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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 18:40

Actes sud Noir 2011

Ishigami, enseigne les mathématique à des collégiens peu intéressés, et passe tout son temps libre à résoudre de difficiles problèmes. Rien d’étonnant à ce cette vie austère et isolée lui pèse, même s’il ne s’en rend pas compte. Le résultat c’est qu’il a fini par tomber amoureux de sa voisine Yusako, une fraîche jeune femme, qui travaille dans un restaurant et élève seule sa fille. Lorsque Yusako, poursuivie par un ex-mari violent et pingre, en vient à le tuer avec l’aide de sa fille, il vole à son secours : n’importe qui aurait hésité à se rendre complice d’un meurtre, mais l’amour rend fou, on le sait.

Grâce au système élaboré par l’ingénieux professeur, la police tourne autour de Yusako, principale suspecte, et ne peut rien prouver, ni même comprendre. Que faisait le cadavre du mari près d’un campement de SDF ? Pourquoi avait-il emprunté un vélo neuf, abandonné en mauvais état près d’une station de métro ? Pourquoi les doigts du mort sont-ils brûlés et son crâne défoncé, puisqu’on n’a aucun mal à l’identifier ? Enfin, Yusako a un alibi en béton…

Des questions que l’inspecteur Kusanagi n’arrête pas de retourner dans sa tête, sans rien trouver de valable. Il en vient à s’ouvrir à son ami Yukawa, physicien qu’il connaît depuis l’université. Or Ishigami a fréquenté la même université, et Yukawa l’a bien connu. Ce dernier décide de rendre une petite visite à son ex-ami, le voisin de la suspecte....

C’est là sûrement le meilleur roman d’Higashino, bien que les autres méritent aussi le détour. En effet la stratégie d’Ishigami ne cesse de surprendre, et même si le lecteur en sait plus que la police, il est loin de tout deviner, et le suspense est maintenu jusqu'au bout, rendant cette enquête passionnante.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 12:19

1ere publication en 1964.

Stock Cosmopolite, 1989.229 pages.

« Le temps viendrait-il jamais de réaliser ce rêve de renaître sous le visage d’un autre ? »

Le récit consiste en un long monologue en plusieurs cahiers que le narrateur adresse à sa femme. Chimiste dans un laboratoire, il a été brûlé par de l’azote liquide lui sautant au visage. Cet accident l’a laissé défiguré ; il se cache sous des pansements épais. Depuis cette mésaventure sa femme se refuse à lui.

Il est parti s’installer à l’hôtel, prétextant un congrès de chimistes. En fait, il réfléchit à l’élaboration d’un masque épousant parfaitement la peau de son visage, permettant la respiration de l’épiderme, un masque pouvant passer pour son vrai visage. Après réalisation de l’objet, il le porte, note l’effet produit sur les autres, et décide qu’il peut chercher à séduire sa femme de nouveau, mais en feignant d’être un autre homme…

L’histoire de cette tentative (désespérée ?) est contée par le menu, émaillée de réflexions diverses sur l’être et l’apparence ; on n’échappe pas aux considérations selon lesquelles l’être humain est toujours masqué, y compris à visage nu. Le problème du narrateur, c’est qu’il n’a « plus de visage », c'est-à-dire plus rien de socialement présentable, ce qui le contraint à une solitude irrémédiable. D’où l’idée de devoir se refaire un visage. Il passe par toute sorte de sentiments colère, haine, désespoir, désir de devenir un criminel véritable puisque le voilà en dehors de la société. Toutefois, il continue à se rendre à son laboratoire, et à y travailler. Notamment à la fabrication du masque, un travail complexe et méticuleux relaté dans ses moindres détails.

