et l’air de la femme , indiquent qu’il y aura de la violence .

Ce n’est pas un jour comme un autre : ce sont les quarante ans de Marion, la voisine de Christine : on lui prépare une fête d’anniversaire que Christine juge un peu outrée à l’image de l’amour que Bergogne porte à son épouse. Mais elle veut y participer car elle aime Bergogne comme un fils . La première scène inquiétante c’est l’arrivée d’un jeune homme teint en blond (l’air punk ?) qui voudrait visiter la maison vide ( la troisième maison du hameau qui est à vendre) ; il est d’un politesse obséquieuse qui instille un certain malaise. Christine a l’impression qu’il la connaît alors qu’elle ne l’a jamais vu. Bientôt les événements vont se précipiter…

On a dit que ce roman ressemblait à Funny Games : certaines situations sont en effet reprises de ce film, mais l’atmosphère et les personnages sont complètement différents. Dans Funny Games les voyous n’ont aucune raison personnelle de s’en prendre à la famille à laquelle ils s’attaquent, ils ne les connaissent pas. Nous avons du sadisme pur. C’est bien autre chose que Mauvignier met en scène.

Ses personnages ont une psychologie et des identités socioculturelles, une réelle densité que soulignent la façon très particulière qu'a Mauvignier de décrire au ralenti des scènes diverses ( scènes ordinaires apporter un plat , déboucher une bouteille; scènes d'introspections, ça bouge dans la conscience d'un protagoniste; scènes d'action violente...) et de répéter ces scènes avec des variations significatives. Du grand art ! un roman qu'on ne lâche pas...

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 13:20

Gallimard ( L’Imaginaire) 1ere publication 1952

Automne 1944 ; Guillaume Arnoult arpente Paris et rencontre plusieurs personnes qu’il a perdu de vue depuis la guerre, pour leur demander des nouvelles d’Irène ; c’était sa maîtresse ( non sa compagne, car ils ne vivaient pas ensemble, se retrouvaient à des moments précis dans des situations précises) ; elle a rompu ,il la cherche à nouveau. L’un de ces personnages secondaires va lui donner l’adresse d’Irène. Ils vont passer une après-midi et une nuit ensemble comme avant la guerre : dans une chambre d’hôtel, près d’une plage, une plage du Nord comme celle de Cheveningen. «  la Plage de Cheveningen » est un tableau de Ruisdaël qui les a fait rêver autrefois. Ils n’ont jamais vu l’original mais l’ont cherché, dans divers musées,  Cheveningen c’est un peu comme Catleya pour Swann et Odette.

Ils vont tenter de s’expliquer pendant cette longue nuit, et Guillaume essaie de reconquérir Irène sans y parvenir ; de ce qui les a séparé on comprendra qu’il s’agissait d’un enfant que Irène attendait, Guillaume n’a pas réagi comme elle l’aurait souhaité et elle a dû avorter sans doute ( bien que ces mots ne soient pas prononcés on comprend facilement le problème).

Le récit est fait de nombreux flash-back et de subits retours au présent, sans que ces retours soient indiqués clairement ( et c’est une bonne chose, car on plonge dans le fouillis des pensées de l’homme et de ses réminiscences ). Irène reste plutôt mystérieuse. Ce conflit de couple est ce que le récit nous offre d meilleur. L’autre thème c’est l’ami de Guillaume, «  Hersent » , condamné à mort pour collaboration. Nous sommes en plein dans cette époque qu'on a appelé " l'épuration".

Là-dessus le narrateur développe une théorie fumeuse à propos de Caïn.

Il évoque son ami,  ses prises de position d’avant-guerre , des moment passés avec lui, cherchant à le comprendre, pourquoi pas,  mais je dois dire qu’à sa place je n’aurais pas supporté un ami  défendant des conceptions aussi scélérates. Je ne le suis pas sur ce coup là…

Un auteur que je lis pour la première fois; je le situe très "à droite" et donc je ne suis pas la mieux placée pour le comprendre... Malgré tout, un récit à la langue et à la narration très travaillés, souvent poétique, cultivant le mystère.

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 12:15

2019, 360 pages.

