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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 10:17
Julia Courtney-Sullivan les Débutantes ****

Titre original : Commencements ; 2009

2012 éditions rue Fromentin, 517 pages

Université Smith début des années 2000

Roman d’apprentissage de quatre filles de 18 ans qui viennent d’emménager à Smith une université américaine féminine du Nord.

Celia étudie la littérature pour devenir romancière, boit pas mal collectionne les coucheries d’une nuit ; Bree est une future avocate ; elle vient d’Atlanta et est déjà fiancée. Sally vient d’enterrer sa mère, et apprend la biologie espérant faire médecine après la fac ; April les sciences sociales pour travailler dans l’humanitaire. Végétalienne et féministe, elle s’occupe déjà de plusieurs associations pour venir en aide aux femmes maltraitées.

Côté sentimental, Sally la scientifique va avoir une relation assez suivie avec un prof…de poésie ; Celia n'a que des déboires. Bree fréquente une fille et sa famille ne veut pas le savoir. April travaille pour payer ses études ; elle aide Ronnie une féministe pure et dure à réaliser des films documentaires sur les abus sexuels faits aux femmes. Le job est dangereux.

Les 4 filles sont très liées les unes aux autres et les études achevées, le groupe se reforme en cas de crise… c’est admirable !

Elles sont également très attachées à leurs familles, à leurs mère surtout, April mise à part.

C’est un roman de mœurs agréable à lire. Pour les histoires d’amour l’auteur a su éviter les pièges de la sentimentalité facile et de la trop grande naïveté. Le côté préoccupations sociales est sérieusement traité. On s’attache aux jeunes filles. Pas de la littérature à proprement parler mais un récit intéressant, et bien mené.

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 10:27

2011, 396 pages.

Hannah jeune fille de 18 ans, tout au nord de la Suède. Famille pauvre, la mère ne peut plus la garder. La confie à Jonathan Forsman qui a du bien, et ne lui fera pas de mal « car il est converti ». Hannan part pour la ville, devient servante de Joanthan, puis est admise sur un navire en partance pour l’Australie pour y être cuisinière. Forsman possède la chargement, et la protège encore ; de fait, elle ne se fait pas violer, mais rencontre un jeune marin timide et agréable. Ils se marient. Hélas, l’idylle dure peu car il attrape une fièvre mortelle.

Hannah est choquée, elle ne peut plus reste sur la navire, débarque clandestinement au Mozambique, dans le premier port où ‘s’arrête le navire. Elle s’installe dans un hôtel tout près du port. C’est un bordel mais d’abord elle n’en sait rien ! elle est malade, reste longtemps alitée, et là encore, on la protège ( son statut de blanche ainsi que sa forte personnalité …) car le bordel est tenu par un portugais Vaz qui fait travailler des Noires, et qui témoigne un grand respect à cette jeune femme seule qui vient d'arriver...

Ecrit simplement, bien structuré, ce roman ausculte le racisme anti-noir au début du 20eme siècle en Afrique, les tentatives de révolte des populations odieusement soumises, leurs stratégies de défense, les superstitions des blancs et celles des noirs.

Il m’a plu. C’est même le roman de Mankell que j’ai préféré.

L'héroïne a un côté " vierge intouchable" qui n'est peut-être pas tout à fait crédible... on doit imaginer que sa personnalité, quelque chose en elle force le respect... outre le fait qu'elle est blanche.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 12:11
Mathias Enard Boussole ****+

Actes Sud, 375 pages.