Le port d'un masque obéit souvent à des préoccupations esthétiques ( les masques Nô, le maquillage des femmes) ou au désir de faire revivre un ancêtre ( les masques des primitifs) , voire tout simplement au désir de se dissimuler pour jouer ( la fillette que le narrateur rencontre lui dit qu'il joue à cache-cache) mais se faire réellement passer pour un autre à l'aide d'un masque est une tout autre entreprise. Si notre narrateur devenu sans-visage avait pu connaître la secte du dieu Mutiface, peut-être aurait-il pris un nouveau départ, oublié son épouse , mis la chimie au service de tout autre chose! Voilà une vocation ratée...

Ce récit est long, bavard, introspectif. Même s’il s’adresse à son épouse, ( et propose une courte réponse de la part de cette femme ) le narrateur discours interminablement sur lui , ses relations avec cette épouse (on devine qu’elles n’étaient pas trop fameuses avant l’accident),sa liaison avec elle, masqué, la nouvelle identité qu'il se cherche depuis l'accident, et ne trouve pas.

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 12:48

Picquier, Poche, 253 pages.édition de 1994.

Le recueil contient six récits publiés en 1951. Le premier « le Crime de monsieur S. Karma » avec ses 142 pages est une longue nouvelle ou un petit roman avec un grand nombre de personnages.

L’homme en question se réveille ayant oublié son nom. Physiquement, il ressent au-dedans de lui un creux se frappe la poitrine: il sonne creux à l’intérieur. C’est en arrivant à son bureau qu’il repère la plaque de bois pour son nom « S. Karma » (l’initiale n’est pas exactement « S » mais la lettre grecque sigma que mon clavier ne peut pas reproduire).

Il voit également à sa place au bureau un sosie de lui , ou un double, qui dicte tranquillement un texte à la secrétaire Mlle Y …et son arrivée ne cause aucun trouble particulier aux employés : cette entrée en matière nous rappelle le Double de Dostoïevski ; sauf que M. Karma va tout de suite entrer en conflit avec son double, qu’il appelle « Carte-de-visite » car il ne reconnaît pas tout à fait en lui un être en chair et en os. Notre héros va ensuite consulter un médecin, pour tirer au clair son problème physiologique ( se sentir vide) ; il apparaît que non seulement il est vide à l’intérieur, mais qu’il aspire tout ce qui passe à sa portée pour se remplir !

Si le début semble s’inspirer quelque peu du Double, la suite va tourner au Procès de Kafka, car M. Karma est accusé de quelque chose, on ne saura pas très bien quoi, et un tribunal farfelu mais féroce et déterminé va se mettre en place pour juger son cas. Karma signifie « péché « en sanskrit lui reproche-t-on. Il me semble que ce mot renvoie plutôt au destin que chaque être doit endurer, rapport à ses actes dans une vie antérieure. Vouloir y échapper est une faute dans la logique des religions bouddhistes.

Ajoutez à cela que Le pauvre M. Karma doit aussi affronter son père, ses vêtements, ses souliers, tous remontés contre lui et réclamant leur droit à une existence propre… plus on avance dans le récit plus le délire s’intensifie. La crise identitaire vécue par le héros est difficilement interprétable ; l’auteur s’est abreuvé à diverses sources littéraires et philosophiques et l’on s’y perd un peu. Les références au surréalisme notamment Dali, sont nombreuses, et la fantaisie débridée de ce mouvement littéraire se retrouve dans le texte. L’ambiance est aussi à l’humour noir, mais je n’ai pas eu envie de rire….

Les autres récits, beaucoup plus courts sont du même genre. Dans le Cocon rouge, le personnage perd non seulement son nom mais sa forme et recherche sa maison : on suppose qu’il veut retourner à un état fœtal. l’Inondation met en scène une liquéfaction générale des êtres humains provoquant un déluge que même Noé ne peut gérer… La Craie magique montre un homme qui réussit à transformer ses dessins en objets réels mais vous vous en doutez cela finit mal… Le Tanuki de la tour de Babel, est une fiction et une réflexion sur le concept de métamorphose. Des digressions philosophiques, des jeux de mots ( parfois intraduisibles), des rencontres bizarres et une folle échappée voilà ce qui nous attend.