 

 

François, chirurgien orthopédiste renommé, va dans le massif des Bauges, chasser le cerf. Au moment de tirer sur la bête, il aperçoit une voiture dans laquelle il croit reconnaître sa fille, et cette voiture est poursuivie par un gros scooter conduit par deux personnes en capuchonnées. Inquiet, il va rater le cerf et ramener la bête blessée à son relais de chasse pour la soigner.

Il y rencontre son fils, Mathieu ( qui, comme son nom l’indique) est dans la finance, et lui raconte ses histoires de trader auquel François ne comprend rien ( le lecteur non plus) sauf que sa sœur est impliquée dans ce trafic complexe, avec son copain. François saisit que la fille dans la voiture  était bien la sienne !  Elle a vraiment des ennuis. Va-t-il pouvoir la sauver ? Ce ne serait pas la première fois. lorsqu’elle était petite il l’a protégée d'un environnement hostile.

Sa femme, italienne d’origine, il a compris qu’elle avait un gros problème de pathologie mentale, mais  au lieu de recevoir des soins psychiatriques, elle est allée dans divers couvents faire des « retraites «  et la façon délirante dont ses enfants appréhendent le monde, ils le tiennent d’elle… en fait, ses enfants n’ont pas de projets de vie, ils ne veulent qu’amasser de l’argent, et curieusement ils croient à l'amour...

 Ils ont choisi des partenaires de vie complètement toxiques ( elle, un délinquant notoire, lui un mannequin snob et fragile) à l’image de leur père !  

On s’interroge sur le titre … quelle est cette tentation ? La tentation de réécrire l’Apocalypse à l’échelle d’une famille perturbée qui explose ?

Reste l’écriture qui est très brillante, à la fois sublime dans son verbe, et d’une grande exactitude technique, que ce soit pour décrire la beauté des paysages de montagne enneigés,   l’énigme et le désespoir  des êtres ,  la magnificence de la  tragédie.

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29 décembre 2019 7 29 /12 /décembre /2019 13:56

Seuil, 2019 , 458 pages.

Cora voulait devenir photographe, mais elle a dû renoncer à ses rêves de jeunesse pour avoir un emploi stable et un vrai salaire : la voilà au seuil de la trentaine avec un campagnon un bébé et ce travail au sein de la compagnie d’assurance Borélia , au service marketing : pendant son congé de maternité, Borélia a rachetée par des actionnaires : il n’y a plus de »patron » mais une direction moderniste soucieuse de faire des économies : Edouard , le collègue  à qui elle était très attaché , qui était plus un ami qu’un supérieur hiérarchique a négocié un départ volontaire. L’entreprise déménage à la Défense, et Cora doit travailler dans un « open space « ; elle ne s’y fait pas…

Accepte une entrevue avec un collègue anonyme qui lui donne rendez-vous dans un restau, après le travail, un rendez-vous évidement ambigu, elle croit que c’est son  nouveau chef ,Frank Tommaso, à qui elle plaît, et qui ne lui est pas indifférent, ceci dit, ils se détestent…

Cora   se met à vivre plusieurs aventures qui la déstressent  de son travail, qu’elle essaie sans y arriver vraiment, de rendre moins routinier. Elle tombe littéralement sur un réfugié malien qui squatte dans la gare st Lazare ; l’aider, lui trouver un avocat susceptible de lui faire avoir un droit d’asile, parler longuement avec lui, admirer ses dessins, le photographier ainsi que le contexte dans lequel il vit, cela devient sa priorité. La jeune femme  s’investit dans  trop de choses à la fois, et commence à perdre pied…

Je ne sais trop quoi penser de ce livre, qui veut faire le procès de l’entreprise livrée au capitalisme, et fait surtout le portrait d’une femme qui a beaucoup de mal à " gérer son quotidien"comme on dit maintenant. Le récit de sa relation avec Maouloun pourrait faire l’objet d’un roman à lui seul, mais il témoigne bien du mal être de la jeune femme et de sa détermination à vivre une existence qui lui plaît,  parallèle au quotidien qui la déçoit.

