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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 11:37

Gallimard, 2016, 255 pages.

 

Peter Gundlach homme d’affaire fortuné, et Karl Schmidt peintre jouissant d’une certaine notoriété, se sont disputé Irene, femme entre deux hommes, jouissant d’une fortune personnelle, dans les années 70 . Ils se la disputaient à travers le tableau de Karl représentant Irene, « La femme sur l’escalier » inspiré du Nu sur l’escalier de Gerhard Richter.

 

Il y avait un outsider, notre narrateur, jeune avocat amoureux d’Irene. Il l’a aidée à s’enfuir, avec son tableau, échappant à ses deux amants. Il croyait qu’Irene et lui s’apprêtaient à vivre le grand amour mais elle s’est évanouie dans la nature…la vie reprend le dessus et l’amoureux se marie, a des enfants, perd son épouse. Sans oublier le moins du monde.

Quarante ans plus tard, séjournant en Australie, il revoit le tableau au musée des Beaux-Arts. Et se met à rechercher Irene. Pour la revoir ? Lui demander des comptes ? Il ne sait trop.

Il va découvrir une Irene très différente de son souvenir, dans un cadre complètement différent, une petite île au large de la côte...

Pour tout dire, cette fin que je ne dévoile pas,  est trop romantique à mon goût. La première partie, plus ambiguë , laissait espérer autre chose. Le tableau  dont s'est inspiré le romancier n'est pas mal. Dans la dernière partie, il continue à  jouer un rôle: était-ce Irene qui avait de l'importance pour ces deux amants, ou le tableau? 

le narrateur, lui,  sera appelé à la connaître vraiment, et saura qu'elle n'a rien à voir avec l'art, ni avec la séduction...

 

 

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 18:35

Christian Bourgois, 1999, 179 pages.

Le narrateur est écrivain, vit d' écrits de commande, des documentaires sur divers sujets : en ce moment, il doit écrire sur l’histoire des chemins de fer, l’ingénieur Pullman, et ça l’intéresse moyen. Il se passionne pour une grève de cheminots, et reste un peu coincé là, peu enclin à achever son livre. A la bibliothèque, il rencontre Agnès, qui finit une thèse de physique sur les cristaux et leur symétrie.

Ils se plaisent, et débutent une liaison. Tout de suite, des obstacles se mettent entre eux. Agnès est hantée par la mort. Lui voudrait écrire de la fiction. Il commence à rédiger son « histoire avec Agnès » et elle l’encourage à continuer un peu comme si la durée de leur liaison et sa réussite dépendait de leur histoire écrite par lui, donc d’un ouvrage de fiction ; Agnès se retrouve enceinte, le narrateur ne veut pas d’enfant...

c'est un roman d'introspection, et aussi d'atmosphère. Une atmosphère lourde de sous-entendus qu'on peut comprendre diversement. Ce récit ressemble un peu au Portrait Ovale d’Edgar Poe : la jeune femme ne supporte pas bien la mise en fiction de la relation par son compagnon. Et pourtant, c’est elle qui l’y a encouragé. Elle croit au pouvoir suggestif de la création littéraire ; si le jeune homme écrit une histoire qui tourne bien, la réalité devrait suivre. Mais le conjoint écrit selon sa conviction profonde…

Attachants, complexes,  les personnages gardent leur part de mystère,  l'ensemble du texte est plein d'une poésie retenue. Après avoir tourné la dernière page vous y penserez encore longtemps. 

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 00:02

Das Besondere Gedächtnis der Rosa Masur

Métailié, 2016, 410 pages.

« Si l’ennemi s’incruste dans ton âme, tu es perdu , sauf si tu réussis à geler ton âme »

Dans une petite ville d’Allemagne, Gigricht, une famille russe a récemment émigré ; nous sommes à la fin du 20 eme siècle ; Rosa a 92 ans , elle vit avec son fils et se belle-fille sexagénaires. Son petit fils déjà installé dans cette ville depuis un certain temps a influencé leur migration.

