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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 17:16

4166S57SA4L.-AA240-.jpgMoravia Alberto ( Rome, 22 /11/ 1907- Rome 26/0/ 1990)

 
Eléments biographiques :
 

Fils d’un architecte, famille juive, ni rite ni conviction religieuse ; sa mère préfère le catholicisme. Formation marquée par une maladie ( tuberculose osseuse) et le fascisme montant puis triomphant ( 1917-1927). Mussolini prends les pleins pouvoirs en 1925.

1929 ; parution de « les Indifférents » qu’il avait commencé à l’âge de 17ans.


En suite, pendant quinze ans il fait de « l’expérimentation littéraire » selon des propres mots. On retient « L’imbroglio » et « Rêves du paresseux «


En 1943 Mussolini est arrêté et constitue dans le sud de l’Italie une « république sociale » qui s’achève avec la défaite allemande. Menacé par les rafles allemandes, Moravia se réfugie avec Elsa Morante son épouse, dans un village de la banlieue romaine. Il vivent alors dans une communauté paysanne pauvre dont il fit plus tard la description dans un roman « La Ciociara » en 1957.

Avec la fin de la guerre, Moravia publie « Agostino » en 1944 et retrouve la notoriété des « Indifférents «. On considère qu’il est un des représentants du courant néo-réaliste avec Pavese. On admire chez lui l’analyse psychologique ; mais il se réclame de l’existentialisme sartrien dans des œuvres comme « Le Mépris « en 1954 , « L’Ennui » en 1960 ; on apprécie ses « fresques sociales » ses descriptions d’individus aux prises avec la société dont la vie difficile, violente rappelle celle des « Ragazzi di vita » que Pasolini , dont il est l’ami, montre au cinéma. Dans cet ordre d’idées , il convient de citer « Le Conformiste « en 1951 (mis en scène par Bernardo Bertolucci, 20 ans plus tard), « La Provinciale et autres récits »,en 1952, « Nouvelles romaines » en 1954.

Il fut également voyageur et journaliste pour Le Corriere della sera et livre ses réflexions sur le monde contemporain qui ont été publiées. Considéré par certains comme un compagnon de route des communistes, il ne s’engagea jamais mais accepta en 1984 de se porter candidat à l’élection au parlement européen et fut élu sur une liste d’indépendants de gauche.

Il vécut 25 ans avec Elsa Morante, 18 avec Daria Maraini, dix avec Carmen Llera, sans compter de nombreuses aventures féminines.

 

 
 
Le Mépris.

Richard Molteni, scénariste, et Emilia sa femme forment un couple sans histoire mais Emilia se montre d’une froideur déconcertante, et un jour dit à son mari qu’elle ne l’aime plus et même qu’elle le méprise. Le récit est consacré aux vains efforts déployés par Richard pour tenter de comprendre. Ai-je commis une faute ? Me méprise-t-elle pour ce que j’ai fait ou pour ce que je suis ?

Emilie le quitte, et meurt peu après la rupture, d’un accident de voiture.

Molteni envisage d’écrire ses souvenirs à la première personne, pour comprendre ce qui s’est passé. Les récits rétrospectifs, assortis de réflexions, doivent préluder à l’écriture proprement dite du narrateur.


Au début de leur union, ils habitaient dans une chambre meublée ; Richard écrivait pour le théâtre mais n’avait que de petits revenus. Emilia souffrait de n’avoir pas de maison. C’est à la suite d’un achat d’appartement qu’il se voit contraint, pour payer les échéances, de devenir scénariste pour des films à succès, emploi qui lui est proposé par un producteur de cinéma ( Battista). Richard n’aime guère ce travail, qui n’est pas, pour lui, créatif . De plus, il est au service de Battista qui s’oppose à toute sorte de productions (par exemple, au réalisme dans le cinéma, parce qu’il montre des aspects négatifs de l’existence). Emilia se prend d’aversion pour Battista alors même que Richard tente de composer avec lui. Dans le même temps elle devient froide à l’égard de Richard ; il comprend d’autant moins son attitude que c’est pour elle qu’il a dû prendre cet emploi déplaisant.

Suit la scène pénible : Emilie lui dit qu’elle ne l’aime plus et qu’elle le méprise. Elle ne dit pas pourquoi.


II
Richard et Emilia partent travailler à Capri. Battista et Rheingold, metteur en scène allemand, tournent un film sur Ulysse, et Richard doit se joindre à eux.