Au final, pour l’aspect positif du roman, on a un portrait de femme très intéressant,  une femme de notre époque, qui  a pas mal d’atouts dans sa manche ( un compagnon intelligent et  sympathique, large d’esprit, un CDI et un vrai salaire,  un peu de temps pour se cultiver et vivre une vie personnelle) et des problèmes sérieux ( un métier difficile, moyennement attrayant, des supérieurs hiérarchiques   pénibles, des aspirations déçues ) qui fait une dépression et remonte la pente.  L’autre bon côté du roman  c’est l’écriture, classique et  efficace .

 Le côté négatif c’est le drame qui se produit aux deux tiers du roman très peu crédible, eus égard à la personnalité du personnage principal.  S’il fallait que Cora soit victime d’un gros pépin en rapport avec son « burn -out » , on aurait pu trouver mieux !   Quant à l’enquêteur  qui relate son histoire, vu son  identité qu’on découvre à la fin du roman , j’ai été choquée qu’il ait accès  aux carnets intimes de Cora…

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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 17:56

Actes Sud, 2019,306 pages.

A l’été 1930, sur l’île Blanche, la plus reculée de l’archipel du Svalbard, une exceptionnelle fonte des glaces dévoile des corps et les restes d’un campement de fortune. Ainsi se résout un mystère en suspens depuis trente-trois ans : en 1897, Salomon August Andrée, Knut Fränkel, et Nils Strindberg s’élevaient dans les airs, déterminés à atteindre le pôle Nord en ballon à hydrogène – et disparaissaient. Parmi les vestiges, on exhume des rouleaux de pellicule abîmés qui vont tout de même devenir des images assez nettes.

A partir de ces photographies au noir et blanc lunaire  et du journal de bord de l’’expédition, Hélène Gaudy imagine l grande aventure d’un envol et d’une errance. Ces trois hommes seuls sur la banquise , très moyennement préparés, ballotés par un paysage  mobile, tenaillés jusqu’à l’absurde par la joie de la découverte et l’ambition de la postérité , incarnent l’insatiable curiosité humaine qui pousse à découvrir, parcourir, circonscrire, et finalement rétrécir le monde.

(Présentation des éditeurs)

En trois parties  et un certains nombre de chapitres titrés l’auteur imagine la chute du ballon surt la banquise et la dérive (elle durera environ trois mois de juillet à octobre ) des trois aventuriers : c’est Andrée le plus âgé qui a initié le périple , les deux autres sont encore des jeunes gens ; l’un d’entre eux, Nils est assistant à l’université des sciences, Fraenkel  technicien et Andrée ingénieur. Nils a une fiancée qui ne le reverra pas, et sur le destin de qui l’auteur s’attarde de façon un peu longuette.

Les trois hommes attendent prés de Tromsø, en Norvège, qui le vent du sud soit suffisant pour s’envoler. Le ballon est  gonflé à l’hydrogène ( ce n’est pas une montgolfière ) il n’est pas ce qu’on appelle «  un dirigeable «  bien que Andrée prétende le contraire ;  il n’est pas non plus tout neuf , il est parsemé de petits trous et il faut le regonfler fréquemment ; d’autres ont  refusé de partir avec Andrée, le voyage leur a paru trop aléatoire.  Les trois aventuriers ont attendu trois mois –tout le printemps – que le vent du sud se mette à souffler suffisamment ! 

A peine partis, au bout de  deux-trois jours, ils s’échouent sur la banquise, et vont y passer l’été à dériver, jusqu’en septembre en marchant ( mais la dérive les ramène vers le sud) et  dormant sous une tente lorsque la fatigue se fait sentir. Ils chassent l’ours, et le phoque en priorité et s’en nourrissent.  Arrivés à l’automne arctique ( très court ) ils se sont posés et ont commencé à construire un igloo : cette construction s’est  brisée lorsque la glace s’est rompue et les trois hommes ont gagné l’île Blanche tout près – une vraie île, mais inhospitalière.  Les dernières lignes écrites par Andrée dans son journal datent du début octobre. 

