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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 17:01

La Mère de Pearl Buck

Lu vers douze ans ; l'un de mes premiers livres " adultes".

Dans la Chine du milieu du vingtième siècle( pas de date mais on devine) une famille de paysans qui cultivent le riz et élèvent des poules.

La mère ( toujours désignée sous ce nom) est contente de son sort : concevoir, être enceinte , enfanter, sarcler dans les champs, s'occuper de nourrir enfants mari et vieille belle-mère, vivre au rythme des saisons. Le mari,au contraire, dépressif , part pour la ville et ne revient pas. La mère continue, le temps passe, elle a un amant, et la grossesse à faire passer comme sanction. Puis sa fille devient aveugle, son fils aîné se marie, une belle fille vient vivre avec eux, le plus jeune fils se fait décapiter : il militait activement en tant que communiste...

La façon dont vivent ces paysans est terrible : tout le monde partage le même lit, il n'est jamais question de faire d'ablutions, on ne change guère de vêtements, le soir on enlève ceux de dessus, et on les remet le matin. Ils ne mangent que du riz, quelquefois avec un peu de chou et un œuf dessus...

Il n'y a pas de nom dans ce livre ; on désigne la mère, le père le fils aîné, la fillette, la cousine, le fils cadet...

Après cette première lecture, j'ai lu au moins une dizaine d'autres Pearl Buck, en moins d'un an, avec des noms et des lieux plus déterminés.

Vitia Hessel Le Temps des parents

Mercure de France, 1969; Un roman que j’ai adoré à l’âge de seize ans. Ouh là là ! Ce que ça vieillit (le livre, surtout).

J'avais adoré ce roman. Je m'étais identifiée à cette adolescente de mon âge ( Nana ou Nathalie) , née juste après la guerre ,ses problèmes, son amie qui lui fait faux bond ( Renée) les garçons auxquels elle commence à s'intéresser. Son vécu au début des années 60 me convenait mieux que l'après 68, période où il fallait avoir obligatoirement un ou plusieurs copains et commencer à coucher, ou alors faire partie des petites filles modèles.

J'enviais aussi ces enfants nés dans un milieu intellectuel, le Lycée Fénelon, les études classiques, un avenir préservé du pire, entouré de gens, sinon vraiment cultivés, en tout cas instruits... Lorsqu'un enfant ( le garçon nommé JP) avait des symptômes de névrose gênants, on l'emmenait voir un psychanalyste. Cette personne l'écoutait et ne le menaçait pas de le faire interner. Même si la "fameuse Dame" n'était pas un génie et ne résolvait pas tous les problèmes, JP finissait par se sentir mieux. Les parents ne maltraitaient pas leurs enfants. Ils faisaient des erreurs, mais tâchaient de les rattraper. J'enviais même la grande fille "Dominique", dont le père avait disparu sans laisser de traces.

J'ai longtemps vécu avec ces personnages.Si malheureux, bien que reconnaissant par moments leur relatif bonheur.

Je revivais les scènes avec eux. Je rêvais de vivre dans un tel milieu.J'ai même utilisé les trois jeunes et le petit garçon (Jojo) dont il est question dans le récit, pour en faire des personnages d'un feuilleton personnel.

Vitia Hessel a été l'épouse de Stéphane Hessel, qui a fait fait parler de lui pendant quelques temps, pour ses prises de position politiques, pas neuves, mais pleines de bon sens. Elle est décédée bien avant lui.

D'où l'idée de relire ce roman, sûrement autobiographique. Je n'ai pu vraiment mettre à bien cette tâche; il a pris de l'âge, et moi aussi. Les personnages sont trop présents à mon esprit, trop ancrés dans une époque révolue, pour que je puisse le reprendre avec un œil neuf.

N'empêche je me demande si Stéphane Hessel est bien le "mari " ennuyé mais correct, décrit dans le roman,et qui peut bien être son ami Simon, alter-égo, l'époux de Diane , le disparu, jetant le trouble dans la famille.

l'homme décrit dans le Temps des parents,pratique le même métier qu'Hessel, au début des années 60, et sa position politique "mendésiste" est semblable. On y parle abondamment de la guerre d'Algérie, cela s'achève ou presque, sur Charonne. L'homme du roman ne fut pas,en tout cas, un rédacteur de la charte des droits de l'homme, bien qu'il y ait participé.

