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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 12:29
Antoine Choplin Une forêt d’arbres creux

La Fosse aux ours, 2015, 116 pages.

En 1941, Le dessinateur Bedrich Fritta de Prague est déporté à Terezin( le camp de Theresienstadt) avec sa femme Johanna et son petit garçon. Dans un premier temps ils souffriront de la faim et du froid mais ne seront pas torturés. Bedrich doit passer ses journées à dessiner des plans pour l’agrandissement du sinistre domaine ; il partage l’atelier avec d’autres juifs tous spécialisés dans les arts graphiques.

La nuit, les dessinateurs reviennent en secret dans l’atelier et se remettent au travail pour mettre ne scène sur papier leur quotidien et celui des autres déportés. Les réalisations sont dissimulées derrière un mur. Elles sont destinées à servir de témoignage quant à la vie réelle dans le camp. Une vie que l’on nous décrit avec simplicité et précision, un récit qui émeut et terrorise aussi.

Le titre se réfère aux deux arbres que Bedrich aperçoit par delà les barbelés à son arrivée au camp. Des arbres qui ne cachent pas la forêt de supplices au-delà d’eux.

Deux arbres ( des ormes pense-t-il) qui sont beaux jeunes et luxuriants déjà mais dont l’entrelacement complexe et chaotiques des branches induit une sensation angoissante, suggère la souffrance de ceux qui vivent au-delà de ces arbres. Pou lui, ce ne sont pas de vrais arbres, il visualise « un gouffre … s’ouvrant à la base du tronc ». Le narrateur compare les fils de fer barbelés derrière les arbres, à une portée musicale inférant des sons discordants « Drôle de portée avec ses barres de mesure, vide de toute mélodie, et contre laquelle, à y bien regarder, semble se disloquer la promesse des choses ». Au cours du récit, il y aura effectivement un concert…

La métaphore est très juste, et ce prologue donne le ton de l’ensemble. Le style est magnifique, travaillé sans être surchargé, une poésie amère et vraie s’en dégage.

A lire, impérativement ! j’avais déjà remarqué cet auteur avec « le Héron de Guernica»

Les dessins de Bedrich Fritta ont été exposés au musée Juif de Berlin ; vous pouvez télécharger le fichier et en profiter. Son style de dessin me fait penser à Bruno Schulz…

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 18:28
Laurent Binet La septième fonction du langage **

Grasset, 495 pages.

L’auteur imagine que Roland Barthes renversé par une camionnette et victime d’un traumatisme crânien qui lui fut fatal, a été victime d’un assassinat plutôt que d’un accident. Les conducteurs l’auraient heurté intentionnellement, et un individu de l’hôpital ( peut-être une infirmière ?)L’aurait achevé. Et pourquoi donc ? Il détenait un document important. Un document qui explique comment faire pour persuader d’une manière infaillible n’importe quel auditoire de faire n’importe quoi.

Vraiment ? Une telle recette peut-elle exister ? Non, bien sûr ! (Sauf dans la science fiction, on entre dans la pensée des gens par télépathie etc. vous avez lu des trucs de ce genre…)

Tout le monde le sait ! Le langage nous entraîne où il veut, et l’on n’a sur lui que peu de prises. Bien sûr on peut s’entraîner à l’art de persuader, au sophisme, et obtenir de brillants résultats dans les joutes oratoires… et on en lira quelques unes dans ce roman, qui tient de la satire ( bien lourde caricature de quelques intellectuels ) de la série policière, du roman d’aventure.

Bref un policier Bayard et un étudiant en sémiologie Simon mènent l’enquête. Simon est une sorte de Sherlock Holmes qui à observer les gens déduit immédiatement leur passé leur profession leur situation de famille leur niveau de vie etc.…

Ce roman grouille de clichés et cela saute aux yeux dès la première phrase : « la vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du XXème siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte avec qui il entretenait des rapports très proustiens. «

Pourquoi ne pas dire simplement qu’il était très attaché à sa mère ? L’adjectif « proustien » est tellement tarte à la crème que cela me fait tiquer.

