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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 12:17

Gallimard, 2019, 267 pages

 

La vie d’une femme  allemande, d’origine polonaise, née sous Bismarck, et qui déteste cet homme politique qu’elle rend responsable de tout ce qui ne va plus dans le pays.

Élevée par une vieille tante  désagréable, Olga se débrouille pour faire des études et devenir institutrice. Elle s’éprend d’un voisin de son âge, d’une famille bourgeoise, pas facile à vivre, et souvent parti pour des aventures improbables ; rarement réuni, ce couple fidèle est très touchant.

Il disparaît dans une mission destinée à traverser la face nord de l’océan Arctique.

Elle continue son bonhomme de chemin. Une existence difficile, le pays traverse la Grande Guerre puis  le nazisme et ses conséquences ;  c’est seule,   qu’Olga avancée en âge, devient couturière dans une famille accueillante.

 

Pour son troisième et quatrième âge, elle aura pour ami  le petit  garçon de la famille, qui devient un homme, et dont elle pourrait être la grand-mère. Il prend en charge la narration de la partie 2 du  récit.  Après le décès d’Olga, il va à la recherche de sa descendance dont elle a peu parlé , et  trouve un paquet de lettres…

La troisième partie ce sont ces lettres, qu’Olga écrivit à son compagnon disparu. Longtemps après qu’elle ait renoncé à le revoir vivant, elle lui écrit encore, poste restante…

Olga, le personnage et sa vie,  m'ont plu, et son histoire relatée avec sobriété est souvent émouvante, mais je regrette que les lettres soient données à lire toutes ensemble après le récit de sa vie . En effet, ces lettres se révèlent vite ennuyeuses à lire les unes après les autres ; elles ne nous apprennent rien qu’on ne sache déjà et sont assez répétitives par rapport au récit… on aurait pu en donner simplement des extraits en italique après chaque chapitre.

Évidemment l’auteur a voulu qu’on se rapproche d’Olga petit à petit ; une partie à la 3eme personne, une 2eme partie plus personnalisée racontée par son petit fils d’adoption ; puis les lettres où elle dit «  je ». mais je n’ai pas goûté la chose ! C’est bizarre mais les récits épistolaires m’ont toujours ennuyée…

 

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 21:32

 

Zulma, 2016, 218 pages.

Nous sommes en 1932, et le jeune Georg Amberg se réveille dans un hôpital à Osnabrück ; il sort du coma, est blessé et pansé ; lorsque ses souvenirs reviennent il se rappelle avoir été touché par une balle de revolver dans le petit village de Morwede en Westphalie. Georg s’entretient avec une infirmière qui lui dit qu’il est là depuis 5 semaines et qu’on est le 2 mars… qu’il a été renversé par une voiture devant la gare ; mais bien que Georg soit encore embrumé, il n’a  pas du tout les mêmes souvenirs … il retourne dans son passé…

Il vient d’obtenir son diplôme de médecine et  s’ennuie à Berlin ; il est à vrai dire amoureux d’une étudiante qui travaillait au labo avec lui, mais elle a disparu et il la cherche partout dans les bars. La belle s’appelle Callisto, mais on l’appelle…Bibiche ( ne me demandez pas pourquoi…)

 Le baron Von Malchin, qui connaissait son père, embauche Georg pour exercer dans le petit village de Morwede en Westphalie. Son premier poste de médecin !

Mais il je ne me suis pas arrêté à la gare d’Osnabrück se dit-il ! Aucune voiture ne l’a percuté. Il est arrivé à destination, et très vite s’est rendu compte que le baron Von Malchin préparait une curieuse potion dans son labo, à base de parasite du blé. La neige de Saint-Pierre. Une drogue dont il comptait faire un usage spécial…

A vrai dire, Georg ne se serait pas autant intéressé aux préparatifs du baron s’il n’avait trouvé là-bas la fameuse Bibiche, passionnée elle aussi, un peu par notre infortuné narrateur,  et davantage par la fabrication de la mixture, plus quelques autres personnages  étranges, difficiles à cerner.

Mais pourquoi, dans cet hôpital, nie-t-on ce qui est réellement arrivé ? En précisant ses souvenirs, Georg ne va pas tarder à le savoir.