Mais franchement je n'arrive pas bien à le relire!

De ces livre que l'on a lu très jeunes et avec lesquels " on a vécu", demeure l'impression étrange qu'ils n'existent que dans cette époque révolue, quoique encore présente à l'esprit. Les lignes que l'on a devant les yeux ne parviennent pas à signifier quelque chose pour le contexte présent.

Je ressens la même chose pour Vendredi ou les limbes du Pacifique de Tournier. L'ayant lu jeune, et relu plusieurs fois avec passion, chaque fois que je veux le reprendre, je ne sais quoi en penser.

Le Lys de Brooklyn de Betty Smith ;***

Lu et relu entre 1965 et 1968 sur le vieil exemplaire sorti du grenier par ma grand-mère.

46 ans plus tard Belfond le réédite !

Je n’avais pas oublié grand-chose de cette histoire ( au début du vingtième siècle, dans un quartier pauvre de Brooklyn, l’histoire de Francie Nolan de 11 à 17 ans et des flash-back) évidemment, je n’éprouve pas la même chose qu’avant. Pour moi, à présent, C’est un roman populaire, de bonne facture, sans style particulier. Le récit d’apprentissage de l’héroïne reste intéressant en dépit de facilités sentimentales et d’un peu de misérabilisme. J’aime bien le passage où Francie entre en conflit avec son institutrice parce qu’elle a abandonné les rédactions pleines de jolis récits et de détails « bourgeois » pour écrire ses « histoires de papa ». En mémoire de son père, décédé tôt, chanteur de cabaret sous-employé, barman et alcoolique, elle commence à décrire son existence d’artiste frustré de père pauvre et aimant quoique malhabile et sans ressources ; elle en vient à décrire la vie des familles nécessiteuses comme la sienne : l’institutrice lui met de mauvaises notes : on ne doit pas parler de ces choses-là ! Et Francie résiste, et pour finir cesse de remettre ses rédactions et brûle les trucs complaisants qu’elle écrivait autrefois.

Relectures partielles
Relectures partielles
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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 14:45

 

C'est un tag  que j'ai trouvé chez Keisha et que je m'attribue... répondre à quelques questions sur ses pratiques de lecture et en rajouter une.



-Plutôt corne ou marque page?

Marque page. J'en possède une cinquantaine.


. As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?

Je me souviens du livre «  Ce monde où nous vivons » que j'ai reçu en cadeau étant petite avec de nombreuses illustrations, et des textes sur les étoiles, les pays, les mers les fleuves les animaux, et même quelques hommes ici ou là. Il m'avait fait grande impression. Ainsi que le Petit Larousse (de 1961, je l'ai toujours). Et plus tard le Dictionnaire d'histoire universelle de Michel Mourre en deux volumes.   

Il ya aussi le Dictionnaire des mythologies d'Yves Bonnefoy, très bien illustré, que m'a offert mon conjoint en 1981. Le dictionnaire thématique des littératures de Jacques Demougin chez Larousse...



. Lis-tu dans ton bain? Non, depuis que j'ai failli noyer Robinson, ça m'a douchée.


. As-tu déjà pensé à écrire un livre?   J'ai écrit beaucoup de récits, courts, moyens, et longs. Je n'ai pas eu de vrais lecteurs. A présent, j'écris encore  mon journal, au stylo, sur papier. Il ne faut pas perdre l'habitude d' écrire, de former des phrases, sans quoi l'on régresse trop vite. 


. Que penses-tu des séries de plusieurs tomes? J'en viens rarement à bout.

Cependant, je me souviens d'avoir lu Les Thibaud de Martin du Gard en entier.


  As-tu un livre culte? Une trentaine.


Aimes-tu relire?