Dans un souci d’intégrer les étrangers la municipalité invite tous ceux qui viennent d’ailleurs à raconter leur histoire : le meilleur récit sera primé et gratifié de 5000 marks. Rosa a décidé de participer –et de gagner, car elle a besoin de cet argent ; elle veut que son fils puisse aller passer quelques jours à Aix en Provence- pour lui c’est le paradis. Et son fils a toujours eu beaucoup de problèmes dont elle se sent-à tort-responsable.

Rosa va donc se faire interviewer, mais cela ne suffira pas ; d’autres Juifs russes émigrés ont leur histoire à raconter ; pour être sélectionnée, elle produit un document extraordinaire qui suscite la curiosité de ceux qui préparent l’interview.

C’est toute la vie de Rosa qui va se dérouler dans ce récit, une vie qui débute en 1907 dans la petit village de Vitchi en Biélorussie. La famille est pauvre, Juive, et en butte à des persécutions : l’histoire de ces persécutions ( plus ou moins forte suivant les gouvernements, et les hasards) et la façon d’y résister sont une des composantes majeures de l’histoire.

Mais il y a aussi tous les événements qui sont le lot de ce sinistre vingtième siècle : chute du tsarisme, mise en place de la Russie soviétique, première guerre mondiale, occupation nazie, stalinisme… et leurs répercussions sur la vie de Rosa ses parents, la famille qu’elle fonde, ses diverses occupations professionnelles, ses relations, son amie Macha restée présente par delà la mort…

Car Rosa va partir à Leningrad, jeune encore et pleine d’espoir : sous Lénine, les femmes travaillent et étudient. D’autres obstacles l’attendent. Sa vie mouvementée, les moments difficiles tels que le siège de Leningrad, reflètent bien les problèmes sociaux et politiques de l’époque, en même temps ils mettent en scène de façon vivante un destin et une expérience individuelle.

Tout cela est très impressionnant, et l’on reste admiratif de ce que Rosa a pu vivre et de tout ce qu’elle a surmonté.

Rosa nous laisse à penser que certains événements qu’elle narre sont fictifs, sans nous dire lesquels, à nous de faire la part des choses. On n'a guère de mal à imaginer ce qui est fictif. Je trouve d’ailleurs que Rosa force un peu le trait, au risque de faire apparaître certains éléments de son récit comme caricaturaux.

Le récit ne manque pas d'humour, discret, mais souvent très noir, d'autres parties sont empreintes d'une forte tension dramatique, ou de mélancolie.

Vraiment un récit très fort.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 09:43

Grasset, 2006, traduit de l’allemand par Nicole Casanova

Le narrateur, Léo Brenner, de Berlin, est avocat aux divorces et a épousé une de ses clientes, Lucynna , d’origine polonaise, archéologue de plongée , fraîchement séparée de son mari un autre archéologue, son professeur.

Elle a également renoncé à son métier pour lequel elle était passionnée cependant. Ils ont une petite fille de 3 ans, Lara, et voyagent en Italie : dans la région historique du Latium, au sud de Rome, ils achètent un terrain sur une colline face à la mer et y font bâtir une maison. Lucynna est persuadée que sous le terrain se trouvent des vestiges d’un demeure romaine. Elle se passionne aussi pour la grotte de Tibère vue au musée de la ville de F. , et à tout ce qui concerne ce pourtant peu ragoûtant empereur et les fêtes lubriques qu’il donnait soi-disant dans une grotte ; en même temps, la jeune femme découvre une pierre plate sur laquelle est gravée une mosaïque représentant le monstre marin Scylla ( cette belle nymphe transformée en monstre par Circé) engloutissant les compagnons d’Ulysse grâce aux chiens hurlants qui sortent de son bas-ventre.

On apprend qu’une sculpture en morceaux représentant la scène a été trouvée dans les environ. Au moins deux sculpteurs tentent de faire une copie correcte d l’original qu’on ne peut reconstituer qu’en partie.

