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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 15:39

 

 

Plus que jamais   passager clandestin de la vie, je dus, à la fin de la troisième, me présenter au BEPC et c'était il y a quarante ans...

A l'oral, l'examinateur d'anglais examina ma carte d'identité scolaire en marmonnant que j'aurai dû présenter une meilleure preuve de mon existence officielle. On n'avait pas jugé utile de me  faire confectionner une carte d'identité nationale.

 Je ne possédais que les  très vieux dictionnaires d'un aïeul, le père de mon unique grand-père, dont ce dernier ne parlait jamais que pour dire avec irritation qu'il n'userait pas sa salive pour l'évoquer. Dans ces beaux volumes reliés demi-chagrin,   des lettres  de l'aïeul avaient été oubliées entre certaines pages: il s'adressait à des Anglais dans leur langue pour proposer de leur vendre du tissu provenant de sa manufacture. J'étais contente d'avoir eu un ancêtre qui sût une langue étrangère. Mais je consultais rarement mon manuel de classe, n'avait jamais parlé anglais, ni entendu quelqu'un le faire, même pas le professeur. Incognito, je chantais  et m'en trouvait fort aise. Hélas, à l'écrit comme à l'oral, je fus dans le même état qu'un constructeur de Babel, frappé du châtiment divin.

Puis ce fut la composition d'histoire. J'avais le choix  entre l'Allemagne de Bismarck et la Révolution française. La plupart des candidats préférèrent l'Allemagne car c'était une des dernières leçons à étudier dans l'ordre chronologique, donc ils s'en souvenaient davantage. Je' n'hésitai pas pour ma part,  à disserter sur la Révolution française, et m'en faisais une joie.

 De Saint-Just à Robespierre, de Danton à Desmoulins, de Marat à Hébert, ils étaient mes héros. Je ne m'étais pas contentée de la leçon du manuel, j'avais lu plusieurs livres sur le sujet, ne ratais aucune notice biographique dans chaque nouveau dictionnaire trouvé. Sans faire de brouillon, je fis courir ma plume avec zèle, pour décrire la situation sociale et politique de la France en 1789 ; il s'en fallut d'une copie double avant que je ne décide l'ouverture des États Généraux. Sur d'autres feuilles, noircies à toute allure, je consignai le déroulement de ces consultations, et commençai à présenter les futurs grands révolutionnaires qui, à ce stade, n'avaient joué aucun rôle important mais  les pourvus chacun d' une petite biographie. Il restait cinq minutes avant la fin de l'épreuve, et, en écrivant désespérément vite, j'arrivai au Serment du Jeu de Paume : on m'arracha une troisième copie des mains. J'aurai dû en être à Thermidor ; je n'avais même pas pris la Bastille. Tous les petits détails me paraissaient d'une grande importance pour un sujet auquel je tenais avec tant de passion.

 

En Sciences naturelles humaines, je connaissais surtout les anomalies du corps humain, les maladies, les diverses débilités, les étrangetés mentales, et la sexualité pour autant que ça m' avait paru rentrer dans le cadre des étrangetés et des absurderies. Je  connaissais davantage le dictionnaire médical, souvent prêté par Maman, que mon livre de cours. On demanda de parler des os : je demeurai invertébrée.

 

En rédaction, contrairement à l'habitude, je fus brève. On vous enjoignait d'explorer  un grenier familial  et de découvrir des objets anciens ayant appartenu à votre petite enfance ou au passé de vos parents. Votre émerveillement de retrouver un vieux kaléidoscope ou la photo de fiançailles des adultes jeunes et souriant du bonheur tout neuf, accompagné du  récit ému des descendants. Rien ne m'empêchait d'inventer, donc de peupler le grenier à Louins, et de faire parler au moins ma grand-mère en lui prêtant une existence heureuse et d'anciens espoirs.

Mais non.

Il n'y eut absolument rien dans ce grenier. Ni paroles ni objets.

On ne pouvait accuser l'école ou les professeurs. Tous les élèves qui avaient présenté le BEPC eurent des résultats conformes à leurs bulletins scolaires, moi excepté.  Comment expliquer cette défaite ? La situation me parut grave. Ma mère payait-elle pour qu'on me note correctement ? " Il ne faut pas qu'elle sache, il ne faut pas qu'elle s'en doute » disait Maman, surtout pas elle ; et de quelle mystérieuse maladie?

 

 

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