Oui. Chaque fois que je relis un livre, ce n'est plus tout à fait le même, parfois plus du tout. La lecture que l'on fait d'un livre dépend en partie des circonstances dans lesquelles on l'a lu la dernière fois.


  Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu'on a aimés?

Je n'ai pas eu cette occasion. 



Aimes-tu parler de tes lectures?

En principe, oui.


Comment choisis tu tes livres?  Je feuillette la presse écrite et du Net, je lis des blogs. Parfois j'achète un livre d'un auteur que j'apprécie déjà, sans avoir lu de critique. Je n'achète presque jamais au vu  de la couverture et du titre … il n’y a pas de titres qui me font vraiment envie, en revanche il en est qui me font fuir ! Je me méfie des titres mélo ou racoleurs ou populistes :quoi qu’on m’en dise je ne lirai jamais un livre s’intitulant «  Et Nietzsche a pleuré » ou «  les Mensonges du divan », je doute qu’un auteur cherchant à allécher avec de tels titres, puisse me plaire…

...je n'achète pas non plus le livre d’un auteur dont je n'ai pas entendu parler (en bien, de préférence...).

Pourtant, il m’arrive d’acheter des romans dont je me doute qu’ils sont mauvais. De temps en temps j’aime lire de mauvais livres.


Une lecture inavouable?

Qu'est-ce qu'une lecture inavouable ?

Du porno ?

Non, je n'en ai jamais lu.


Des romans roses ?

Oui j'en ai lu un, une fois, que j'ai trouvé dans un rouleau de sopalin(en cadeau) : un J'ai Lu collection «  Flamme ». J'ai noté tous les clichés. C'était marrant.


Pendant longtemps j'ai estimé qu'aucune lecture n'était inavouable... grave erreur !


J'ai eu beaucoup d'ennuis avec ma mère, lorsqu'elle découvrit le « Festin nu «  de Burroughs sur ma table de chevet.

A 15 ans, j'ai perdu une amie de classe à cause de ma lecture d'Edgar Poe qu'elle jugeait malsain.

Des proches ont été choqués autrefois que je lise   « Querelle de Brest «  de Genet. Une... querelle pénible s'en est suivie, au cours de laquelle j'ai voulu justifier que l'on puisse lire Genet  par intérêt esthétique, et que la morale n'avait rien à voir avec ça.


Mais plus tard, avec d'autres proches, j'ai boudé Sade, je ne lui ai trouvé aucun style, et pire, aucun esprit révolutionnaire, et l'on m'a  trouvée sotte. J'ai perdu des copains, pour le coup !


J'ai compris qu'il fallait non seulement cacher certaines de ses lectures, mais également bien des non-lectures....


Maintenant j'ai beaucoup de lectures (et de non-lectures) inavouables. Je me vois mal justifier que je lis des ouvrages de psychanalyse ou de philosophie souvent considérés comme chiants ou immoraux auprès de bien des gens de mon entourage.

Il n'est pas bien vu de lire la Bible avec certaines personnes. On passe pour un cul-bénit alors qu'on est seulement agnostique.

J'ai lu «  La Vie sexuelle de Catherine M. » à la cafétéria de la Fnac, en plusieurs fois, et je ne m'en suis pas vantée. J'ai réussi à le chroniquer sur le blog, mais je l'ai antidaté.


On  est considéré comme analphabète auprès de certains puristes si on lit des romans psychologiques traditionnels et des romans à énigmes...

Mais... d'autres gens, si vous lisez quelques auteurs «  Minuit », vous catalogueront comme un bonnet de (Mi) nuit....

Pour les clercs,  je ne lis pas assez de bons auteurs vraiment expérimentaux ;  pour d'autres sensibilités, je lis surtout des trucs chiants.


La vie de lectrice, c'est cool, mais la vie sociale c'est bien compliqué...



  Des endroits préférés pour lire?  Lorsque j'étais petite, à la mer, je montais dans un arbre assez haut  grâce à  beaucoup de branches basses.  Je lisais donc dans un arbre comme le Baron perché, et ce sont mes meilleurs souvenirs de lecture.


J'ai dû redescendre....