Voilà donc des récit très originaux, surréalistes, déconcertants aussi : vous n’y trouverez pas de construction ni de cohérence et de sobriété comme dans la Femme des sables par exemple, bien que les thèmes soient semblables; C’est l'occasion de découvrir une autre facette de l’écriture de l’auteur, et des sources d'influence diversifiées.

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 09:01

210 pages, publié en 1972 inachevé

Une femme et son futur ex-gendre conduisent la fille et fiancée de ceux-ci Ineko dans une maison de repos. Ineko est atteinte d’une curieuse maladie considérée comme la manifestation d’un trouble de la personnalité : elle ne voit plus le corps humain, de temps à autre. En fait, elle ne voit plus le corps de son fiancé en dessous des épaules. Cela a commencé alors qu’ils avaient une relation sexuelle apprend le jeune homme à la mère.En fait, le malaise est bien plus ancien. On apprend petit à petit comment Ineko a développé son symptôme, le rôle ambigu qu’elle devait jouer auprès de son père

Le fiancé n’est pas d’accord pour interner Ineko ; il va la délivrer menace t-il. En chemin ils voient des choses bizarres : le garçon une souris blanche la mère un champ de pissenlit qui ressemble à des êtres humains jeunes ou angéliques ??? Elle ne sait pas ; toutes les demi-heures ils entendent sonner la cloche de l’asile supposant que c’est Ineko qui la fait sonner et les appelle. Cependant la cloche ne sonne jamais de la même façon et leur inspire des sentiments variés.

Ils s’arrêtent dans une auberge.

L’échange de propos entre la mère et le fiancé est intéressant. Ces deux êtres cultivent des sentiments contradictoires envers Ineko et leurs ressentis sont exprimés avec beaucoup de poésie, ainsi que des quiproquos parfois amusants. Ils nous informent sur le trouble d’Ineko, le rendent moins mystérieux, mais pas moins problématique : le dialogue baigne dans une atmosphère mélancolique et inquiétante, parsemée aussi de propos humoristiques. Au fond ces deux là s’entendent bien mieux qu’ils n’en ont l’air. On se demande s’ils ne vont pas former un vrai couple, la pauvre Ineko étant définitivement écartée de l’affaire… on ne saura pas car l’histoire est inachevée. Cet inachèvement contrarie mais n'empêche pas d'être encore une fois envoûté par la belle prose de ce grand écrivain.

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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 08:26

Première parution 1998

Actes sud Noir, 2012,448 pages.

Deux ingénieurs dans l’aéronautique, Yhuara et Yamashita vivent un grand jour. L’hélicoptère dont ils ont supervisé la construction pour la société Nishiski Heavy Industrie est prêt à effectuer son premier vol de présentation. Cet appareil gigantesque doit être vendu au ministère de la Défense. Il peut et doit être spécial car il peut être télécommandé électriquement par un système numérique. Les deux ingénieurs chefs de projet y ont travaillé pendant cinq ans aux USA.

Les ingénieurs ont amené leurs épouses et enfants pour assister au premier vol de l’appareil. Comme celui-ci se fait attendre, les femmes autorisent les garçonnets à jouer dehors.

Tahahiro et Keita réussirent à gagner le hangar contenant l’avion et à s’introduire dedans. L’un d’eux Keita est encore dans l’appareil, lorsque celui –ci , subitement se met en marche…

Deux hommes dont nous ignorons l’identité se sont approprié les données numériques et se sont rendu maîtres de l’hélicoptère en question qu’ils manœuvrent à l’aide d’un appareil de télécommande et d’un ordinateur.