Un musicologue viennois ( de nos jours) insomniaque, Franz Ritter ( Ritter signifie chevalier c’est humoristique par rapport au personnage ) ; sa nuit : il n’arrive pas à dormir et craint d’être atteint d’une grave maladie ; pour se désennuyer il convoque ses souvenirs de voyages en compagnie notamment de Sarah une femme française dont il a toujours été amoureux ( mais ils n’ont vécu ensemble que de brefs moments)

Leurs rencontres en Styrie au château d’Hainfeld, en Egypte en Turquie, à Istanbul ; en Syrie à Palmyre ; en France à Saché le château de Balzac, où le narrateur franco-autrichien passait des vacances. À Paris …

Sarah est archéologue a fait une thèse sur les représentations orientales dans la culture française. Avec elle, il est parti sur les traces d’aventurières fascinantes : Marguerite Andurain, Anne-Marie Schwarzenbach, Jane Digby…

Il évoque aussi ses moments musicaux les plus passionnants, le voyage de Liszt à Constantinople où il joua pour le sultan. Il est abondamment question de Thomas Mann et du Dr Faustus ( je n’avais pas pensé à cette lecture depuis longtemps, je suis bien aise qu’on me la rappelle !).

Les relations culturelles fructueuses entre le proche orient et l’Europe (surtout la France et l’Autriche) sont le leitmotiv de ce roman ( pas tout à fait roman, recueils de promenades de réflexions et d’histoires) ; on apprend par exemple que sur le manuscrit original de la Peau de chagrin la sentence mortifère, gravée sur le talisman était écrite en arabe.

Ce recensements de propos et de récits, parfois amusant, ou tenant du roman d’aventures, quelquefois lyriques ( sans exagérer), nostalgiques souvent, liés toujours à un lieu géographique et à une femme ( ou un ancien ami) en même temps qu'à une référence culturelle, fait penser quelquefois à la manière de Pascal Quignard. Mais l’écriture est plus souple, jamais péremptoire, les tonalités variées, et l’humour est au rendez-vous.

Curieux de l’orient ( au temps d’une magnificence disparue) de la culture germanique, de la littérature française du 19 eme siècle, et de la musique romantique, baroque, et moderne, du parcours de quelques femmes exceptionnelles, ce livre est pour vous.

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 12:29
Antoine Choplin Une forêt d’arbres creux

La Fosse aux ours, 2015, 116 pages.

En 1941, Le dessinateur Bedrich Fritta de Prague est déporté à Terezin( le camp de Theresienstadt) avec sa femme Johanna et son petit garçon. Dans un premier temps ils souffriront de la faim et du froid mais ne seront pas torturés. Bedrich doit passer ses journées à dessiner des plans pour l’agrandissement du sinistre domaine ; il partage l’atelier avec d’autres juifs tous spécialisés dans les arts graphiques.

La nuit, les dessinateurs reviennent en secret dans l’atelier et se remettent au travail pour mettre ne scène sur papier leur quotidien et celui des autres déportés. Les réalisations sont dissimulées derrière un mur. Elles sont destinées à servir de témoignage quant à la vie réelle dans le camp. Une vie que l’on nous décrit avec simplicité et précision, un récit qui émeut et terrorise aussi.

Le titre se réfère aux deux arbres que Bedrich aperçoit par delà les barbelés à son arrivée au camp. Des arbres qui ne cachent pas la forêt de supplices au-delà d’eux.

Deux arbres ( des ormes pense-t-il) qui sont beaux jeunes et luxuriants déjà mais dont l’entrelacement complexe et chaotiques des branches induit une sensation angoissante, suggère la souffrance de ceux qui vivent au-delà de ces arbres. Pou lui, ce ne sont pas de vrais arbres, il visualise « un gouffre … s’ouvrant à la base du tronc ». Le narrateur compare les fils de fer barbelés derrière les arbres, à une portée musicale inférant des sons discordants « Drôle de portée avec ses barres de mesure, vide de toute mélodie, et contre laquelle, à y bien regarder, semble se disloquer la promesse des choses ». Au cours du récit, il y aura effectivement un concert…

La métaphore est très juste, et ce prologue donne le ton de l’ensemble. Le style est magnifique, travaillé sans être surchargé, une poésie amère et vraie s’en dégage.