 

Un livre idéal pour toi serait:  

Un livre que l'on a lu depuis dix ans au moins, dont on relit des passages tous les ans avec plaisir, et auquel on pense spontanément au moins une fois la semaine.

Mais j'aime bien aussi la formule d'Ionesco «  Un beau livre c'est celui qui sème à foison des points d'interrogation »

 


. Lire par dessus l'épaule? Non.


  Télé, jeux vidéos ou livre:


Je n'ai que TF1, F2, FR3, et Arte. Je la regarde une fois la semaine, s'il y a un film intéressant que je n'ai jamais vu encore.

Une émission parfois ; J'ai regardé Arte sur Lévi-Strauss le 28 novembre. C'était ma dernière «  télé ».

Je n'ai jamais joué à un jeu vidéo. Je n'ai pas l'intention de m'y mettre.


  Lire et manger?

Lire et boire : du thé ou du café. Parfois un bonbon Ricola au citron ou un carré de chocolat noir. Une tartine... Au petit déjeuner je lis aussi, mais un journal, pas de livre.


Lecture en musique, en silence, peu importe?

En silence. Lorsqu'on lit, on  ne veut pas être dérangé...


- Lire un livre électronique ?  

C'est pratique d'avoir des textes consultables sur l'ordi et ça ne tient pas de place.

Mais je ne suis pas habituée aux écrans tactiles, je n'aime pas être obligée de télécharger tout le temps des fichiers, je  n'aime pas devoir m'enregistrer ici ou là, donner un mot de passe...

 Je suis attachée au livre en tant qu'objet : un livre est fait pour être en papier, encre, cuir ou métal s'il y a une belle reliure.... On aime le voir et le toucher.


-Le livre vous tombe des mains : aller jusqu'au bout ou pas?


Si l'on a promis à quelqu'un de le lire, oui. 


La question en plus



  -Quel genre de livres ne lisez-vous pas ?


 En fiction, je ne lis pas :

 La SF, la fantasy, le roman sentimental, le roman régional, le roman érotique,  le roman de guerre, le roman d'espionnage, les utopies ... et  la littérature expérimentale, pas beaucoup.Les livres de voyage pas tellement on plus.

Autrefois j'aimais la Science fiction comme littérature dite " de genre". Vers trente ans, je me suis mise au roman policier, et j'ai délaissé la science fiction. Depuis j'ai presque tout oublié de ces lectures...

 

Pour les documentaires, je ne lis pas :

D'ouvrages portant sur les sciences exactes et appliquées, la géophysique, la géopolitique, les sciences occultes, le droit, le « développement personnel »,  la musique, la gestion, l'économie, l'informatique ... 

Je ne lis plus guère de philo, et rarement des essais politiques.

 C'est bien dommage mais je ne lis pas de tout, loin de là ! Et vous ?




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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 12:37

J’ai été taguée par Socrate : l’homme qui a dit  « Connais-toi toi-même ».  

 

 

 À propos de livres : des llivres vraiment très spéciaux pour moi ....


1) Le livre que j’ai volé : une bible ( The Holy Bible, Giddeon »)  dans un B&B à Lymington en  juillet 1974.


2) Le livre que j’ai acheté le plus cher : « Saturne et la mélancolie » d’Erwin Panofsky et Raymond Klibanski,  Gallimard, 750 F. en  1995.


3) Le livre que je n’ai jamais rendu à son auteure et propriétaire : «  Les Prisons de  César » d’Anne Cauquelin, Seuil,  que je détiens depuis mai1981.


4) Le livre que, de rage, j’ai jeté par la fenêtre ouverte, un jour de printemps 1973 : «  Junkie » de William Burroughs.


5) le livre qui m’a donné la nausée : «  Cosmos » de Witold Gombrowicz, Folio, en 2005.


6) le livre que j’ai essayé de manger : «  Le Marché : premières images », éditions Cocorico en 1955. Ce sont des livres en tissus.

 

7 )Le livre qui est tombé dans l'eau : Vendredi ou les limbes du Pacifiques de Tournier. Il existe toujours il a séché...


