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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 23:14

Stock ( Cosmopolite), 1998, 601 pages.


D'après «  We Were The Mulvaney » , 1996.


     l'histoire de cette famille nous est contée par le plus jeune d'entre eux Judd, né en 1963.


En 1993, il a trente ans et réussit à dvenir rédacteur en chef d'un périodique local relativement important de la ville où vécurent les Mulvaney à Mont-Ephraïm dans l'état de New-York.


A la première personne, il raconte, tantôt ce qu'il a vécu, tantôt ce qui lui a été rapporté, tantôt ce qu'il imagine comme vraisemblable d'après ce qu'il sait, de façon à reconstituer un récit linéaire.

«  Ce document n'est pas une confession.... j'y verrai plutôt un album de famille.... fait de souvenirs, de conjectures, de nostalgies, et c'est l'œuvre d'une vie, peut-être grande, et la seule œuvre de notre vie ».


Le ton est assez ironique dans les débuts devient plus grave ensuite, sans jamais se départir d'un léger détachement. Le plus jeune des Mulvaney peut parler de l'épreuve vécue par sa famille, car il y fut, de part son jeune âge, moins impliqué que ses frères et sœur, quoique ayant plus tard, accepté de jouer un rôle important.


Les Mulvaney sont une famille de la bourgeoisie provinciale installée à High Point Farm, une vaste propriété proche de Mont-Ephraïm dans l'état de New-York. Ils possèdent des vaches, des chevaux( chacun a le sien), des chèvres, des chiens, des chats, et des oiseaux.

Ils se servent des bêtes pour faire les intermédiaires dans leurs échanges entre eux. On s'adresse à un animal pour lui demander si Untel  aimerait ceci, ou lui dire ses impressions à propos d' Untel, ce dernier doit se reconnaître et répondre.

Cela paraît soit amusant, soit un peu étrange... et me met mal à l'aise.



La mère de famille, Corinne, aime chiner dans les brocantes et ramène toute sorte d'objets inutiles qui ravissent les enfants ou exaspèrent le père. Le père Michael a été lâché par ses parents, et a une revanche à prendre sur la vie. Il est devenu directeur d'une entreprise de revêtements pour toitures et a réussi à devenir membre d'un club privé de personnes snobs et arrivistes; il a l'impression d'être une sommité.

Corinne et Michael s'aiment. Ils sont un peu exhibitionnistes et se bécotent devant leur enfants, et en public comme s'ils avaient quelque chose à prouver!


Corinne aime son mari, même dans le mariage.

Son secret?

Jouer à s'imaginer qu'ils ne sont pas mariés...

«  lorsque papa et maman se rencontraient en public, même s'ils ne s'étaient quittés que quelques heures et que ce fut à l'école, le jour du matche de foot, au milieu d'une centaine de personnes,, papa accueillait maman avec un grand sourire, un « bon jour chérie! » et lui baisait tendrement la main : même Marianne rentrait sous terre; tellement c'était gênant.

Une des amies de maman lui demande un jour si elle et son mari avaient un secret, et maman répondit à voix basse: «  Oh, cet homme n'est pas mon mari. Nous faisons juste un essai ».



Par petites touches, on nous fait saisir le malaise qui règne dans cette famille ; les personnages sont un peu agaçants mais sympathiques en même temps, fragiles et moins adaptés à la communauté qu'on ne pourrait le croire.




En 1976, lorsque survient la catastrophe, les Mulvaney ont quatre enfants: Michaël 22 ans, Patrick 18 ans ( scientifique, passionné par Darwin), Marianne 17 ans «  belle, parfaite, merveilleuse et très comme il faut", et notre narrateur 13 ans.


Marianne se fait violer au bal de la saint-Valentin par un lycéen plus âgé qui la fait boire et lui raconte qu'il vaut se convertir et qu'elle seule peut le sauver. Marianne est très pieuse, à l'image de sa mère, et même chez les hommes on fait sa prière, à l'exception de Patrick. Cela peut étonner chez des jeunes en 1976, mais nous sommes dans une communauté américaine de petite bourgeoisie, dont l'auteur décrit bien les travers, les hypocrisies, les obsessions.

 

Du jour au lendemain, les Mulvaney sont bannis . Une descente en enfer les attend. En temps que lecteur, je n'ai pas été surprise par la réaction des prétendus «  amis » des Mulvaney mais choquée par l'attitude du père de Marianne, qui la répudie, et encore plus par sa mère, qui se range à l'avis de son mari et expédie sa fille chez une vague parente. A 17 ans, Marianne est livrée à elle-même, ne pouvant faire ses études, allant de place en place, servante, bonne à tout faire, rongée de culpabilité, cherchant à expier son « péché »...! Seul Patrick, son frère, s'émeut de ce traitement infâme, et va chercher à la venger...


J'ai été surprise par le happy end de l'épilogue, la réconciliation de Marianne avec un destin de « femme », tel qu'on l'entend dans cette société-là, ne me paraissait pas trop vraisemblable. Bien sûr qu'elle n'aurait pas dû non plus pardonner à sa mère : on voit à quel point les être humains peuvent être formatés!

La mère a élevé sa fille dans une atmosphère de pudibonderie, de non-dits, et l'a entourée d'animaux, et de croyances en l'innocence. Ni elle ni son mari ne feront jamais leur autocritique!


le mariage heureux et productif de l'aîné, et l'apparition hâtive de nouveaux personnages qu'on n'a pas le temps de connaitre à la fin, ne convainquent pas forcément. Cependant, nous comprenons que le plus jeune des Mulvaney tenait à montrer de quelle manière sa famille survit.




Pour ma première participation au blogoclub de lecture, j'ai apprécié ce roman familial de Oates, son observation aiguë des mœurs de son époque, et les qualités de la narration, même si je n'ai pas compris entièrement ce qu'elle voulait nous dire.

Par exemple, je ne saisis pas le sens de la phrase de Walt Whitman mise en exergue du roman. Elle pourrait avoir été choisie par le narrateur en hommage à son frère Patrick ?«  je me lègue à la terre pour pouvoir renaître de l'herbe que j'aime/ Si tu veux me revoir, cherche -moi sous la semelle de tes souliers.... »


J'ai hâte de lire les autres contributions, d'autres lectures seront les bienvenues pour moi!


je vou propose de lire l'article de Cléanthe qui interroge le texte intelligemment .

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commentaires

A
je n'ai pas pu lire ce livre à temps mais je découvrirais cette auteure avec mais pas tout de suite.
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L
Tu m'as convaincue de lire Oates et ce livre, alors qu'il me faisait plutôt peur. En ce qui concerne la réaction des parents face au viol, je ne sais pas si tu as vu "The Magdalen Sisters", mais je pense que la situation est semblable.
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Oui c'est un pavé! Mais je n'ai pas passé beaucoup de pages comme  je le craignais ; une petite vingtaine pas plus.
Sur le thème de la chute et de la rédemption, c'est classique, mais avec beaucoup de qualités d'observation des moeurs .

Je recommande les Chutes, meilleur que celui-là, bien équilibré, dont l'écriture est plus travaillée, il me semble.
J'aime bien cet auteur : j'en lirai d'autres ( de longueur moyenne).


K
Je commence ma lecture des articles sur ce livre par le tien, je vois que c'est ta première participation au blogoclub!La fin a vraiment un ton différent, on retrouve celui du début. Un peu plaqué et rapide, en effet. Ce livre ne m'a pas entièrement convaincue, il y a quelques longueurs en plus.Mais je pourrais lire encore un roman de l'auteur !
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