A lire, impérativement ! j’avais déjà remarqué cet auteur avec « le Héron de Guernica»

Les dessins de Bedrich Fritta ont été exposés au musée Juif de Berlin ; vous pouvez télécharger le fichier et en profiter. Son style de dessin me fait penser à Bruno Schulz…

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 18:28
Laurent Binet La septième fonction du langage **

Grasset, 495 pages.

L’auteur imagine que Roland Barthes renversé par une camionnette et victime d’un traumatisme crânien qui lui fut fatal, a été victime d’un assassinat plutôt que d’un accident. Les conducteurs l’auraient heurté intentionnellement, et un individu de l’hôpital ( peut-être une infirmière ?)L’aurait achevé. Et pourquoi donc ? Il détenait un document important. Un document qui explique comment faire pour persuader d’une manière infaillible n’importe quel auditoire de faire n’importe quoi.

Vraiment ? Une telle recette peut-elle exister ? Non, bien sûr ! (Sauf dans la science fiction, on entre dans la pensée des gens par télépathie etc. vous avez lu des trucs de ce genre…)

Tout le monde le sait ! Le langage nous entraîne où il veut, et l’on n’a sur lui que peu de prises. Bien sûr on peut s’entraîner à l’art de persuader, au sophisme, et obtenir de brillants résultats dans les joutes oratoires… et on en lira quelques unes dans ce roman, qui tient de la satire ( bien lourde caricature de quelques intellectuels ) de la série policière, du roman d’aventure.

Bref un policier Bayard et un étudiant en sémiologie Simon mènent l’enquête. Simon est une sorte de Sherlock Holmes qui à observer les gens déduit immédiatement leur passé leur profession leur situation de famille leur niveau de vie etc.…

Ce roman grouille de clichés et cela saute aux yeux dès la première phrase : « la vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du XXème siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte avec qui il entretenait des rapports très proustiens. «

Pourquoi ne pas dire simplement qu’il était très attaché à sa mère ? L’adjectif « proustien » est tellement tarte à la crème que cela me fait tiquer.

Personnellement je n’ai pas réussi à croire à cette histoire, je suis restée en dehors presque tout le temps. La façon dont l’auteur caricature Sollers, Kristeva, Foucauld, et Henri-Lévy est tellement appuyée que l’effet en est raté : je n’ai même pas souri ! Il y a beaucoup de pages où l’on subit les ébats sexuels extrêmement vulgaires de plusieurs personnages saisis du démon de midi-minuit, dans n’importe quelle position et dans les endroits les plus attendus comme les plus improbables un sauna, une photocopieuse, un cimetière, et que sais-je encore …

Seules m’ont plu les pages italiennes, notamment celles consacrées au carnaval de Venise, à certaine reconstitutions historiques, et dans une certaine mesure les joutes oratoires du club du Logos encore que les châtiments infligés aux perdants sont limite débiles !

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 17:32
Iegor Gran La Revanche de Kevin***

POL, 2015, 189 pages

Un jeune homme, Kevin H. est complexé par son prénom qui semble-t-il est synonyme de médiocrité, basse extraction sociale, QI faible…

Il a tout de même réussi à être commercial et à vendre de l’espace publicitaire à la Radio. Il n’aime pas ses collègues animateurs, qui se prennent pour des gens intellectuels et cultivés et sont en fait prétentieux cupides et vulgaires. Ses collègues le méprisent et le tiennent pour la dernière roue du carrosse.

Kevin, au Salon du Livre se fait passer pour un lecteur de manuscrits appartenant à « la grande Maison ». Il feint de s’intéresser au texte de François –René Pradel, auteur publié dans des maisons honorables, mais n’obtenant qu’un succès d’estime. Bien sût Kevin se trouve un autre nom : Alexandre Janus-Smith. Janus parce qu’il a deux têtes, Alexandre parce que c’est tout un empire, Smith pour le contraste et le trait d’union. Très bon pseudo ! Belle faconde aussi, car Pradel le prend au sérieux. A travers une série d’échanges de mails, il parvient à lui faire croire que le comité de lecture de la Grande Maison s’intéresse à son texte et veut le lancer ! Bien sûr le poisson ferré Janus –Smith disparaît…

Pradel n’est pas sa première victime.