L’aéronef s’immobilise au-dessus de la centrale nucléaire de Shinyo dans la presqu’île de Tsuguru. Les ravisseurs envoient un message par télécopie : le gouvernement doit faire arrêter les réacteurs nucléaires dans tout le pays ; sinon l’hélicoptère restera au-dessus de la centrale et tombera lorsque le carburant sera épuisé. Il y aurait des caisses d’explosifs dans la carlingue.

La police locale de la région de Fukui, recherche les possibles ravisseurs parmi les gens du coin qui sont actifs dans les mouvements d’opposition au nucléaire. Et ceux qui ont eu à en pâtir. Des travailleurs dans le nucléaire atteints de leucémie dont la famille a intenté un procès pour reconnaissance de maladie du travail…

Les responsables du projet, le ministère de la défense, le personnel dirigeant de la centrale, les pompiers, sont en alerte et cherchent à évaluer les dégâts possibles. Mais surtout, on se demande comment sauver l’enfant qui est dans l’avion et on élabore un plan de sauvetage périlleux.

Présenté comme un thriller, ce roman est intéressant, et parfois haletant .l’enquête intéresse et certain passages sont forts, tel l’opération de sauvetage de l’enfant. On pense à Fukushima, mais en 1998, c’est le tremblement de terre de Kobé qui avait échauffé les esprits et mobilisé beaucoup de gens contre le nucléaire.

Je n’ai pas tout compris des subtilités de ces mécanismes techniques sophistiqués, en dépit des nombreuses explications ( le texte se veut assez souvent pédagogique). Je me suis demandé pourquoi, puisque les maîtres chanteurs disposaient des données (qu’ils se sont appropriées frauduleusement) et du matériel pour télécommander l’appareil, les ingénieurs responsables de la construction de l’hélicoptère n’avaient pas les mêmes choses à leur disposition, pour contrer l’action des ravisseurs ; je n’ai pas de réponse à cette question.

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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 11:22

Seuil, 2013, 382 pages

Un couple d’âge mûr, Takashi et Kiyoko ont fait naufrage sur une île dans la mer des Philippines. Fini le tour du monde entrepris et même le retour à la civilisation, car l’île est déserte et aucun bateau ne passe à proximité, bien qu’ils y aient remarqué des bidons abandonnés sur une des plages, probablement des déchets.

Quelques temps plus tard, c’est un autre bateau qui s’échoue et une vingtaine de jeunes gens vont partager l’infortune des deux premiers. Des jeunes peu recommandables, des voyous, qui ont fui une autre ile où ils étaient en camp de travail.

Kiyoko devient la seule femme pour un grand nombre d’hommes, tous biens plus jeunes qu’elle, sans éducation et avec peu de morale. Son mari frise la cinquantaine. Kiyoko va coucher avec ( presque) tout le monde, à la fois mortifiée et jouissant de certaines étreintes notamment celle du fougueux et violent Kasukabé. ..Puis voilà une douzaine de Chinois qui débarquent ! Eux aussi veulent la femme…

Il y a plusieurs narrateurs (à la 3 eme personne) pour relater cette histoire, sur une île déserte de plus en plus peuplée…

C’est d’abord Kiyoko personnage principal, femme lucide pragmatique habile décidée à survivre et même à vivre, en dépit de périodes de doute et de dépressions bien décrites ! Elle se retrouve enceinte à 46 ans, tantôt contente de son état, tantôt désespérée, tantôt résignée à se traîner dans l’île tantôt prête à tout pour s’enfuir.

Puis c’est Watanabe le jeune exclu, sa propre vision du monde, et le mari défunt Takashi qu’on connaît à travers des fragments de son journal….

Le récit témoigne d’une lutte pour la survie, du combats de pulsions opposées incarnées par les différents personnages, tantôt pour garder la civilisation et faire société tant bien que mal, tantôt pour se laisser aller à la folie ou à la destruction. Ce qui est bien observé aussi, c’est la lutte pour le pouvoir de chacun : un objet, un discours, un événement pouvant renverser les rôles et changer le meneur. Chacun craint de devenir l’exclu, ou le bouc émissaire. Mais il y aura des renversements spectaculaires.

bonne intrigue bien menée talent de l'auteur pour imaginer des situations originales personnages crédibles , tout cela fait une excellente robinsonnade.