La mosaïque découverte par Lucynna représente le dessin de l’original , elle en est sûre…

Le récit ressemble à un parcours d'obstacles de Léo pour triompher de problèmes pratique, les difficultés rencontrées par Léo pour faire bâtir une maison correcte, les escroqueries des différents entrepreneurs,de son passé d'étudiant, et des inquiétants fantasmes de son épouse.

Un conflit va l’opposer à un ancien Imprimeur Stiglitz, qui l’a connu au temps de la bande à Baader et de Rudi Duschtke. Léo était gauchiste à l’époque, et parlait souvent dans des meetings il a beaucoup de mal à se souvenir de Stiglitz encore plus à raisonner ce type à moitié fou.

L’esprit dérangé, Lucynna l’a aussi : elle oublie de temps à autre son mari et sa fille, pour se plus s’occuper que de Tibère et de Scylla, semble parfois changer de personnalité...

Cette histoire est bien écrite bien traduite, on aime cette plongée dans la mythologie et l’histoire romaine : on s’intéresse à Scylla, aux diverses interprétations du mythe, et même à ce sinistre Tibère. Le narrateur nous donne aussi à réfléchir sur le parti qu'on peut tirer (ou pas) de l'histoire et de la mythologie, de cette civilisation dont nous sommes les héritiers.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 10:48

Sabine Wespieser, 249 pages.

Franz Huchel, 17 ans, quitte la province un endroit de hautes montagnes auprès d’un lac, l’Attersee, car l’ami de sa mère, qui les entretenaient tous les deux se noie dans ce beau et traître lac.

Franz va travailler à Vienne comme apprenti chez un ami de sa mère, le buraliste Otto Tresniek. Otto a perdu une jambe pendant la Grande Guerre, il vend toutes sortes de périodiques, ainsi que des cigarettes et des cigares de luxe, notamment les Hoyo de San Juan qui vont jouer un rôle dans cette affaire.

Nous sommes en 1937, à l’automne, et pendant que Franz se met à lire les journaux et se forme une conscience politique proche de celle de son patron, la peste brune progresse rapidement. Les juifs commencent à être sérieusement maltraités.

De temps à autre, un vieux monsieur vient acheter des cigares dans la boutique ; Otto Tresniek se sent honoré de cette fugace présence : c’est le professeur Freud « le docteur des fous « . La Bergasse se trouve à quelques rues de là. Curieux, Franz suit le professeur et lui adresse la parole : il voudrait lire tous ses livres ! Comment, s’étonne le professeur, n’as tu rien de mieux à faire que de lire les gros bouquins poussiéreux d’un vieux monsieur ? … tu es jeune, va prendre l’air, promène-toi, trouve-toi une fille...

C’est un roman d’apprentissage agréable à lire, aux descriptions soignées, parfois originales, qui permettent de visualiser rapidement les gens et les situations. Les oiseaux jouent un grand rôle. Des pigeons, des petits oiseaux un peu bizarres « qui amènent la peste ».

Les dialogues courts et amusants jurent avec la situation critique.

La rencontre de Franz et de Freud qui se prolonge en rendez-vous sur un banc est-elle vraisemblable ? Comment expliquer que ce très jeune homme soit d’emblée si attiré par un vieux monsieur « qui soigne les fous » alors que Franz se sent plutôt sain d’esprit ? Même si la suite montre qu’il ne l’est pas tant que cela ! Franz a beau être un jeune homme de la campagne, difficile de croire qu’il soit si naïf ; son comportement est plutôt suicidaire, à moins qu’il ne mésestime gravement l’ennemi.

Pas sûr non plus que les échanges eussent été d’emblée aussi décontractés entre Franz et ses interlocuteurs.

Les portraits de femmes sont très traditionnels : la mère aimante et qui sait conserver sa dignité, la pute sans foi ni loi, la vieille fille attachée à son père…ces portraits sont néanmoins tracés d’une plume délicate.