Mais ce nouveau succès, va donner à Kevin du fil à retordre …

Nous avons là une énième satire féroce des milieux de l’édition, et de la radio. L’auteur recherche la formule qui gifle, la métaphore rare, l’énoncé brillant ; la première partie m’a plu.

Pourtant, vers la page 70 (bien avant la 99, donc…) j’ai commencé à m’irriter des nombreux effets de manche que recèle le texte. Non que ce soit de l’humour facile… les phrases je l’ai dit sont plutôt recherchées et témoignent d’un vrai travail de style. Mais cette histoire sombre dans la dérision totale, et à cultiver la dérision, on peut tomber dans le dérisoire. Le fait est que rien n’est à sauver dans ce monde-là ! Tous pourris, tous vains, Kevin y compris. Le seul personnage que l’auteur semble apprécier c’est la maman de Charlotte. Pourtant ce personnage frise la caricature à cause de la surcharge stylistique.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 17:30
Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée***

1ere parution 1874

LP, 2015, 470 pages.

Bathsheba une jeune fille de vingt ans, a hérité l’exploitation agricole de son oncle, à son décès ; elle en prend la direction et règne sur une équipe d’ouvriers, tous des hommes, avec célérité. Elle a une demoiselle de compagnie gentille et un peu sotte, cela lui suffit comme fréquentation féminine. Un jour sa ferme manque de périr dans un incendie ; Gabriel Oak, ex-fermier ruiné devenu journalier, sauve la propriété et entre à son service. Batsheba et Gabriel se connaissent déjà ; il en est amoureux mais elle l’a éconduit.

Le fermier voisin de la jeune fille, Boldwood est un célibataire endurci deux fois plus âgé qu’elle ; pour lui faire une farce, elle lui envoie une carte de St Valentin. Hélas ! Boldwood a pris la chose au sérieux et commence à lui faire une cour plus qu’assidue. Oak, sage pieux et travailleur, continue à l’aimer en silence. Cependant que Batsheba est attirée par le sergent Troy, bel homme, galant, et plus amusant que les deux soupirants précédemment cités.

Nous avons là une action plutôt lente inscrite dans une tradition bucolique ; la vie à la campagne, les travaux des champs, sont minutieusement décrits pour chaque saison. Des événements naturels tels qu’un gros orage, un incendie, les beautés de la nature ( aube, nuit, coucher de soleil, averse) font l’objet de peintures colorées.

On suit les bonnes et mauvaises fortunes de Batsheba aux prises avec ses amoureux : le vieux voisin dépressif et insistant, le trop sage Gabriel ennuyeux comme un bonnet de nuit, et le libertin intéressé et dispendieux… la pauvre jeune fille est bien mal lotie !

On la plaint… L’intrigue ne réserve pas de vraie surprise (on en devine facilement les grandes lignes). Le style est très soigné. les personnages sont bien campés, l’intrigue est parfaite,et… je me suis passablement ennuyée ! Il faut croire que je suis plus rat des villes que des champs…

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 09:07
Jean-Paul Sartre La Mort dans l’âme ***

Folio 378 pages

3 eme tome des Chemins de la liberté, ce dernier roman me semble inachevé ; il est en tout cas beaucoup moins bon que les précédents.