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 15:44

Seuil, 2013

Tokyo de nos jours : un immeuble : Toshi ( qui se fait appeler Ninna) a 17 ans elle termine le lycée dans une école privée élitiste. Elle n’est pas très bien classée, et pas sûre d’intégrer l’université de Tokyo. Il faut bûcher tout le temps et on est en août. Un après-midi d’été caniculaire, elle entend un grand fracas dans l’appartement mitoyen. Croit à un cambriolage. Descend et voit le fils des voisins qu’elle et ses copines surnomment « le lombric » ( car il est blanc maigre et insignifiant ???) s’en aller tout content et joyeux pour la première fois de sa vie. Il vient de se passer quelque chose.

Le « lombric » a tué sa mère avec préméditation, de plusieurs coups de batte de base-ball.

Il est en fuite, et pour ce faire, a emprunté le vélo de Toshi et son portable.

Il ya cinq récits chacun le point de vue et le devenir d’un des adolescents confronté à ce drame. Toshi, qui communique avec le « lombric « par téléphone et éprouve pour lui et son geste une sorte de fascination terrifiée, et il faut bien le dire de compréhension. Yuzan, une autre amie, lesbienne, fréquente des bars où l’on rencontre des filles ayant le même goût qu’elle, se sent en marge de la société. Communiquer avec Le Lombric, par téléphone, l’intéresse. Pour elle, il n’est pas question d’appeler la police. Le garçon doit avoir une chance de commencer une nouvelle vie…

La troisième fille Norino , veut retrouver le « lombric » et partager sa fuite : le lombric est-il un héros, vit-elle avec lui quelque chose de particulier, c’est la question à laquelle elle n’est pas sûre de pouvoir répondre, mais elle s’engage dans l’action. un moment jusqu’au second drame : ayant fui en taxi, ils braquent le conducteur le tuent et Norino perd la vie dans l’accident.

La quatrième fille Terauschi , est une bûcheuse ; seule à pouvoir faire de bonnes études, tout le temps en train de s’auto analyser. En communiquant avec le garçon, ses amies se compromettent dangereusement, que doit-elle faire, elle, l’élément raisonnable du groupe ? Après s’être tue, voyant ses amies impliquées, elle téléphone anonymement à la police, et indique l’endroit où se dissimulent les fuyards. Ensuite, persuadée d’être cause de l’accident de voiture pour avoir parlé trop tard, elle se suicide laissant une lettre confidentielle à Toschi.

Le lombric, est comme trois de ces filles, inscrit dans une école sélective, pressé d’intégrer l’université de Tokyo, mais mal classé, et dégoûté des études. Humilié par une mère trop exigeante, et accusé d’avoir regardé les voisines nues ( sa mère l’a traitée de criminel) il se venge en devenant un vrai criminel. C’est une situation extrême, pas complètement incroyable mais rare, que l’auteur nous conte là. On retrouve son goût assumé pour les situations de déviance. C’est surtout un roman psychologique ( en même temps qu’un thriller) pas mal écrit et traduit, qui montre la mal-être des adolescents que leurs parents pressent de réussir et qui se sentent rebelles, humiliés, agressifs…

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 17:41

Actes-sud Noir, 2014 365 pages.

1ere publication 2011.

Cinquième roman traduit de l’auteur depuis La Maison où je suis mort autrefois.

Nous retrouvons le duo Yukawa le physicien et Kusanagi Mamiya, l’inspecteur de police, plongés dans une enquête.