Mettre en scène un personnage illustre tel que Freud, n’est pas chose facile ! A sa place, je ne l'aurais pas nommé.Le jeune auteur a de l’ambition, il ne se refuse rien… de ce roman je retiendrais surtout les descriptions, et certains dialogues piquants.

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 20:27

Christian Bourgois, 2010, 273 pages.

Alex et Sonia sont mariés depuis dix-huit ans, et ont une petite fille. Leur couple a connu bien des vicissitudes : architectes tous deux, ils avaient monté une agence qui a bien marché puis fait faillite et recommence à tourner. Issus de milieux différents ( grands bourgeois pour elle, petits pour lui) ils ne se sont jamais sentis bien ensemble. Sexuellement, ça marchait couci-couça : Alex a toujours eu une maîtresse Iwona une Polonaise clandestine en Allemagne, très pieuse, sans culture, énigmatique et très versée dans une sorte de mysticisme humble. Cette femme ne semble pas du tout lui convenir, encore moins que son épouse, mais plus le temps passe, plus le lien mystérieux qui les lie se resserre!

C’est l’histoire de ce couple « à trois » que raconte Alex qui parle à la première personne.

Il ne se passe rien d’extraordinaire dans le récit, mais les personnages ont chacun leur énigme, leur parcours personnel ; chacun d’entre eux est intéressant ; les petits rôles ( les amis les ex-amis et même les parents ) sont bien campés. Un ensemble original, une atmosphère bien particulière.

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 21:15

(Nacht ist der Tag, 2013)

Christian Bourgois, 2014, 203 pages.

Nous sommes à Zürich

Gillian présentatrice d’une émission de TV »littéraire », a un accident de voiture avec son mari Matthias (ivre) ; lui meurt et elle se retrouve défigurée et blessée à la hanche. Pendant sa longue convalescence, elle change, rêve de s’établir à la montagne, et aussi de retrouver Hubert, pour qui elle a posé nue et habillée pendant quelques temps ; elle n’aimait plus son mari, et il le savait, d’où la querelle, et l’ivresse qui mena à l’accident.

Le récit commence avec le réveil de Gillian à l’hôpital. Ses sensations très bien rendues. Son évolution aussi…

La seconde partie est vue du point de vue de Hubert le peintre : son itinéraire artistique sujet à de nombreux changements aussi, ses problèmes conjugaux, ses retrouvailles avec Gillian à la montagne (elle a un peu aidé le destin) et la relation satisfaisante un temps mais non durable avec ce second compagnon.

L’intrigue n’est point absente du roman, mais elle est secondaire : l’auteur a surtout voulu montrer comment vivent et évoluent au moins deux personnages, et rendre l’atmosphère, les sentiments, les conflits, les joies et les peines qui leur échoient.

Il n’y a pas de vraie fin (ni de vrai commencement) nous sommes dans la vie… bien que dans la fiction.

On s’ennuie à peine, et on apprécie beaucoup. Un auteur que je lis pour la première fois, que je relirai, une nouvelle voix singulière.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 13:56

Actes sud Noir 2011, 358 pages.( Tiefe Wunden)

En mai 2007 David Goldberg, âgé de 92 ans, homme d’affaire, et diplomate, est rentré des USA pour finir ses jours à Taunus près de Francfort dans sa patrie d’origine, quittée en 1945. Ce soir, Il attend la visite d’une vieille amie à lui.

Dommage !, à peine établi dans ses pénates, il se fait assassiner d’une balle dans la tête. Avec son sang, on a écrit sur le miroir du vestibule les chiffres 16145.

Les enquêteurs ( déjà connus dans Blanche-Neige va mourir) Pia Kirchhoff et Oliver von Bodenstein sont fort surpris lorsque le médecin légiste leur annonce que la victime avait sur le haut du bras un tatouage de son groupe sanguin qu’il avait tenté sans succès d’effacer. Ce tatouage, signe son appartenance à la Section Spéciale de Hitler. David Goldberg n’était donc pas juif, et rescapé d’Auschwitz, bien qu’il passât pour tel depuis la nuit des temps !