Cette fois nous sommes en juin 1940 ; la guerre a été déclarée neuf mois auparavant ; nous retrouvons les personnages de l’âge de raison confrontés à ce nouvel état de choses

Gomez est à NY où il cherche du travail comme critique de peintre pour gagner sa vie. Il ne pense guère à Sarah et au petit Pablo, restés en France, et lancés sur les routes de l’exode avec peu de chances de parvenir à le rejoindre. Boris suite à une blessure sans gravité est démobilisé. Il a entendu parler par des amis du groupe de futurs résistants qui s’organise à Londres autour de De Gaulle et a une opportunité de les rejoindre. Ivich est à présent mariée, son mari ( Georges un personnage mineur du Sursis) est au front ; elle ne peut supporter sa belle-famille et s’est enfuie à Marseille où Boris veut la confier à Lola. Ivich déjà enfuie de chez ses parents dans le Sursis, avait trouvé refuge chez Mathieu, dans son appartement… mais on la quittait dans le roman précédent, déchirant le billet donné par Mathieu, puis couchant avec on ne savait quel type ( à présent on le sait). Elle ne voulait sans doute pas se faire entretenir par Mathieu mais cela aurait mieux valu que de tomber dans les premiers bras venus …

Daniel resté dans Paris occupé y rencontre le jeune Philippe cette fois réellement déserteur, l’héberge et cherche à le sonder se laisserait-il séduire ? On dirait que non…

Nous ne sauront pas ce que deviennent ces personnages abandonnés au milieu d’un tournant de leur vie… Sartre se focalise sur Mathieu : depuis neuf mois qu’il est soldat, il a de plus en plus l’impression de perdre son temps, s’ennuie à mourir, subit une sorte de déréalisation. Comme ses camarades, d’ailleurs… Il n’est pas en première ligne, mais décide de combattre à la première occasion. Et le voilà enfin agissant pendant quinze minutes avant de tomber (on le suppose) sous les coups de l’ennemi. Cette page est restée célèbre, elle n’est pas mal en effet.

La seconde partie très longue et passablement ennuyeuse nous fait suivre Brunet, également mobilisé, qui sera fait prisonnier par les allemands et se fera un ami qu’il gagne à ses convictions ( je n’ai pas compris ce qu’il avait pensé du pacte germano-soviétique, mais j’ai passé bien des pages…)

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 21:20
 Jean-Paul Sartre Le Sursis ****+

Folio, 1972 ( 1ere publication 1945)

435 pages.

Nous sommes en septembre 1938 pendant cette semaine critique où plusieurs chefs d’état européens dont le sinistre chancelier Hitler sont réunis parce que le führer prétend chasser des territoires tchèques les ressortissants non-allemands, autrement dit démanteler la Tchécoslovaquie. Si les Français et les Anglais s’y opposent, la guerre sera inévitable.

Et de fait, tous les personnages de ce second opus qui suivent l’actualité ou sont informés par ouï-dire, s’attendent à la guerre.

L’auteur fait vivre une cinquantaine de personnages très variés dans leur quotidien pendant ces quelques jours ; l’attente de la guerre sera leur dénominateur commun.

Nous avons des gens directement concernés : à Prague, un couple tchèque déjà maltraité par ses voisins nazis et qui ne savent comment échapper à leur destin ; deux familles de juifs parisiens qui se déchirent ; certains se veulent français, prétendent oublier leurs origines croyant que cela les sauvera ; d’autres sont à juste titre effrayés, sachant l’existence de camps de déportations de juifs. Les chefs d’état réunis pour une soi-disant négociation qui se soldera par le recul face à l’agression hitlérienne ( la seconde après l’Anschluss) ; l’auteur montre bien la honte ressentie par Chamberlain et Daladier qui vont céder ; il s’introduit dans leur conscience…

Et dans celles des autres, les personnages de l’Age de raison, que l’on connaît déjà et quelques autres.