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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 20:22

poussi--re.jpgJ'ai treize ans  ( 1 966)  ma mère me met entre les mains «  Poussière » de Rosamond Lehmann, un roman qu’elle a lu dans sa jeunesse et vraiment apprécié.

Nous voici  dans la campagne anglaise, par-dessus le mur d’en face dans une grande propriété où Judith, l’héroïne, joue avec ses cousins (ou/ et amis) et les séduit tous : il y en a quatre ou cinq peut-être davantage et un arbre fruitier qui est peut-être un cerisier. On échange des serments. Quelque temps après cet été mémorable, elle part dans un internat et séduit au moins deux pensionnaires : l’une est qualifiée de réellement dépravée, mais elle l’observe de loin, avec la seconde elle partage des sentiment exaltés. Je me rappelle une scène de nu : l’amie de Judith (peut-être Jennifer ?) la moins dépravée se baigne nue dans la Tamise sous le regard de Judith, qui récite des vers et se promet de ne pas faire le mal.
Quelques années encore et elle retrouve ses cousins ; certains sont à présent indisponibles pour cause de décès dus à la guerre et à la maladie ; avec les autres aucun lien conjugal ne se noue.
On échange des lettres, des rendez-vous se donnent où l’on se promet d’en rester là, puis c’est la belle Jennifer qui sollicite une entrevue : heureusement, elle a posé un lapin car Judith était prête à tout !
Lorsque je replace le livre sur l’étagère, ma mère me demande ce que j’en pense : j’ai la sensation d’avoir lu un livre interdit puisqu’il y est question d’amitiés «  anormales » entre filles ; ma mère l’a lu avant moi ; elle me l’a sans doute conseillé pour tester ma probité. J’aurai dû, au milieu du livre, dès qu’il est question des amies d’internat, lui rendre son bien,à ma mère,  en lui disant,  la mine choquée, que je n’irai pas plus loin ; puis demander timidement des explications sur ce qui se passe d’ »anormal » dans ce récit, et  terminer le livre  tout de même  non sans   prétendre n’avoir  pas très bien compris,
m’indigner vertueusement…
mais je ne sais pas y faire je ne dis rien, je me tais, définitivement coupable à ses yeux.

Note : "Poussière" a été réédité chez Phébus il y a un an ou deux. 

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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 10:24

torrents1938-2.jpgPour me distraire des affres de la Parure, je me lançai dans un roman fleuve de haut débit « Torrents », dont j'ai oublié l'auteur, qui contait l’histoire d’Ida Macalpine, aînée de quatre filles à Amsterdam, pauvre, mal faite, charpentée, le cheveu rêche, le visage terne, plate et fade. Toutes quatre sont dentellières ; Ida réussit à marier ses deux jeunes sœurs pas vilaines, qui portent des noms étonnants que je n’ai pas oubliés : Neetlje et Daatlje.
Pour assurer son avenir personnel, elle répond à une annonce : un ingénieur cherche à se marier au plus vite.
Le prétendant, Ian, évidemment blond, et de look néerlandais-viking, est beaucoup trop bien pour elle, miracle empoisonné, et l’épouse aussitôt, elle ne veut pas imaginer pourquoi, puis l’emmène sous les tropiques… trop près du Gange.
La voilà sortie du ruisseau mais à quel prix ( ?)
la raison du mariage je l’ai oubliée, et ne sachant le nom de l’auteur, je n’ai pas retrouvé ce livre.
La pauvre Ida, devenue une bourgeoise, loin de ses canaux, doit supporter les maîtresses de son époux, dont une ancienne favorite, Sigrid ( un nom fascinant) que Ian poursuit, traque, retrouve et perd encore, devant une cascade en Suède.
Retour en Inde, une voisine qui connaît la magie menace Ida, qui en outre continue à endurer la jalousie morbide de Ian  avec qui toutes ces belles dames n’ont pu vivre, le deuil d’un enfant qu’elle avait réussi à avoir de lui, Nils, ( un nom qui m’est resté cher) et qui s’empoisonne en buvant l’eau d’une mare, la répudiation par le mari pour cause de fausse dénonciation, la fuite dans une forêt vierge, la perte d’un autre enfant qu’elle portait, puis le plongeon fatal ( fœtal ?) dans sa bonne vieille mer du Nord retrouvée, du haut d’un bateau qui la ramenait chez elle, alors qu’un inconnu lit le manuscrit de ses épreuves qu’elle lui avait confié.
Ce n'était pas un roman "rose" ni "noir" mais un mélodrame poussif.
Malgré tout j'ai bien compris à l'époque,( 12-13 ans) qu' Ida était une femme sur qui les hommes ne fantasment pas.
Du moins n'éprouvent-ils pas à son égard, ce type de fantasme distingué qui en conduit certains à désigner une femme comme séduisante, désirable, susceptible d'être aimée.
Elle pouvait se faire violer, sauter, ou/et faire un mariage de raison. Rien d'autre.