Pia et Oliver vont rendre visite à la vieille amie de Godberg, Vera Kaltensee qui vient de fêter ses 85 ans. Cette famille éminemment riche et respectée vit dans une grande propriété : Le fils aîné de Vera, Elard, professeur d’art, est revenu vivre chez eux. On dit qu’il a « un lourd secret ». La plus jeune des filles Jutta, est lancée dans une carrière politique. Pia a l’intuition qu’ils savent des choses qui pourrait lancer la police sur une piste,

En même temps de nombreux personnages, plus ou moins suspects, tombent sur le dos du lecteur (qui a un peu de mal à se souvenir de tout le monde !). Un jeune entrepreneur de travaux publics Marcus,vient se faire consoler d'on ne sait quoi à sa grand- mère. Thomas Ritter, ennemi juré des Kaltensee, écrit un livre sur cette famille, qui devrait faire scandale ; en même temps il fréquente une petite fille héritière de Vera...

Pêle-mêle,entrent en scène d’autres collègues de Pia et Oliver, dont une certaine Nicole qui en veut à Oliver ; puis Cosima la femme d’Oliver, et sa progéniture; les autres enfants et petits enfants de Vera ; sa meilleure amie Anita, en maison de retraite, un fils naturel Kaltensee, un directeur de zoo ami de Pia, leurs chevaux et leurs chiens( pourquoi devenir policière, alors que vétérinaire lui aurait si bien convenu ?), la femme de Marcus, l’éditrice de Thomas (vous suivez ? )et voici la seconde victime, Hermann Schneider, autre vieux monsieur des environs, tout aussi riche et nazi que le premier…

Ce roman policier n’est pas sans défauts : trop de personnages qu’on aborde superficiellement , des détails peu intéressants notamment sur la vie des policiers, une abondance de clichés, des rebondissements multiples, dont certains sont utiles, et d’autres d’un romanesque outré. L’idée de départ est intéressante, et tient la route. Il est bien dommage que l’auteur l’ait plus ou moins enrobée de péripéties mélodramatiques …l’intrigue est correctement menée, et l’on suit jusqu’au bout. Un assez bon moment de lecture

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 18:32

1971

Vienne ; rue de Hongrie ; café Landtmann ; Au vieux Denier ; Wiener Wald ; Kahlenberg ; le magnolia du Parc municipal ; Malina (rencontres manquées, graves malentendus ; rêvasseries idiotes) ; Béla Andras( enfants de Malina) ; Yvan ; le Pont de la Glan ; la Promenade du lac ; un bouquet de lis Martagon....

La narratrice évoque son compagnon Malina et son amant Yvan. Elle est coincée entre les deux. Ils vivent dans la même rue à Vienne (rue de Hongrie) et ça ne lui est pas difficile de se rendre chez son amant. Malina fait un travail intellectuel, Yvan est ingénieur et hongrois. On croit comprendre qu’elle a pris un amant pour avoir une vie personnelle secrète, mais l’identité de cet homme ne semble pas compter. Elle ne parle ni de l’un ni de l’autre comme si elle en était amoureuse. Il n’est pas question non plus d’attirance sexuelle (ni avec l’un ni avec l’autre). Mais peut-être n’ai-je pas compris…Ce qu’elle nomme le Bonheur (chapitre 2) soit ses rencontres avec Yvan, restent désenchantées, elle parle beaucoup de petits détails malheureux qui plombent les atmosphères… qui font l’effet de petits cailloux coupants blessant le pied, et gâchant le cheminement, dans une chaussure pourtant seyante.