Beaucoup d’hommes sont invités à rejoindre leur caserne de rattachement, dont Mathieu le personnage principal de l’Age de raison toujours convaincu de la superfluité de son existence qui attend la guerre avec fatalisme et ennui ; mais aussi Boris le jeune amant de Lola, qui balance entre pacifisme et engagement, le cadre du Parti communiste Brunet et le simple militant mécano Maurice dont la rencontre inopinée montre les divergences ; le Général Gomez occupé à lutter contre la dictature d’Espagne délaissant sa femme et son fils, le jeune Philippe enfui de chez lui, qui veut militer pour la paix et se prend pour un déserteur, Gros Louis un brave berger venu des Pyrénées trouver du travail à Marseille ne sachant rien de la situation politique, une jeune violoniste et son ami de retour du Maroc connaissant des moments difficiles indirectement liés à la situation, des handicapés grabataires de tous âges sont déplacés de leur hôpital, l’un d’eux se révolte contre les agissements des « debout » … Dans ce roman « choral » s’entrelacent toutes sortes de vies humaines que l’on regarde exister pendant cette semaine où la guerre « en sursis » est repoussée une dernière fois.

L’auteur réussit à effacer la présence du narrateur omniscient pour rendre les aventures de ses personnages de façon très vivante. Tout cela me paraît très juste et bien vu, souvent pathétique, excepté les pénibles monologues du personnage de Daniel…

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 16:45
Elena Ferrante l’Amie prodigieuse *****

Gallimard, 2014, 489 pages

Naples années 50 ; dans un quartier défavorisé vivent Elena et Lila, qui sont devenues amies à l’école. Elles y sont les meilleures élèves de Mme Olivieri l’institutrice. Mais Lila la fille du cordonnier n’aura pas le droit de faire des études ; Elena obtient cet avantage....

Enfants, elles sont toutes deux terrorisées par Achille Caracci l’épicier, un "ogre" dont elles supposent qu’il leur a volé leurs poupées. Leur acte de courage, aller chez Achille réclamer les poupées, scellera leur amitié ; cette relation est faite d’amour et de haine .Chaque fois que l’une réussit quelque chose, l’autre se sent diminuée et œuvre pour l’égaler ou la dépasser. Ainsi en est-il des études : Lila étudie seule, lit des tonnes de livres, apprend des dictionnaires et grammaires latines pour égaler son amie et néanmoins rivale. Lorsqu’elles atteignent l’adolescence, elles rivalisent pour séduire les garçons et se plaire à elles-mêmes. Elles se querellent et se réconcilient toujours.

Autour des deux filles gravitent les habitants du quartier : les Caracci dont le père Achille leur faisait si peur ; dans la réalité il a bien un différent grave avec la famille du menuisier Peluso et un drame s’ensuit…

Une autre protagoniste la pauvre Melina, une jeune veuve, saisie tantôt d’exaltation tantôt de dépression n’a pas de travail ,et ses enfants ont bien du mal à s’en sortir. La famille Sarratore dont le père cheminot écrit des poèmes et abuse la gent féminine de tout âge ; Enzo le fils courageux du marchand de primeurs ; les Solara dont on soupçonne qu’ils entretiennent des liens avec la mafia en grandissant.

le temps passe, et les fils d’Achille profitent de l’argent gagné illégalement par leur père (mais ils semblent en faire bon usage…) tandis que le fils des Peluso ( victime ) devient communiste et maçon ; les jeunes du quartier qui font des études ne s’entendent plus avec ceux qui sont devenus ouvriers artisans ou petits commerçants. Lila, l’amie d’Elena est une originale : autodidacte, ouvrière, instruite et ambitieuse, attirée par l'argent, elle n’appartient à aucun groupe et semble vouloir dévorer la vie…

L'argent joue évidemment un grand rôle dans ce roman, qui explore le devenir social aussi bien que psychologique des différents familles du quartier.

Un roman d’apprentissage passionnant dont on regrette de devoir attendre la traduction des tomes suivants pour pouvoir continuer

On ne sait rien de l'auteur, Elena Ferrante, dont j'ai lu tous les romans traduits en français.

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