Ma mère chuchotait quelquefois à mon beau-père " qu'est-ce qu'on fera d'elle?"
il répondait " Toute grenouille trouve son crapaud... ou son bénitier."


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1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 14:40

La-Parure-2.JPGJ’ai lu sur Télérama que l’on allait diffuser des téléfilms tirés de nouvelles de Maupassant dont « La Parure ».

J’espérais ne plus jamais entendre parler de ce bijou tant il m’a choquée, à l’aube de la puberté, lorsque j’emménageai dans la Chambre Rose.


Cette chambre était une petite pièce réservée aux visiteurs dans la maison de campagne de mes grands parents, leur résidence principale.

Personne ne s’y rendait sauf leur femme de ménage. J’y fus admise parce que j’étais subitement devenue trop grande pour dormir avec les plus jeunes.

La chambre rose possédait une étagère remplie de livres stationnés là depuis longtemps. Je m'effrayai d’un titre « La Peau de chagrin », supposant que le chagrin pouvait engendrer une maladie de peau qui devait ressembler à la lèpre, à des écailles comme certains monstres, ou à des piques de hérisson ; une telle chose risquait de m’arriver parce que j’étais toujours triste.

Je n’osais même pas toucher le livre.

Le volume qui suivait renfermait des nouvelles de Maupassant, un vieux livre en ruines à la couverture sans illustration.

A douze ans, « la Parure » me fut un exemple qu’on ne peut décidément rien attendre de la vie.

Rappelons qu’il s’agit d’une jeune femme de condition modeste invitée dans une soirée mondaine (invitation qu’elle a dû gagner à une loterie quelconque), qui emprunte à une amie plus riche une rivière de diamants qu’elle perd.

Terrifiée, elle rachète le même bijou, mais n’ayant pas d’économie, elle travaille à des tâches pénibles pendant dix ans pour rembourser, son mari se voyant entraîné dans cette aventure dégradante.

Au bout d’une décennie, ayant perdu son temps et sa santé, elle tire fierté d’avouer à son amie qu’elle paye depuis dix ans pour le rachat du bijou, apprenant par-là que celui-ci était faux et aussi comment a-t-elle pu penser un seul instant que cette amie lui avait prêté un bijou d’une telle valeur ?

Certaines personnes payent leur vie durant pour des fautes qu’elles n’ont pas commises, pour faire la fortune des autres sans le savoir, et apprennent un jour qu’elles ont payé en vain, croient des amitiés qui ne sont que du semblant.
Ce que l’on vous donne est toujours faux…

 

 

Voici  Cécile de France dans la Parure ( télfilm) excellente!

La Parure cecile-france-236300


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3 janvier 2007 3 03 /01 /janvier /2007 18:09

Vendredi 8 décembre, à Concarneau, sous la brume,  nous sommes entrés dans la ville close suivre une avenue Vauban ; un vieil homme sur le seuil d’une brasserie dit à mon compagnon

 «  Reste ici mon gars, ne galope pas plus loin tout est fermé ! »

 Son discours nous a fait rire et l’on est entré pour déjeuner  dans son auberge.