Pour décrire son existence avec Malina,(pourquoi Malina ? pourquoi un nom à consonances féminine ?) elle invente des conversations courtes au style direct qui montrent qu’ils ne s’entendent pas trop bien. Mais pourquoi, je n’en sais rien. Avec Yvan, ça cloche aussi. Vers la fin du récit, on dirait que la liaison s’achève et qu’elle pense à se suicider. Mais rien n’est sûr, car tout le long du récit, elle est également contrariée. On dirait aussi que Malina sait qu’elle voit quelqu’un d’autre, mais son attitude est ambiguë.

Le récit se veut poétique avant tout ( Ingeborg Bachmann est célèbre pour sa poésie, et Malina est son seul roman). Le style « monologue intérieur », la façon primesautière, mélancolique, et sans transition visible de passer d’une idée, d’une métaphore, d’une constatation à l’autre, peuvent faire penser à Virginia Woolf.

Un ensemble qui me laisse dubitative. Je n’ai pas compris grand-chose ! je sais bien qu’Ingeborg Bachmann eut une liaison malheureuse avec Paul Celan( j’ai lu des extraits de cette correspondance) et une liaison différente avec Max Frisch. Cela ne m’aide en rien à saisir de ce texte la substantifique moelle… Si quelqu'un peut m'aider...

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 19:55

Titre original : Jeder stirbt für sich allein ; ( chacun meurt pour lui seul ?) 1ere publication 1965.

Folio, 556 pages 2002.

Quelques habitants d’un immeuble berlinois, rue Jablonski, juin 1940.

L’armistice vient d’être signé, et la famille Persicke se réjouit bruyamment en se rinçant le gosier sans modération. Ce sont des nazis offensifs, surtout le fils cadet Baldur, qui règne sans partage sur ses frères et son père. Un étage plus bas, le juge Fromm considère que la vieille Mme Rosenthal au dernier étage, est en danger ; son mari a été arrêté, et les Persicke vont venir la persécuter. Il s’apprête à cacher cette citoyenne chez lui. Eva Kluge, la postière vient apporter aux Quangel du premier étage la nouvelle que leur fils unique a perdu la vie au combat. Eva est résolument opposée au gouvernement en place et se fait violence pour rester prudente. Son mari, au contraire, se demande comment exploiter la situation pour tirer quelque profit par la dénonciation ou le chantage.

Otto et Anna Quangel, profondément affectés par la disparition de leur fils, décident d’agir. Ils se sentent trahis. Quelques années plus tôt, le gouvernement national-socialiste leur paraissait une bonne chose pour l’économie, et Otto avait obtenu un bon poste et un meilleur salaire. A présent, ils sont effondrés. Contremaître en menuiserie, Otto présidait à la fabrication de meubles et à présent, ce sont des cercueils qu’il livre. Le couple se met à écrire des tracts antinazis, qu’ils déposent incognito dans des immeubles, quadrillant plusieurs quartiers de la ville, éloignés du leur. Pendant plusieurs années ils vont se livrer à cette occupation et tenir en échec le commissaire de la police criminelle Escherich qui tente de mettre la main sur « le trouble-fête » comme il l’a surnommé. Les Quangel s’imaginent que leurs tracts circulent et amènent ceux qui les trouvent à réfléchir et s’indigner. Mais les gens, terrorisés, détruisent les tracts aussitôt qu’ils les ont en leur possession, et bien plus souvent, vont les remettre à la police, de sorte que, ironie amère, le commissaire devient le récipiendaire des brochures patiemment composées par les Quangel…

Un récit très classiquement composé, qui se lit facilement, un beau récit nécessaire et instructif sur le vécu des classes moyennes dans l’Allemagne nazie, la résistance courageuse obstinée, naïve au début, de gens qui se débrouillent avec leurs peu de moyens, et aussi la lâcheté et la délinquance de ceux, qui, dépourvus d’éthique personnelle, voient leur vils penchants encouragés par un régime ouvertement criminel. L’auteur suit ses personnages pendant toute la durée de la guerre : ils évoluent et certains nous surprennent. Pour les amateurs de péripéties, il y a, en outre, beaucoup de suspense et de rebondissements. La fin n’est pas complètement pessimiste…

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