Rheingold explique que cette histoire mettra en lumière le problème conjugal entre Ulysse et Pénélope : Ulysse tarde à rentrer à Ithaque non par goût pour l’aventure ou du fait du hasard, mais parce qu’il craint, en retrouvant sa femme, d’essuyer son mépris à cause des prétendants qu’il a laissé s’installer dans sa maison et combler Pénélope de leur dons. Il ne s’est pas comporté en « homme ». Pire : il multiplie les obstacles pour retarder son retour et aggrave la situation comme en témoigne le nombre d’indésirables qu’il a dû finalement affronter... Le travail de Richard est d'écrire un scénario sur ce sujet,àpartir de l'Odyssée.

Richard ne peut éviter de le comparer à sa propre histoire ; il craint qu’Emilie le méprise pour les mêmes raisons, et finit par comprendre qu’il a donné à sa femme l’impression qu’il souhaitait qu’elle séduise Battista pour améliorer leurs revenus. Bref qu'il l'a prostituait...

Qu'y-a-t-il de vrai dans tout cela?


Malgré tout, il ne croit pas à l’interprétation de Rheingold, et a pour ce film des idées précises qui le mènent à cent lieues de son « problème conjugal ».

Se considérant dans une impasse, il décide de rompre avec Battista, de renoncer au film et plier bagage illico avec Emilie.

Cependant, Emilie a sans doute cédé à Battista : elle part avec lui en voiture et l’accident se produit peu après.


III  


Malgré les faits , ce qui s’est passé est loin d’être clair ; qui était vraiment Emilie ? Et lui-même ? A-t-il poussé Emilie dans les bras du producteur ? Si c’était le cas, l’a-t-il fait parce qu’ils ne s’entendaient plus ? Sinon est-ce une méprise d’Emilie qui la conduit au mépris? Pourquoi l’accident ? Ne pouvant répondre aux questions il commence à écrire « pour exorciser « un fantôme"


Roman d’analyse psychologique, le Mépris s’explique au premier abord par des considérations d’ordre social qui rendent Emilie moins « mystérieuse » que son amant ne le voudrait. L’origine sociale modeste d’Emilie la conduit à s’éloigner de Richard ; c’est avant tout une femme d’intérieur qui se plaît à s’occuper de sa maison. Lui est surtout préoccupé d’écriture et de théâtre. Tous deux s’ennuient peut-être ensemble et ne se l’avouent pas pour préserver leur entente sexuelle.Là, j'interprète, je lis entre les lignes...


Lorsque Richard lui présente le producteur Battista,si elle le soupçonne de vouloir la lui vendre, c’est que Battista est plus proche d’elIe. Il ressemble aux hommes qu’elle a dû côtoyer autrefois, dans son milieu social : inculture, vulgarité, promptitude à la séduire sans y mettre les formes. Si Richard ne s’aperçoit de rien, c’est qu’il ne veut pas savoir. Aussi se demande-t-on s’il ne cherche pas à se débarrasser de sa femme tout simplement, sans nécessairement chercher à la « vendre » ?

S’il la juge mal, pourquoi cède-t-elle au producteur ? Mais cet accident ne serait-il pas un suicide maquillé ?

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Published by dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

C. L. Nasch 02/11/2010 16:49



J'ai finit aujourd'hui même Le mépris, et viens juste de lire cet article qui me laisse totalement perplexe, en tout cas cette dernière question :
"mais cet accident ne serait-il pas un suicide maquillé ?"...
Mais qu'est-ce qui vous fait dire ça ?!



Dominique Poursin 03/11/2010 13:49



Cette femme n'est pas partie avec Battista de son plein gré. C'est son mari qui la lui a" refilée".


Elle s'est sentie humiliée. Le narrateur se demande si cet accident est tout à fait normal. Il tente d'interpréter les faits. Le lecteur aussi!



A_girl_from_earth 04/10/2009 15:29


Pfiou, côté littérature italienne, j'ai encore beaucoup à découvrir! Enfin, celui-ci je serais tentée de passer directement au film.


Dominique Poursin 06/10/2009 14:57


Le film, c'est un de mes préférés ! Il ne faut pas le rater , ce serait dommage!


Lilly 03/10/2009 16:02


Je garde un souvenir très fort de ce livre, tu me fais penser qu'il faudrait que je retrouve Moravia un jour...


Ys 02/10/2009 22:37


J'ai fait il y a peu un stage sur la littérature italienne où il a bien sûr été question de ce livre que je lirai certainement, en regardant le film ensuite.


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