Cette « neige de Saint-Pierre » me fait penser à l’ergot de seigle, qui fit des ravages dans certaines populations et que l’on baptisait « le Mal des ardents « ; il fut plus destructeur encore  que la mixture du baron…

saint Antoine touché par le Mal des ardents (Mathis Grünewald)

Ce récit est astucieusement rendu : Le narrateur se réveille à l’hôpital, cherche à attraper ses souvenirs un à un, dans le plus grand désordre, à la fois exalté, désemparé, encore amoureux… et entouré de personnes un peu glauques ( sauf ce brave curé à qui je donnerai la médaille de la sagesse !) . Comme dans le récit précédent ( le Cavalier suédois) , on goûte un mélange de drame et d’humour très noir.

 

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17 mai 2019 5 17 /05 /mai /2019 13:52

Folio-bilingue, 1993, 320 pages.

C’est le premier roman publié de Böll, en 1949, dans lequel il témoigne de son expérience car lui-même fut soldat de la Wehrmacht et déserta plusieurs fois…

Un  jeune soldat allemand, Andreas,  pendant la seconde guerre mondiale. Il est persuadé qu’il mourra dans peu de temps sans être retourné au front, pendant son voyage en train pour rejoindre le lieu des combats. C’est une obsession : il se voit encore vivant à Lemberg, mais pas à Czernowitz… que va-t-il se passer entre ces deux villes ?

Nous sommes en 1943, le train qui emmène les conscrits, est en territoire polonais, occupés par les Allemands, et la population juive y est impitoyablement déportée. A Lemberg, il y a toutefois un noyau de résistance. Andreas n’ignore rien de tout cela.

Le soldat fait connaissance deux deux autres jeunes hommes, traumatisés et désespérés comme lui ; il les surnomme «  le blond « et » le mal rasé, en attendant de savoir leurs noms. Ils parlent de mourir eux aussi, mais de leur part, c’est un souhait plus qu’une certitude délirante …. Notre narrateur, lui ne leur confie rien, ses pensées cahotent du bombardement d’Amiens où il fut blessé, à son incapacité à se représenter  l’avenir : son être est désormais inscrit dans l’espace des stations de train qui défilent, dans son livre de prière, et une carte de Galicie orientale où il cherche le lieu exact où il va trouver la mort…

Il partage cependant le vécu de ses compagnons : tous trois  se saoulent sans arrêt au schnaps et à la vodka ; chacun raconte sa déjà terrible expérience de la guerre. Puis à Lemberg, le «  mal rasé » les entraîne dans la ville, conduits par une voiture avec chauffeur….

Ce récit témoigne des horreurs de la guerre, du sacrifice d’une génération de jeunes gens, vu du côté allemand (ce qui ne change pas grand-chose, ces trois malheureux ne sont pas nazis, ils n’ont aucune idéologie, ils ne tiennent même plus à survivre).

Toutefois, dans le train, d'autres jeunes gens crient leur adhésion au führer, et se sentent chez eux, en territoire conquis!

 Le narrateur est malgré tout catholique, son meilleur ami qu’il a laissé derrière lui est aumônier, il prie beaucoup,  sans le faire savoir, en particulier pour les Juifs …

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 23:49

Phébus( Libretto) 275 pages. 1987 ( 1 ère publication  originale 1936)

Au début du 18 eme siècle , en plein hiver dans les plaines de Silésie, deux hommes souffrent du froid et de la faim. L’un est un jeune noble Christian de Tornefeld, qui a déserté l’armée dans laquelle il était censé servir : il voudrait traverser la frontière et rejoindre l’armée suédoise, qui est celle de sa patrie. L’autre homme est un voleur connu sous le nom de Piège-à-poules : rusé, intelligent, mais nomade et vivant dans une extrême précarité depuis toujours. Tous deux sont recherchés et risquent le gibet…  Ils trouvent refuge dans un moulin des environs. Mais leur hôte est un être étrange,  le fantôme de l’ancien meunier, se dit le voleur.  Ce fantôme lui propose un emploi dans les forges de l’évêque pour le tirer d’affaire.

Avant cela,  le voleur  accepte  cependant d’aller quérir un uniforme  des armes et de l’argent pour Christian, chez son cousin qui vit quelques kilomètres plus loin.