 On a commandé le menu le moins cher, une formule à onze euros, poisson garniture de légumes, un verre de vin.


En face de moi à quelques mètres un bébé d’environ un an mangeait une tranche de pain. Je lui ai fait des signes approbateurs il a souri et s’est attaqué au pain avec une ardeur renouvelée. Comme il était  sympathique de s’intéresser à mes manigances ! J’ai fait des gestes et des mimiques faussement fâchées et attristées destinées à lui faire comprendre que je jalousais son repas. Il s’est arrêté de manger, perplexe, puis inquiet, et m’a tendu sa tartine à bout de bras ; j’ai  repris une expression de contentement et il a recommencé  à manger. Plusieurs fois j’ai joué le jeu, l’obligeant en somme à répéter le même manège avec beaucoup de zèle,  puis j’ai obtenu à mon tour du pain, la serveuse venait d’apporter une corbeille. J’ai brandi ma tranche dans sa direction d’un air de triomphe. Le bébé s’est enthousiasmé à son tour et a dévoré sa tartine.


Cependant je pensais à cette nouvelle que j’ai lu, il y longtemps dans l’Anthologie du Fantastique de Roger Caillois. Le texte intitulé  " l’Araignée », version française de la nouvelle du romancier allemand Heinz Ewers,  raconte l’histoire d’une chambre maudite où les locataires se suicident tous dans les quinze jours suivant leur emménagement ; ils voient une  belle et souriante   Gretchen aux longues tresses à la fenêtre d’en face faire des gestes et des mimiques dans leur direction et cherchent à les interpréter puis comprennent qu’elle mime des actions,  d’abord insignifiantes,  qu’il exécutent  par jeu, puis plongés dans un état de fascination dont ils ne peuvent sortir. Pour finir elle mime une pendaison à la fenêtre à l’aide du cordon des rideaux et ils se résignent à acccomplir legeste fatal, non sans avoir fait un tour dans l’immeuble d’en face, et vérifié qu’il n’y avait personne dans cet appartement où pourtant ils continuent de voir cette fille à la fenêtre dès qu’ils sont rentrés chez eux.

   Lorsque le pendu est découvert, une grosse araignée émerge de l’étoffe du rideau. Le texte  se présente sous la forme d’un journal tenu par le dernier infortuné locataire qui s’était justement installé là pour enquêter sur cette étrange épidémie de suicides…

Cette « Araignée », qui symbolise la mort chez Les Parques, Roland Topor l’a reprise  (devrait-on dire qu’il l’a plus ou moins plagiée ?) dans le « Locataire » et Roman Polanski en a fait un film qui porte le même titre ; il tient lui-même  le rôle du dernier locataire et la scène se déroule à Paris, cette fois!


  Les repas sont déposés sur la table : une darne de saumon un steak au thon, grillés, du riz des épinards, des carottes et de la laitue avec un verre de vin rouge.

 J’ai oublié le bébé.
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Published by Dominique Poursin - dans Des livres pas comme les autres
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19 février 2006 7 19 /02 /février /2006 17:51

Maldoror-3.jpgC'est en printemps 1970 que j'entendis parler de Lautéamont pour la première fois.

Richard, un peintre qui traînait dans les parages du lycée, cherchant une fille ou de l'inspiration,  faisait un peu de théâtre dans un but plus ou moins thérapeutique.

Le lycée possédait une salle de spectacle, pour que les élèves fréquentant le Conservatoire de musique, puissent y jouer entre les cours. D'ailleurs, un concert avait lieu tous les ans.

Richard y déclama une page des Chants de Maldoror, un jour de mai ou juin.

 

 

En 1970 Maldoror était très tendance... Lautréamont était mort depuis un siècle exactement, et on le relançait.


Marcellin Pleynet sortit un Lautréamont par-lui-même, que, par la suite,  je devais presque apprendre par coeur, dans la collection " Ecrivains de toujours" ( qui, je crois n'existe plus, dommage...)