A la découverte des corps, on constate que Nils est mort le premier ( ils lui ont fait une tombe de fortune). On ne sait pas de quoi ils sont morts. Les photos que prenait Nils ont été développées, sont intéressantes : l’auteur montre qu’ils y posent pour la postérité. Les journaux de bord sont enthousiastes, plus que ne devrait l’être ce périple sans fin, où les explorateurs sinistrés ( le ballon s’est échoué et ils ont dû l’abandonner ) dérivent plus qu’ils n’avancent et ne savent où ça les emmène…  Cependant ils ont des vivres en abondance, ils chassent, un équipement, de quoi  cuire les aliments, des tentes, des traîneaux , des vêtements (pas assez chauds), et des boissons fortes ainsi que de l’opium et de la morphine…on aura l’impression qu’ils sont presque tout le temps shootés, et que c’est là une façon de survivre…

L’auteur ne se borne pas à raconter le périple des trois hommes, elle évoque d’autres expéditions polaires ou non qui se sont plus ou moins bien terminées : celle de Shackleton et ses marins,   Celle de Nanson et  Johansson, dans un autre bateau, qui furent secourus par miracle après un hiver passé dans un igloo…  celle de Crowhurst ( le faux tour du monde en solitaire et le probable suicide du navigateur, je la connaissais  ), celle de l’homme qui s’était fabriqué des ailes et se lança de la tour Eiffel ( c’est la plus courte, et la plus navrante !) .

On s’attache à l’histoire imaginée par l’auteur , au périple des trois hommes, entrecoupés d’autres expéditions. Le récit est bien mené. Il est un peu long, car certaines expéditions narrées en plus (autre que celles que j’ai citées) ne sont pas passionnantes.   Dans l’ensemble le nombre des bonnes pages l’emporte.  L’essai de l’auteur à nous faire partager ce que l’on ressent à dériver sans cesse sur la banquise en marchant sans fin sous le soleil de minuit est réussi.

Le nombre de romans qui se déroulent sur la banquise, témoigne de l’inquiétude des populations à qui les medias rabâchent quotidiennement que le pôle Nord est fichu, qu’il fond à une vitesse déconcertante… on connaît la chanson ! Cela nous vaut quelques récits assez bien menés

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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 21:14

 

Tripode, 2019

D’après des fouilles archéologiques, l’auteur a voulu retracer la destinée d’une femme inuit, vivant de façon précaire sur la banquise l’hiver, sur la toundra l’été. De chasse, pêche et cueillette.

Ça se passe en une période non datée… il y a sûrement très longtemps. Les groupes inuit sont nomades, ils se déplacent en fonction de ce que semble leur promettre l’environnement, construisent tous les hivers des maisons en pierre et peau, des igloos, vivent sous des tentes l’été.

Séparée de sa famille d’origine, la narratrice Uksuralik , va d’un groupe à l’autre, des « cousins » de diverses générations, avec qui elle va s’entendre plus ou moins. Dans le premier groupe qu'elle rejoint Le Vieux est à craindre, lorsqu'il en veut à quelqu'un, il n'hésite pas à le tuer!

Plus tard elle va sympathiser avec Sigaun , qui devient  sa mère d’adoption et sa plus fidèle alliée , des liens forts s’établissent avec elle. Uksuralik aura un enfant d’un des fils du Vieux, puis, rencontrera un étranger « Naja » un chaman, et elle devient chamane elle aussi.

Ces tribus sont extrêmement superstitieuses, et les chants-poèmes qui rythment le récit fourmillent de légendes animistes. On ne sait trop comment procèdent la narratrice et son ami pour entrer dans des états particuliers, des transes ??? Bien que très pragmatiques pour assurer leur survie, les Inuits vivent dans un univers peuplé d’esprits, de bons et mauvais sorts ; animaux et humains ont des pouvoirs bénéfiques ou maléfiques et les rites pour les appeler ou les éviter sont nombreux et complexes. Par exemple, Il faut, lorsqu’on a tué un animal, le remercier de s’être laissé prendre… sinon son esprit se vengera du chasseur.

L’auteur a choisi le présent, et des phrases simples et précises ; les chants-poèmes eux, d'abord agréables à lire, relevant d'une geste poétique réelle, finissent par lasser, et ne sont pas toujours compréhensibles, surtout lorsqu’ils sont retracés dans la langue Inuit.

C’est un récit très documenté, avec des qualités de narration, une certaine poésie;   je me suis sentie proche des personnages, dans leur vie de tous les jours, mais je suis restée étrangère au chamanisme...