Dans une petite auberge proche d’une station balnéaire Hari-plage, trois voyageurs viennent de descendre : Kyohei , petit garçon de dix ans, venu passer des vacances chez son oncle et sa tante qui tiennent l’auberge, le physicien Yukawa(qui s’est lié d’amitié avec lui dans le train, et lui donne un coup de main pour ses devoirs de maths), et Tsukahara, policier à la retraite, apparemment venu pour assister à une conférence concernant l’exploitation des métaux rares dans les hauts-fonds de la mer.

Cette exploitation rencontre de nombreuses critiques de la part de groupes écologistes. Narumi, fille des aubergistes est très remontée contre le projet.

Le lendemain de l’arrivée des trois voyageurs ; Tsukahara est retrouvé mort, près de la plage, tombé d’une falaise sur les rochers en contrebas.

On devine qu’il ne s’agit pas d’un accident. Yukawa alerte la police de Tokyo ( dont fait partie son ami Kusagani). En effet, le client malchanceux a été empoisonné au monoxyde de carbone, avant sa chute.

L’enquête, minutieuse, est agréable à suivre. La présence du garçonnet, et le thème de l’exploitation de la mer, font diversion tout en s’intégrant bien à l’enquêter. Il n’y a rien à redire de la construction, bien faite, mais on ressent des longueurs. C’est surtout que les personnages, excepté Yukawa et le petit garçon, n’ont pas réussi à m’intéresser plus que ça.

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 18:01

Une existence tranquille A300

 

 

 

 

1990 édition originale

1995 Gallimard, 289 pages.

 

C’est le récit de Mâ âgée de vingt ans, elle dit avoir atteint sa majorité depuis peu.  Elle  relate sept mois passés à s’occuper de son frère handicapé Oeyore, avec l’aide épisodique d’autres personnes, en l’absence de ses parents. Son père est parti en Californie, comme écrivain en résidence, et sa femme l’a accompagné, car il avait besoin de son soutien moral.

 

Ce garçon handicapé âgé de 24 ans dans le roman, les lecteurs d’Ôé  le connaissent déjà, car il est au centre de son œuvre, à l’exception des premiers récits de l’auteur.  Aucun des membres de cette famille n’est un personnage fictif, même si l’on se doute que des détails ont été modifiés. Cela fait  bizarre  d’imaginer l’auteur en train de se mettre dans la peau d’une fille de vingt ans ( la sienne très probablement) pour écrire le récit.

 

Mâ aime énormément son frère, mais  à l’annonce du départ de ses parents, elle évoque son avenir où à son avis, elle devra se charger d’Eoyore, y compris lorsque ses parents ne pourront plus le faire, ce qui ne lui permettra pas de se marier… ces sept mois seront donc un avant-goût de son avenir.

Nous allons découvrir la personnalité riche et complexe de cette jeune fille.  Elle s’est sentie quelque peu handicapée comme son frère, et souffre d’un symptôme curieux qu’elle appelle «  la métamorphose en automate » lorsqu’elle est très contrariée. Cela ne l’empêche pas d’étudier la littérature française à l’université et de préparer un mémoire sur «  Rigodon » de Céline. Ce choix, on le verra, est relié au handicap de son frère.

 

A vrai dire, nous découvrons les efforts faits par les membre de cette famille pour résister à la situation "handicapante " générée par la vie (pas tranquille du tout, bien sûr!) aux côtés d'Eoyore,  tout en maintenant une forte empathie à son endroit.

 

Cette expérience de chef de famille est un vrai récit d’apprentissage. Au fur et à mesure des problèmes qui se posent, Mâ cherche des solutions dans la littérature, la théologie, le cinéma,  dans la fréquentation du professeur de musique d’Eoyore (le frère handicapé est également mélomane et compositeur) et de sa femme. Ses parents sont loin, mais elle communique d’autant mieux avec eux, par courrier essentiellement.J'ai bien aimé que le père et la fille se racontent leurs rêves, et se les interprètent.