Personnellement je n’ai pas réussi à croire à cette histoire, je suis restée en dehors presque tout le temps. La façon dont l’auteur caricature Sollers, Kristeva, Foucauld, et Henri-Lévy est tellement appuyée que l’effet en est raté : je n’ai même pas souri ! Il y a beaucoup de pages où l’on subit les ébats sexuels extrêmement vulgaires de plusieurs personnages saisis du démon de midi-minuit, dans n’importe quelle position et dans les endroits les plus attendus comme les plus improbables un sauna, une photocopieuse, un cimetière, et que sais-je encore …

Seules m’ont plu les pages italiennes, notamment celles consacrées au carnaval de Venise, à certaine reconstitutions historiques, et dans une certaine mesure les joutes oratoires du club du Logos encore que les châtiments infligés aux perdants sont limite débiles !

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 17:32
Iegor Gran La Revanche de Kevin***

POL, 2015, 189 pages

Un jeune homme, Kevin H. est complexé par son prénom qui semble-t-il est synonyme de médiocrité, basse extraction sociale, QI faible…

Il a tout de même réussi à être commercial et à vendre de l’espace publicitaire à la Radio. Il n’aime pas ses collègues animateurs, qui se prennent pour des gens intellectuels et cultivés et sont en fait prétentieux cupides et vulgaires. Ses collègues le méprisent et le tiennent pour la dernière roue du carrosse.

Kevin, au Salon du Livre se fait passer pour un lecteur de manuscrits appartenant à « la grande Maison ». Il feint de s’intéresser au texte de François –René Pradel, auteur publié dans des maisons honorables, mais n’obtenant qu’un succès d’estime. Bien sût Kevin se trouve un autre nom : Alexandre Janus-Smith. Janus parce qu’il a deux têtes, Alexandre parce que c’est tout un empire, Smith pour le contraste et le trait d’union. Très bon pseudo ! Belle faconde aussi, car Pradel le prend au sérieux. A travers une série d’échanges de mails, il parvient à lui faire croire que le comité de lecture de la Grande Maison s’intéresse à son texte et veut le lancer ! Bien sûr le poisson ferré Janus –Smith disparaît…

Pradel n’est pas sa première victime.

Mais ce nouveau succès, va donner à Kevin du fil à retordre …

Nous avons là une énième satire féroce des milieux de l’édition, et de la radio. L’auteur recherche la formule qui gifle, la métaphore rare, l’énoncé brillant ; la première partie m’a plu.

Pourtant, vers la page 70 (bien avant la 99, donc…) j’ai commencé à m’irriter des nombreux effets de manche que recèle le texte. Non que ce soit de l’humour facile… les phrases je l’ai dit sont plutôt recherchées et témoignent d’un vrai travail de style. Mais cette histoire sombre dans la dérision totale, et à cultiver la dérision, on peut tomber dans le dérisoire. Le fait est que rien n’est à sauver dans ce monde-là ! Tous pourris, tous vains, Kevin y compris. Le seul personnage que l’auteur semble apprécier c’est la maman de Charlotte. Pourtant ce personnage frise la caricature à cause de la surcharge stylistique.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 17:30
Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée***

1ere parution 1874

LP, 2015, 470 pages.

Bathsheba une jeune fille de vingt ans, a hérité l’exploitation agricole de son oncle, à son décès ; elle en prend la direction et règne sur une équipe d’ouvriers, tous des hommes, avec célérité. Elle a une demoiselle de compagnie gentille et un peu sotte, cela lui suffit comme fréquentation féminine. Un jour sa ferme manque de périr dans un incendie ; Gabriel Oak, ex-fermier ruiné devenu journalier, sauve la propriété et entre à son service. Batsheba et Gabriel se connaissent déjà ; il en est amoureux mais elle l’a éconduit.

Le fermier voisin de la jeune fille, Boldwood est un célibataire endurci deux fois plus âgé qu’elle ; pour lui faire une farce, elle lui envoie une carte de St Valentin. Hélas ! Boldwood a pris la chose au sérieux et commence à lui faire une cour plus qu’assidue. Oak, sage pieux et travailleur, continue à l’aimer en silence. Cependant que Batsheba est attirée par le sergent Troy, bel homme, galant, et plus amusant que les deux soupirants précédemment cités.

Nous avons là une action plutôt lente inscrite dans une tradition bucolique ; la vie à la campagne, les travaux des champs, sont minutieusement décrits pour chaque saison. Des événements naturels tels qu’un gros orage, un incendie, les beautés de la nature ( aube, nuit, coucher de soleil, averse) font l’objet de peintures colorées.

On suit les bonnes et mauvaises fortunes de Batsheba aux prises avec ses amoureux : le vieux voisin dépressif et insistant, le trop sage Gabriel ennuyeux comme un bonnet de nuit, et le libertin intéressé et dispendieux… la pauvre jeune fille est bien mal lotie !