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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 15:17

 

Flammarion, 2019

190 pages

Je croyais qu’il s’agissait d’un adolescent homosexuel en Allemagne nazie.

Et ses problèmes… pas du tout ! C’est Livio, un adolescent, de nos jours, qui se sent homo et ne peux en parler à personne car il vit dans un environnement fruste,  où nul n’a la moindre compréhension ni même tolérance pour cette orientation sexuelle. Même sa petite amie Camille lui en veut, car elle est amoureuse de lui, et il ne peut être qu’un ami pour elle.

Dans sa classe de Terminale, un matin, il fait un exposé en histoire, sur l’autodafé et prend pour exemple Un certain Hirschfeld, Médecin homosexuel ayant ouvert un centre « de sexologie » à Berlin, qui fut détruit par les nazis en 1933, avec toute sa bibliothèque.

Je ne connaissais pas ce Hirschfeld : ce n’est ni un scientifique de haut niveau, ni un philosophe, ni un psychanalyste. Je ne pense pas que ses livres (il a pas mal écrit) soient d’un grand  intérêt. Ni sa théorie du « troisième sexe ».

 L’exemple est pourtant bien choisi puisqu’il y a eu réellement autodafé, et qu’il  témoigne de la persécution des Juifs et des homosexuels en Allemagne nazie. Après une période relativement tolérante à Berlin, le troisième Reich sème l'épouvante parmi les marginaux. 

  Le récit est bien conduit dans la mesure où il met correctement en scène une classe de terminale dans un lycée public d’une cité défavorisée, et les  réactions très vraisemblables face à l’exposé d’un camarade décidé à faire son coming-out par le biais d’un exposé où il sera question de répression policière : Livio se sent menacé comme sous le régime nazi et   Dans le milieu où il se trouve, il pense que personne ne lui viendra en aide…c’est terrible !

On sait depuis le départ qu'après ces événements, il a disparu. On interprète cette disparition comme on le sent...

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5 novembre 2019 2 05 /11 /novembre /2019 10:35

Minuit, 190 pages, 2019.

La narratrice et son compagnon ont décidé de s’installer dans une petite localité proche de Paris et préservée de la pollution et des nuisances des grands ensembles. Architecte, elle a conçu un projet de maisons mitoyennes dans une impasse. Les habitants seraient autonomes en gaz et électricité grâce à des panneaux solaires et un retraitement des eaux usées.

L’installation faite, Eva ( son prénom sera mentionné deux fois dans le récit) a  beaucoup de soucis : son compagnon soigné pour une psychose maniaco-dépressive, ne peut travailler et passe beaucoup de temps sans sortir. Ses voisins de droite l’horrible Annabelle Lecoq son bébé et son infâme mari Arnaud. Cette Annabelle devient tout de suite son ennemie ! les autres voisins sont un peu plus accommodants mais il ne faut aps le dire trop vite ! Tout ce petit monde est férocement croqué…

Le goût de la narratrice pour le jardinage est avéré mais elle ne  cultive que les soucis !. Oui, l’humour est parfois un peu lourd… Au milieu du récit on a une parodie de roman policier. Comme souvent chez « Minuit » .

Une comédie sociale très pince-sans rire, portée par une ironie féroce et un humour plutôt noir.

Dans l’ensemble, on sourit assez souvent , parfois un éclat de rire . Un auteur que j’ai plaisir à suivre pour le moment.

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 23:32

Arléa (la Rencontre) 2019.

La narratrice va passer un dimanche dans cette ville résidentielle de la région parisienne.  Elle est venue voir sa seour Claire-Marie qui vit «  à l’ancienne » quasiment femme au foyer , un mari médecin, une fille adolescente, un pavillon de banlieue cossu, près des étangs immortalisés par Corot , et du bois de Fausses-Reposes dont l’énigmatique nom suscite bien des interprétations toutes en rapport avec le mensonge, l’apparence trompeuse, mais aussi la mort…

A Ville-d’Avray, la narratrice est dans un autre monde ; pas seulement parce que la localité vit au ralenti loin de l’agitation et du fourmillement  de la capitale ;c’est un peu un lieu hors du temps. La vie semble s’y être figée. On devrait y être heureux, aisance matérielle, sécurité, beaux paysages, temps libre… et on s’y ennuie…

Claire-Marie doit s’ennuyer pense sa sœur ; enfants, elles s’inventaient une existence aventureuse inspirée de Jane Eyre et d’un Rochester qu’elles adoraient mettre en scène. Claire-Marie est restée une incorrigible rêveuse ; la réalité lui offre sa routine sécurisante et peu d’activités intéressantes.