Arrivé chez le cousin, il s’introduit par effraction, comme il en a l’habitude : le domaine est spolié par les différents serviteurs, l’intendant, et  d’autres gens tout aussi corrompus. Le cousin de Christian est mort, sa jeune fille, maîtresse du domaine, et promise à Christian,  est dans de mauvais draps…

 

C’est un roman très agréable à lire, bourré de péripéties, dont la langue est raffinée, stylée, souvent humoristique, volontiers moyenâgeuse,  parfois proche des poésies de « Gaspard de la nuit », voire de l’univers du conte, mâtiné d’éléments fantastiques.   Toutefois, il s’agit d’un roman picaresque, puisque le héros, parti de rien, s’élève progressivement dans la hiérarchie, et frauduleusement aussi, nous le savons dès le départ.

Léo Pérutz le désignait comme « son roman le plus parfait ». Reste à en essayer un autre pour vérifier…

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 12:32

 

2012 pour la version française ) Gallimard, 290 pages.

Sept nouvelles excellentes ! Préférences pour « la maison dans la forêt », «  Bach à Rügen » et «  Voyage vers le sud ».

Des narrateurs qui cherchent la vérité de ce qu’ils ont vécu et finissent par renoncer à leur fantasme du début …

ou pas ( la maison dans la forêt un couple reclus avec une petite fille, le mari possessif est prêt à tout pour empêcher sa femme et sa fille de sortir… ).

Bach à Rügen : le fils invite son père à un week end à Rügen : ils entendront trois concerts de musique de Bach, du religieux du profane… le fils espère en apprendre davantage sur son père ( sa vie privée, sa première femme qui fut aussi la mère dont il ne parle guère). Mais le père parle de Bach, de musique, et de considérations générales : un homme cultivé réfléchi, compagnie agréable , pour moi… mais pas vraiment pour son fils qui attend on ne sait quoi…

Voyage vers le sud : une femme âgée que sa petite fille, chargée de veiller sur elle pendant sa convalescence, emmène dans la ville où la femme a connu autrefois un jeune homme qu’elle regrette d’avoir lâché pour un mariage arrangé 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 23:02

Christian Bourgois 2017, 173 pages.

Titre original Weit über das Land

Un soir, comme tous les autres semble-il, Thomas, marié père de deux jeunes enfants, un travail sans histoire, retour de vacances en Espagne, va quitter sa famille, après le verre de vin du soir, son épouse étant montée pour coucher les enfants.

Il s’en va comme pour une promenade de santé, mais sans savoir où il va ni pourquoi. Très vite, on a le sentiment ( et lui aussi) qu’il ne veut pas être vu des voisins, donc qu’il n’a pas l’intention de revenir de suite.

Passe la nuit dans une forêt, continue à se cacher le lendemain, commence à vivre de rapines… il est parti pour de bon, et ne voulant pas rejoindre un lieu ni une personne, on s’interroge sur ses motivations. Partir à l’aventure, lâcher prise, rechercher la solitude. Thomas veut traverser le lac de Zürich , car de l’autre côté, c’est plus calme, et on ne le connaîtra pas. Evitant les endroits peuplés, il passe pour un randonneur s’équipe adéquatement, s’enfonce dans la montagne…

Astrid, sa femme, s’aperçoit à peine de son départ, les premières heures, puis se demande «  Qu’est-ce qui aurait pu se passer ? La veille, il avait été comme d’habitude. Même pendant les vacances, elle n’avait rien remarqué de spécial, au contraire ce la vait été deux semaines d’harmonie inhabituelle. »

Thomas «  c’était quelqu’un de très équilibré, un individu moyen, comme il disait parfois »

Bientôt, elle comprend que Thomas ne reviendra pas, »cela faisait un mois que Thomas avait disparu. Astrid se doutait depuis le début qu’il ne reviendrait pas » et en même temps, elle est sûre de le revoir un jour… c’est un peu le lot des personnes qui ont perdu un être cher (ou simplement proche).

Les deux narrations d’Astrid et de Thomas, sont alternées, et on a l’impression qu’ils cheminent de concert. Elle, avec ses enfants qui posent des questions, des policiers qu’elle convainc de rechercher Thomas.

Jusqu’à un moment particulier, à partir duquel Astrid doit accepter l’inéluctable et se réfugie dans le déni (mais d’autres lectures sont possibles).