 Ses relations avec son entourage évoluent, et certains épisodes difficiles de ces mois-là, notamment un enterrement au village de son père, de mauvaises rencontres, les crises de son frère, lui permettent de vivre mieux.

Ce roman ne possède pas réellement d’intrigue, mais il est vivant, intelligent, souvent humoristique, et l’on s’attache vraiment aux personnages. On est ému de "rencontrer", si j'ose dire, une famille dont les membres cherchent sincèrement à communiquer les uns avec les autres, et conquis par la richesse de leurs échanges. On est effrayé aussi d'imaginer la vie avec une personne handicapée, si bien , si concrètement rendue.

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 09:25

Oe-Kenzaburo-Le-Faste-Des-Morts-Livre-896640863 ML

 

 

Gallimard, nouvelles

 

 

Ces récits sont contemporains de «  Gibier d’élevage »,( 1958-62) et la toute première Le Faste des morts lança la carrière de l’auteur.

Un étudiant en Lettres se présente à la morgue de l’Institut médico-légal, où il s’est fait embaucher pour une journée. Il s’agit de transférer les vieux cadavres impropres à la dissection, d’une cuve où le liquide de conservation s’est détérioré, à une nouvelle cuve, mieux aseptisée. Chaque cadavre doit recevoir une nouvelle étiquette numérotée autour de sa cheville.

L’étudiant fait ce travail à cause de la rémunération censée être bonne. L’étudiante qui est également embauchée, espère se payer un avortement avec la somme gagnée.

Le récit relate cette journée pas comme les autres. Manipuler des cadavres et être en tête-à tête avec eux, toute une journée, c’est une expérience particulière éprouvante. Le faste est un titre qui paraît cynique. En fait, c’est lorsque un employé négligeant, laisse tomber un corps à terre, et que le gardien de l’Institut médico-légal le morigène de traiter ainsi ses pensionnaires, que l’employé négligent lâche «  Quel luxe pour les morts ! », reprenant ainsi le curieux adjectif du titre.

L’étudiant tente de se faire une représentation neuve, plus exacte, débarrassée des poncifs, du cadavre, et bien sûr de la mort ; après tout la mort est ce qui nous importe dans la vie. A l’aube de sa carrière, Oe vise déjà l’essentiel… pour ce faire, il décrit minutieusement ce qu’il voit, et ressent. L’hyperréalisme, les petits détails concrets de l’opération, voire du quotidien, se mêlent à un lyrisme étrange, à la limite du fantastique «  les morts murmuraient d’une voix lourde et grave dont les échos, multiples et entremêlés, étaient difficiles à distinguer. »

Bien sûr il s’agit d’une danse macabre : dans la cuve, les cadavres bougent, se touchent , se frottent, s’entrelacent » un des morts pivotant lentement plongea au fond du liquide, plongea au fond du liquide, l’épaule la première. Seul, son bras raidi émergea un moment, puis de nouveau le reste du corps remonta doucement à la surface. « 

La matérialité du cadavre, son poids, lui donne la dimension de « chose » que le vivant masque. Puis l’étudiant se met à dialoguer avec les morts ( en fait, il monologue et on le sait) ; il aborde aussi le sujet de la sexualité. Une très jeune morte, qui vient d’arriver sur la table de dissection, lui provoque des sensations…

Un texte d’une grande richesse, et d’une beauté singulière.