Cet après-midi à l’approche du crépuscule, Claire-Marie fait une confidence à sa sœur : Autrefois, il y a environ dix ans, elle a fait une rencontre dérangeante, décevante, déconcertante, guère romantique (non rien à voir avec Rochester…) l’histoire est inachevée : la narratrice soupçonne que Claire-Marie lui tait quelque chose. Mais elle n’en saura pas plus.

Et peut-être n’y a-t-il rien d’autre ?

Rien d’autre que le deuil impossible à faire de Rochester ?

«  Qui nous connaît vraiment ? Nous disons si peu de choses, et nous mentons presque sur tout » « une salle d’attente où l’on attendrait  toute sa vie. Aucun bruit de l’autre côté. Aucun signe. « 

Un récit d’atmosphère, où l’on campe un lieu nimbé de mélancolie, de mystère, de clair-obscur, et de leurre aussi. Ce n’est pas seulement les étangs, le bois, l’automne, et le crépuscule qui offrent à Claire-Marie un espace de rêverie supplémentaire : il sera aussi question de rideau de fer, fuite éperdue, activités mystérieuses et contemplations de lieux clos qui ne livrent pas leurs secrets. Cette banale ville de la région parisienne devient, sous la plume de Dominique Babéris, un espace onirique.

Dommage que ce récit soit si bref, plus longue nouvelle que roman ! une auteure que je découvre avec ce titre, et que j’ai eu plaisir à lire.  

 

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 16:30

Actes sud, 2013, 445 pages.

 

Partie du village de son enfance « le Val des seuls » en Savoie, près de la frontière italienne, Carole a fait sa vie à Saint-Étienne et ailleurs, loin. Elle voit rarement son frère et sa sœur ; elle est revenue en ce début de décembre, sous un prétexte un peu futile. Leur père leur a envoyé à chacun une boule à neige : c’est sa façon de dire qu’il va peut-être venir les voir. Mais son téléphone sonne dans le vide.

Carole va passer quarante jours dans ce  village, à ressasser un drame survenu pendant son enfance ; un incendie survenu alors que sa mère était seule avec ses trois enfants au grenier de la maison familiale. Elle est sortie avec Philippe dans les bras et la narratrice, et Gaby a dû attendre les pompiers. Pourquoi Gaby fut-elle la victime ?

Gaby en a gardé des séquelles  des difficultés respiratoires et doit régulièrement se ressourcer avec de l’oxygène… Gaby vit de peu dans un bungalow avec « la Môme » une fille de 17 ans qu’elle a recueillie tout bébé dans des circonstances qui restent obscures à Carole. Philippe est garde forestier et recherche  le tracé exact suivi par Hannibal et son armée franchissant les Alpes . Pendant que Carole attend elle ne sait plus trop quoi, elle renoue avec son frère et sa sœur, avec  les gens du village qu’elle connaît plus ou moins : Jean le séducteur, la Baronne et ses chiens ; Diego le cuisinier, Franky, sa serveuse, le vieux Sam un peu mystique…

Le style de l’auteure, des phrases courtes concrètes et en suspens , décrivant des actes simples et courants avec du non-dit en dessous.  Les mêmes séquences se répètent de chapitres en chapitres avec des variations ténues. Comme ces photos que Carole prend tous les matins entre onze heures et midi de la serveuse à Franky secouant les draps par la fenêtre.

Parfois survient une révélation…

Elle installe une atmosphère qui enveloppe le lecteur.   Ici, je dirais que ça fonctionne en dépit de certaines longueurs ; c’est mon troisième «  Claudie Gallay » : j’ai aimé moyennement l’Or du temps, abandonné les Déferlantes … cette part de ciel est de loin ma  préférée pour l’instant… 

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