Un texte énigmatique, (comme c’est presque toujours le cas chez cet auteur) le style simple et précis, impose une ambiance sinon plusieurs, avec quelques descriptions prosaïques, mais assorties de sentiments particuliers de la part des protagonistes, (l’impression que l’espace se contracte ou se rétracte dan une pièce, dans un champ) impression que tout ceci n’est qu’un spectacle et qu’il joue un rôle (Thomas pendant sa cavale), et un ensemble, il faut le dire,  déconcertant, qui donne à réfléchir….

 

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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 22:30

Le titre est inspiré de Zarathoustra ( le Pale criminel)

Bernd enquête en l’été 1938, de sinistre mémoire, sur les crimes en séries de jeunes filles de 16 ans, présentant un profil particulièrement « aryen » suivant les critères du régime national-socialiste. Ai-je besoin de développer?

Il découvre que dans la revue « Stürmer « un politique bavarois très offensif, attribue ces crimes aux juifs, et suspecte ce monsieur d’avoir orchestré ces exactions pour trouver un prétexte afin de se débarrasser des Juifs encore plus sûrement que d’ordinaire.

Mais au sein de la police du Reich les criminels ne manquent pas, il n’y a que l’embarras du choix. Bernd travaille pour des gens qui sont eux-mêmes des délinquants ( Himmler est chef de la police) et jusqu’à quel point ces crapules veulent-t-elles que les coupables soient découverts ?

Le détective sait jouer des mésententes entre ces messieurs pour se tirer d’affaire et tenter de faire régner un petit minimum de justice. Son métier est devenu très risqué : du jour au lendemain, sur un caprice de ses supérieurs il peut se retrouver « KZ » (interné dans un camp) comme cela lui est déjà arrivé, dans son enquête précédente, l’Eté de cristal, que j'ai lu également, sans en faire de chronique.

Philip Kerr s'est beaucoup documenté afin de retracer la situation politique et l'atmosphère du troisième Reich, et nous avons là de l'excellent polar qui fait froid dans le dos...

 

 

 

 

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 11:37

Gallimard, 2016, 255 pages.

 

Peter Gundlach homme d’affaire fortuné, et Karl Schmidt peintre jouissant d’une certaine notoriété, se sont disputé Irene, femme entre deux hommes, jouissant d’une fortune personnelle, dans les années 70 . Ils se la disputaient à travers le tableau de Karl représentant Irene, « La femme sur l’escalier » inspiré du Nu sur l’escalier de Gerhard Richter.

 

Il y avait un outsider, notre narrateur, jeune avocat amoureux d’Irene. Il l’a aidée à s’enfuir, avec son tableau, échappant à ses deux amants. Il croyait qu’Irene et lui s’apprêtaient à vivre le grand amour mais elle s’est évanouie dans la nature…la vie reprend le dessus et l’amoureux se marie, a des enfants, perd son épouse. Sans oublier le moins du monde.

Quarante ans plus tard, séjournant en Australie, il revoit le tableau au musée des Beaux-Arts. Et se met à rechercher Irene. Pour la revoir ? Lui demander des comptes ? Il ne sait trop.

Il va découvrir une Irene très différente de son souvenir, dans un cadre complètement différent, une petite île au large de la côte...

Pour tout dire, cette fin que je ne dévoile pas,  est trop romantique à mon goût. La première partie, plus ambiguë , laissait espérer autre chose. Le tableau  dont s'est inspiré le romancier n'est pas mal. Dans la dernière partie, il continue à  jouer un rôle: était-ce Irene qui avait de l'importance pour ces deux amants, ou le tableau? 

le narrateur, lui,  sera appelé à la connaître vraiment, et saura qu'elle n'a rien à voir avec l'art, ni avec la séduction...

 

 

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 18:35

Christian Bourgois, 1999, 179 pages.

Le narrateur est écrivain, vit d' écrits de commande, des documentaires sur divers sujets : en ce moment, il doit écrire sur l’histoire des chemins de fer, l’ingénieur Pullman, et ça l’intéresse moyen. Il se passionne pour une grève de cheminots, et reste un peu coincé là, peu enclin à achever son livre. A la bibliothèque, il rencontre Agnès, qui finit une thèse de physique sur les cristaux et leur symétrie.