On la plaint… L’intrigue ne réserve pas de vraie surprise (on en devine facilement les grandes lignes). Le style est très soigné. les personnages sont bien campés, l’intrigue est parfaite,et… je me suis passablement ennuyée ! Il faut croire que je suis plus rat des villes que des champs…

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 09:07
Jean-Paul Sartre La Mort dans l’âme ***

Folio 378 pages

3 eme tome des Chemins de la liberté, ce dernier roman me semble inachevé ; il est en tout cas beaucoup moins bon que les précédents.

Cette fois nous sommes en juin 1940 ; la guerre a été déclarée neuf mois auparavant ; nous retrouvons les personnages de l’âge de raison confrontés à ce nouvel état de choses

Gomez est à NY où il cherche du travail comme critique de peintre pour gagner sa vie. Il ne pense guère à Sarah et au petit Pablo, restés en France, et lancés sur les routes de l’exode avec peu de chances de parvenir à le rejoindre. Boris suite à une blessure sans gravité est démobilisé. Il a entendu parler par des amis du groupe de futurs résistants qui s’organise à Londres autour de De Gaulle et a une opportunité de les rejoindre. Ivich est à présent mariée, son mari ( Georges un personnage mineur du Sursis) est au front ; elle ne peut supporter sa belle-famille et s’est enfuie à Marseille où Boris veut la confier à Lola. Ivich déjà enfuie de chez ses parents dans le Sursis, avait trouvé refuge chez Mathieu, dans son appartement… mais on la quittait dans le roman précédent, déchirant le billet donné par Mathieu, puis couchant avec on ne savait quel type ( à présent on le sait). Elle ne voulait sans doute pas se faire entretenir par Mathieu mais cela aurait mieux valu que de tomber dans les premiers bras venus …

Daniel resté dans Paris occupé y rencontre le jeune Philippe cette fois réellement déserteur, l’héberge et cherche à le sonder se laisserait-il séduire ? On dirait que non…

Nous ne sauront pas ce que deviennent ces personnages abandonnés au milieu d’un tournant de leur vie… Sartre se focalise sur Mathieu : depuis neuf mois qu’il est soldat, il a de plus en plus l’impression de perdre son temps, s’ennuie à mourir, subit une sorte de déréalisation. Comme ses camarades, d’ailleurs… Il n’est pas en première ligne, mais décide de combattre à la première occasion. Et le voilà enfin agissant pendant quinze minutes avant de tomber (on le suppose) sous les coups de l’ennemi. Cette page est restée célèbre, elle n’est pas mal en effet.

La seconde partie très longue et passablement ennuyeuse nous fait suivre Brunet, également mobilisé, qui sera fait prisonnier par les allemands et se fera un ami qu’il gagne à ses convictions ( je n’ai pas compris ce qu’il avait pensé du pacte germano-soviétique, mais j’ai passé bien des pages…)

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 21:20
 Jean-Paul Sartre Le Sursis ****+

Folio, 1972 ( 1ere publication 1945)

435 pages.

Nous sommes en septembre 1938 pendant cette semaine critique où plusieurs chefs d’état européens dont le sinistre chancelier Hitler sont réunis parce que le führer prétend chasser des territoires tchèques les ressortissants non-allemands, autrement dit démanteler la Tchécoslovaquie. Si les Français et les Anglais s’y opposent, la guerre sera inévitable.

Et de fait, tous les personnages de ce second opus qui suivent l’actualité ou sont informés par ouï-dire, s’attendent à la guerre.

L’auteur fait vivre une cinquantaine de personnages très variés dans leur quotidien pendant ces quelques jours ; l’attente de la guerre sera leur dénominateur commun.

Nous avons des gens directement concernés : à Prague, un couple tchèque déjà maltraité par ses voisins nazis et qui ne savent comment échapper à leur destin ; deux familles de juifs parisiens qui se déchirent ; certains se veulent français, prétendent oublier leurs origines croyant que cela les sauvera ; d’autres sont à juste titre effrayés, sachant l’existence de camps de déportations de juifs. Les chefs d’état réunis pour une soi-disant négociation qui se soldera par le recul face à l’agression hitlérienne ( la seconde après l’Anschluss) ; l’auteur montre bien la honte ressentie par Chamberlain et Daladier qui vont céder ; il s’introduit dans leur conscience…

Et dans celles des autres, les personnages de l’Age de raison, que l’on connaît déjà et quelques autres.