 

 

Le Ramier

Dans une maison de redressement, le narrateur est un adolescent délinquant parmi d’autres, enfermé pour expier des actes illégaux dont on ignore la teneur. «  Mais nous qui avions été arrêtés et fondus dans le moule criminel, avant même que notre forfait ne se retourne contre nous-mêmes avec le poids de l’événement, de quel crime pouvions-nous nous repentir ? … nous n’avions pas envie de nous approprier nos crimes comme un bien, au même titre que nos pantalons et nos chaussures »  Solidaires entre eux et pourtant soumis à l’autorité des aînés, notamment « le Marin »qui commande à toute la chambrée et s’est choisi un favori. Le soir au crépuscule, les jeunes ont le droit à un moment de liberté . Il leur arrive d’épier « le métis » fils adoptif du directeur, garçon plus jeune qu’eux, blanc et pâle aux yeux bleus.  Le métis va au collège, joue avec une chienne de race, a des activités personnelles. Cela leur rappelle qu’ils n’ont pas d’avenir «  déviés de la trajectoire de la croissance, isolé du reste des enfants qui eux grandissaient à l’extérieur, dépossédés de toute volonté de grandir… nous étions de jeunes vieillards qui n’avaient besoin d’aucun projet, qui ne souhaitaient devenir personne. »

Mais le narrateur va faire l’expérience de la culpabilité, à travers une série d’événements mineurs en apparence mais qui, pour ces garçons incarcérés, prend de l’importance, et va tourner mal.  Un chien bâtard va copuler avec la chienne racée du « métis » et se faire tuer par un des éducateurs. Les garçons répliquent en tuant la chienne, qu’ils balancent dans un canal qui court le long du mur et sert de décharge municipale. Ce canal, paysage peu ragoûtant, qu’ils contemplent si souvent… Une nuit, le narrateur escalade quelques murs, dans l’intention de s’emparer d’un pigeon ramier, élevé par le gardien du Centre. Arrivé à la cage, il trouve le « métis «  qui l’a devancé…

Une histoire qui peut paraître banale mais racontée de façon si juste, et aussi tellement désespérée que l’on s’y attarde longtemps. Cela tient à l’atmosphère bien rendue, la description soigneuse de ces lieux de désolation, les sentiments ambigus des garçons à l’égard du « métis » et la façon dont ce même garçon est à son tour affecté par la présence et les actes des jeunes détenus, et entraîné dans un processus qui le dépasse autant qu’eux…

 

 

Seventeen

Cette nouvelle met en scène un narrateur qui vient d’avoir ses dix-sept ans. Il se sent « mal dans sa peau » comme on dit et n’a pas de bonnes relations avec sa famille. Seule sa sœur se souvent de son anniversaire, mais c’est pour le railler. S’il reste si longtemps dans la salle de bain, c’est qu’ »il se saisit de sa propre chair ». Il n’a pas d’appui. Son frère aîné avec qui il partageait autrefois des activités, semble avoir sombré dans une sorte de dépression. Père et mère n’interviennent pas, on ne saura pas pourquoi. La sœur seule , semble avoir des idées politiques conservatrices, mais sans plus.

Le jeune homme est obnubilé par la masturbation. Sachant que cette pratique n’a rien d’inquiétant, il reste persuadé que c’est une tare, et  qu’il souffre de maladie.

Lorsque débute le récit, il est déjà violent au point de blesser sa sœur ; mais cela va empirer. Se sentant humilié par ses camarades de classe, et vulnérable, le garçon, dans le monologue qui nous est présenté, va se faire recruter par un organisme d’extrême-droite, l’Armée Impériale et en devenir l’un des membres les plus zélés et les plus dangereux. Au début du récit ce garçon n’est pas bête, et il a même assimilé des connaissances scolaires. Tout cela pour finir!! Ce récit dénonce la sottise et l’infantilisation de pensées voire le délire, qui caractérisent l’extrême-droite. La famille du garçon ne lui est d’aucune aide. Rien de neuf sur ces basculements adolescents dans une délinquance hélas autorisée , mais beaucoup de justesse dans la description du processus.

 

Ce serait intéressant de comparer ce récit avec l'"Enfance d'un chef"; le sujet est le même, et Oe a étudié la littérature française et fait une thèse sur Sartre.

 

Seventeen est paru dans la collection "Folio-deux euros" , vous pourriez le lire séparément. Personnellement je préfère les deux premiers récits...

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