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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 23:24

Gallimard, 2017, 212 pages ( 1ere publication en 2016)

Tout comme François Weyergans ( La vie d’un bébé, publié dans les années 80) Mc Ewan fait du fœtus, le narrateur du roman. Je n'ai pas accès à ce roman, déjà ancien, sinon j'aurais comparé la façon dont les deux auteurs mettaient les fœtus en scène. 

Ici, il s’agit d’une parodie d’Hamlet, on le sait dès l’exergue, et le couple engendreur du futur bébé ce sont la mère et le  beau-père de l’infortuné foutu fœtus. D’ailleurs, ils portent les mêmes noms ( Trudy, gentil pseudo pour Gertrude, et Claude) que dans la tragédie de Shakespeare.

Ce couple est installé dans une maison londonienne et géorgienne, de prix, mais délabrée et pas du tout entretenue, qui appartient au père du narrateur. Trudy est une belle femme avec de longues tresses blondes savamment enroulées : complètement amoureux déjà, notre fœtus l’imagine ; d’après ce qu’il entend dire, elle ressemble à … je vous laisse deviner.

Trudy et Claude complotent pour assassiner le père ; pas de quoi nous étonner on a déjà vu cela.

Le fœtus, lui, est carrément savant ( il écoute la radio et la télé toute la journée avec sa mère et ce n’est pas TF1 ni Chérie FM…) bref c' est déjà un citoyen avisé sur l’état du monde et pourvu d’une excellente culture générale , notamment en œnologie. Trudy et Claude boivent beaucoup et d’excellents cépages.

Si bien qu’on plaint, le petit drôle, qui, à peine né, devra téter du lait ! Il sera déçu et dégrisé… se dit-on, sauf s’il reste avec sa mère et le même accès aux bons vins (mais il y a peu de chance…).

Ian Mc Ewan a réussi la gageure de mettre le fœtus en situation, grâce à de nombreux détails réalistes sur son ressenti physique, dont certains sont amusants ; par ailleurs, il ne voit rien, mais entend tout, imagine ce qu’il ne voit pas, interprète le moindre petit son, grincement de porte, goutte d’eau qui tombe, vêtement qui glisse,  le moindre silence des protagonistes, bref il a tout pour être détective.

La mélancolie hamlétienne ne lui fait même pas défaut «  la courageuse communauté que je vais bientôt rejoindre, cette noble congrégation humaine, ses coutumes, ses dieux et ses anges, ses idées enflammées et sa géniale effervescence ne me font plus vibrer. Un poids alourdit le voile qui enveloppe mon corps minuscule. A peine s’il ya en moi de quoi fabriquer un petit animal, et encore moins un homme. Je suis prédisposé à une stérilité mort-née, puis à la poussière »

L’écriture est élégante, soignée, ironique, et la réussite de cette parodie serait totale si le lecteur pouvait être quelque peu surpris ! Mais ce récit brillant reste très attendu dans son déploiement, et sa chute, le héros l’a trop bien imaginée, et elle se déroule  comme prévu ! Dommage…

 

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

Lilly 17/09/2017 20:48

McEwan me déçoit ces dernières années, même s'il reste un bon auteur. Je lirai celui-ci parce que je veux tout lire de lui.

dasola 14/09/2017 16:34

Bonjour Dominique, pas le meilleur McEwan mais plaisant tout de même cette variation d'Hamlet. Bonne après-midi.

keisha 14/09/2017 08:38

Je pense le lire, car j'aime l'auteur (mêem si ce n'est pas son meilleur roman?)

Dominique Poursin 14/09/2017 16:25

ses meilleurs romans ( Expiation; Délire d'amour...) je les ai lus avant d'ouvrir ce blog.

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