Beaucoup d’hommes sont invités à rejoindre leur caserne de rattachement, dont Mathieu le personnage principal de l’Age de raison toujours convaincu de la superfluité de son existence qui attend la guerre avec fatalisme et ennui ; mais aussi Boris le jeune amant de Lola, qui balance entre pacifisme et engagement, le cadre du Parti communiste Brunet et le simple militant mécano Maurice dont la rencontre inopinée montre les divergences ; le Général Gomez occupé à lutter contre la dictature d’Espagne délaissant sa femme et son fils, le jeune Philippe enfui de chez lui, qui veut militer pour la paix et se prend pour un déserteur, Gros Louis un brave berger venu des Pyrénées trouver du travail à Marseille ne sachant rien de la situation politique, une jeune violoniste et son ami de retour du Maroc connaissant des moments difficiles indirectement liés à la situation, des handicapés grabataires de tous âges sont déplacés de leur hôpital, l’un d’eux se révolte contre les agissements des « debout » … Dans ce roman « choral » s’entrelacent toutes sortes de vies humaines que l’on regarde exister pendant cette semaine où la guerre « en sursis » est repoussée une dernière fois.

L’auteur réussit à effacer la présence du narrateur omniscient pour rendre les aventures de ses personnages de façon très vivante. Tout cela me paraît très juste et bien vu, souvent pathétique, excepté les pénibles monologues du personnage de Daniel…

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 16:45
Elena Ferrante l’Amie prodigieuse *****

Gallimard, 2014, 489 pages

Naples années 50 ; dans un quartier défavorisé vivent Elena et Lila, qui sont devenues amies à l’école. Elles y sont les meilleures élèves de Mme Olivieri l’institutrice. Mais Lila la fille du cordonnier n’aura pas le droit de faire des études ; Elena obtient cet avantage....

Enfants, elles sont toutes deux terrorisées par Achille Caracci l’épicier, un "ogre" dont elles supposent qu’il leur a volé leurs poupées. Leur acte de courage, aller chez Achille réclamer les poupées, scellera leur amitié ; cette relation est faite d’amour et de haine .Chaque fois que l’une réussit quelque chose, l’autre se sent diminuée et œuvre pour l’égaler ou la dépasser. Ainsi en est-il des études : Lila étudie seule, lit des tonnes de livres, apprend des dictionnaires et grammaires latines pour égaler son amie et néanmoins rivale. Lorsqu’elles atteignent l’adolescence, elles rivalisent pour séduire les garçons et se plaire à elles-mêmes. Elles se querellent et se réconcilient toujours.

Autour des deux filles gravitent les habitants du quartier : les Caracci dont le père Achille leur faisait si peur ; dans la réalité il a bien un différent grave avec la famille du menuisier Peluso et un drame s’ensuit…

Une autre protagoniste la pauvre Melina, une jeune veuve, saisie tantôt d’exaltation tantôt de dépression n’a pas de travail ,et ses enfants ont bien du mal à s’en sortir. La famille Sarratore dont le père cheminot écrit des poèmes et abuse la gent féminine de tout âge ; Enzo le fils courageux du marchand de primeurs ; les Solara dont on soupçonne qu’ils entretiennent des liens avec la mafia en grandissant.

le temps passe, et les fils d’Achille profitent de l’argent gagné illégalement par leur père (mais ils semblent en faire bon usage…) tandis que le fils des Peluso ( victime ) devient communiste et maçon ; les jeunes du quartier qui font des études ne s’entendent plus avec ceux qui sont devenus ouvriers artisans ou petits commerçants. Lila, l’amie d’Elena est une originale : autodidacte, ouvrière, instruite et ambitieuse, attirée par l'argent, elle n’appartient à aucun groupe et semble vouloir dévorer la vie…

L'argent joue évidemment un grand rôle dans ce roman, qui explore le devenir social aussi bien que psychologique des différents familles du quartier.

Un roman d’apprentissage passionnant dont on regrette de devoir attendre la traduction des tomes suivants pour pouvoir continuer

On ne sait rien de l'auteur, Elena Ferrante, dont j'ai lu tous les romans traduits en français.

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 11:28
Patrick Modiano Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ****

Un titre qui interpelle surtout si on n'a pas du tout le sens de l'orientation...

Jean Daragane romancier solitaire reçoit un coup de téléphone : à la gare de Lyon on a retrouvé son carnet d’adresses ; un carnet périmé mais le nom de Guy Torstel y figure, avec un vieux numéro de téléphone qui n’est plus attribué ; ce nom intéresse Gilles Ottolini l’homme qui a retrouvé le carnet.