Je me hâtai de me procurer ce poème épique en prose  auquel le Lagarde et Michard consacrait trois lignes pour le qualifier de «  romantique flamboyant » et, chaque fois que Richard était en vue, je sortais mon texte ; parfois je feignais de me plonger dans la lecture ; je lisais une page, toujours la même :
« Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux vomissent en me regardant… les croûtes et les escarres de la lèpre ont détruit ma peau couverte de pus jaunâtre. Je ne connais ni la rosée de l’aube ni l’eau des fontaines et des fleuves… sur ma nuque pousse un énorme champignon… 

Il me semble aujourd’hui que si je lisais toujours ce même extrait du chant 4, c’est que je pensais à mon grand-père et à ce qu’il était devenu (son décès remontait à deux mois environ).

 A cette époque je n’en avais pas conscience.

 


L'écriture violenteet tumultueuse de Lautréamont me plaisait. Le personnage du vampire, je croyais déjà bien le connaître: les personnes que je rencontrais étaient soit indifférentes, fuyantes, insaisissables, soit vampiriques, prêtes à envahir et à pourrir mon existence : ma mère en était l’exemple type. Elle avait été ma toute première société. Le vampirisme était sa façon de simuler le contact avec moi.

 

  L’on peut vivre longtemps avec un vampire sans s’en apercevoir le moins du monde. Nous ne pouvons croire qu’une créature aussi pathétique, intelligente, terrifiante, que par exemple, Maldoror, puisse partager notre existence et nous sucer subrepticement le sang au jour le jour.

 Nous ne le reconnaîtrons qu’incidemment parce qu’une telle créature, si elle réussit à faire partie de nos intimes, est protégée d’un éventuel dévoilement par la banalité que lui confère la promiscuité avec sa victime, et son cortège de répétitions d’ennui et d’habitudes.


 Ajoutez à cela, que, toujours en pleine confusion, le vampire est à lui-même sa propre victime, et que vous ne savez pas à l’avance quel rôle il va vous faire jouer aujourd’hui. Voudra- t-il être la victime ou le bourreau ? C’est comme ça l’arrange et si vous ne jouez pas son jeu… il sait comment vous mettre en difficulté.

Lorsqu'il n'a plus prise sur vous, lorsqu'il n'aime plus votre sang, il se répand en menaces, avant de chercher un autre partenaire. Et il rejoint le cortèges des gens indifférents. 

 

S'il cherche un autre partenaire, vous n'avez plus qu'à coucher sous les ponts. A moins que vous ne réussissiez à gagner votre vie. En principe, tout le monde y parvient. Dans certains cas, ça se révèle impossible.

 

     Bien souvent, dans la lecture,  l’adolescent lecteur s’identifie à Maldoror.

Il est terrifié et ému, lorsque à la fin du chant 5, le souvenir du crime qu’il avait peut-être accompli lui apparaît dans une séquence narrative  qui est censée représenter la vérité de ce qui le tourmentait depuis le début ; la vérité, ou sa représentation la plus explicite.

Nous comprenons que tout ce qui a précédé c’était des essais plus ou moins réussis pour se souvenir…

 Le vampire est invité à se réveiller une fois pour toute :
«  Réveille-toi Maldoror, le charme qui a pesé sur toi se dissipe… »

  Avec cette voix impérieuse, ironique, faussement solennelle, et douce aussi, celle du narrateur, une voix que l’on entend en silence.

Il se réveille comme il lui a été commandé,  va boire un peu d’eau à la carafe et s’adosse  au rebord de la cheminée
.


 On croit qu’il peut supporter l’aurore et qu’il est devenu un homme. En réalité, le chant 6 qui débute juste après montre l’ex-vampire reparti pour de nouvelles aventures plutôt moins intéressantes que les précédentes.


Lautréamont aussi. Il change de style, commence à écrire des aphorismes plus ou moins intéressants…puis le voilà mort à son tour.

Moralité : lorsque vous écrivez, n’abandonnez pas votre fantasme, ne l’usez pas , ne le développez pas jusqu’au bout, sinon vous risquez de tomber en panne sèche

 

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Published by Dominique Poursin - dans Des livres pas comme les autres
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