Ils se plaisent, et débutent une liaison. Tout de suite, des obstacles se mettent entre eux. Agnès est hantée par la mort. Lui voudrait écrire de la fiction. Il commence à rédiger son « histoire avec Agnès » et elle l’encourage à continuer un peu comme si la durée de leur liaison et sa réussite dépendait de leur histoire écrite par lui, donc d’un ouvrage de fiction ; Agnès se retrouve enceinte, le narrateur ne veut pas d’enfant...

c'est un roman d'introspection, et aussi d'atmosphère. Une atmosphère lourde de sous-entendus qu'on peut comprendre diversement. Ce récit ressemble un peu au Portrait Ovale d’Edgar Poe : la jeune femme ne supporte pas bien la mise en fiction de la relation par son compagnon. Et pourtant, c’est elle qui l’y a encouragé. Elle croit au pouvoir suggestif de la création littéraire ; si le jeune homme écrit une histoire qui tourne bien, la réalité devrait suivre. Mais le conjoint écrit selon sa conviction profonde…

Attachants, complexes,  les personnages gardent leur part de mystère,  l'ensemble du texte est plein d'une poésie retenue. Après avoir tourné la dernière page vous y penserez encore longtemps. 

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 00:02

Das Besondere Gedächtnis der Rosa Masur

Métailié, 2016, 410 pages.

« Si l’ennemi s’incruste dans ton âme, tu es perdu , sauf si tu réussis à geler ton âme »

Dans une petite ville d’Allemagne, Gigricht, une famille russe a récemment émigré ; nous sommes à la fin du 20 eme siècle ; Rosa a 92 ans , elle vit avec son fils et se belle-fille sexagénaires. Son petit fils déjà installé dans cette ville depuis un certain temps a influencé leur migration.

Dans un souci d’intégrer les étrangers la municipalité invite tous ceux qui viennent d’ailleurs à raconter leur histoire : le meilleur récit sera primé et gratifié de 5000 marks. Rosa a décidé de participer –et de gagner, car elle a besoin de cet argent ; elle veut que son fils puisse aller passer quelques jours à Aix en Provence- pour lui c’est le paradis. Et son fils a toujours eu beaucoup de problèmes dont elle se sent-à tort-responsable.

Rosa va donc se faire interviewer, mais cela ne suffira pas ; d’autres Juifs russes émigrés ont leur histoire à raconter ; pour être sélectionnée, elle produit un document extraordinaire qui suscite la curiosité de ceux qui préparent l’interview.

C’est toute la vie de Rosa qui va se dérouler dans ce récit, une vie qui débute en 1907 dans la petit village de Vitchi en Biélorussie. La famille est pauvre, Juive, et en butte à des persécutions : l’histoire de ces persécutions ( plus ou moins forte suivant les gouvernements, et les hasards) et la façon d’y résister sont une des composantes majeures de l’histoire.

Mais il y a aussi tous les événements qui sont le lot de ce sinistre vingtième siècle : chute du tsarisme, mise en place de la Russie soviétique, première guerre mondiale, occupation nazie, stalinisme… et leurs répercussions sur la vie de Rosa ses parents, la famille qu’elle fonde, ses diverses occupations professionnelles, ses relations, son amie Macha restée présente par delà la mort…

Car Rosa va partir à Leningrad, jeune encore et pleine d’espoir : sous Lénine, les femmes travaillent et étudient. D’autres obstacles l’attendent. Sa vie mouvementée, les moments difficiles tels que le siège de Leningrad, reflètent bien les problèmes sociaux et politiques de l’époque, en même temps ils mettent en scène de façon vivante un destin et une expérience individuelle.

Tout cela est très impressionnant, et l’on reste admiratif de ce que Rosa a pu vivre et de tout ce qu’elle a surmonté.

Rosa nous laisse à penser que certains événements qu’elle narre sont fictifs, sans nous dire lesquels, à nous de faire la part des choses. On n'a guère de mal à imaginer ce qui est fictif. Je trouve d’ailleurs que Rosa force un peu le trait, au risque de faire apparaître certains éléments de son récit comme caricaturaux.

Le récit ne manque pas d'humour, discret, mais souvent très noir, d'autres parties sont empreintes d'une forte tension dramatique, ou de mélancolie.

Vraiment un récit très fort.

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