Il donne RDV à Daragane rue de l’Arcade (près du boulevard Haussmann) Daragane répugne à ce rendez vous il a l’impression que cet Ottolini veut le faire chanter ( mais à propos de quoi ?)

Avec Ottolini se trouve une certaine Chantal sa compagne. Daragane la rencontre seule : ils vont discuter à partir d’une robe assez curieuse avec un dessin d’hirondelles que Chantal doit parfois porter dans de pénibles circonstances. Jean perçoit bientôt qu’Ottolini est une sorte de voyou proxénète et joueur de casino. Chantal et Ottolino semblent parents d’individus auxquels Daragane eut affaire lorsqu’il était petit. Ils craignent que l’on enquête sur un meurtre déjà ancien.

Le récit se focalise sur plusieurs époques : l’époque actuelle où Daragane est tiré de sa tranquillité par les deux individus qui lui rappellent un passé pénible. Il tient bon grâce à un arbre qu’il contemple par la fenêtre de son studio : un tremble ou un charme. Ces deux mots « tremble ou charme » résument le ressenti de l’écrivain par rapport à ce passé fait de crainte et d’un certain enchantement… et son enracinement à ce passé.

Sa mère (dont il ne sait plus rien) l’avait confié à une certaine Annie Astrand à à St Leu la forêt … Daragane préfèrerait ne pas se souvenir, mais il est entraîné malgré lui à faire son enquête. Le second niveau de récit c’est le moment, où, déjà écrivain il revit cette femme … un court moment, cette femme pour qui il avait écrit un premier roman.

Un troisième niveau de narration le ramène petit garçon, à son vécu avec elle ; le passé sort de l’ombre, du moins un épisode douloureux une séparation d’avec cette maman de substitution qu’il avait bien aimée. Ne te perd pas dans le quartier était une phrase qu’elle avait écrite pour lui, lorsqu’il sortait seul ou rentrait seul de l’école.

On se passionne vraiment pour cette histoire, bien que Modiano l’ait déjà racontée de diverses façons sous d’autres angles. Sa façon de nous introduire pas à pas , à l’aide de divers indices ( des noms de personne, de lieu, des éléments clé comme un arbre, des rencontres fugaces avec des gens plus ou moins identifiés) sa manière d’opacifier les éléments pour en laisser apparaître un petit coin lumineux qui semble éclairer quelque chose de précis qu’on élucidera pas pour autant… tout cela continue à charmer et à faire trembler.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 12:19

1ere publication en 1964.

Stock Cosmopolite, 1989.229 pages.

« Le temps viendrait-il jamais de réaliser ce rêve de renaître sous le visage d’un autre ? »

Le récit consiste en un long monologue en plusieurs cahiers que le narrateur adresse à sa femme. Chimiste dans un laboratoire, il a été brûlé par de l’azote liquide lui sautant au visage. Cet accident l’a laissé défiguré ; il se cache sous des pansements épais. Depuis cette mésaventure sa femme se refuse à lui.

Il est parti s’installer à l’hôtel, prétextant un congrès de chimistes. En fait, il réfléchit à l’élaboration d’un masque épousant parfaitement la peau de son visage, permettant la respiration de l’épiderme, un masque pouvant passer pour son vrai visage. Après réalisation de l’objet, il le porte, note l’effet produit sur les autres, et décide qu’il peut chercher à séduire sa femme de nouveau, mais en feignant d’être un autre homme…

L’histoire de cette tentative (désespérée ?) est contée par le menu, émaillée de réflexions diverses sur l’être et l’apparence ; on n’échappe pas aux considérations selon lesquelles l’être humain est toujours masqué, y compris à visage nu. Le problème du narrateur, c’est qu’il n’a « plus de visage », c'est-à-dire plus rien de socialement présentable, ce qui le contraint à une solitude irrémédiable. D’où l’idée de devoir se refaire un visage. Il passe par toute sorte de sentiments colère, haine, désespoir, désir de devenir un criminel véritable puisque le voilà en dehors de la société. Toutefois, il continue à se rendre à son laboratoire, et à y travailler. Notamment à la fabrication du masque, un travail complexe et méticuleux relaté dans ses moindres détails.

Le port d'un masque obéit souvent à des préoccupations esthétiques ( les masques Nô, le maquillage des femmes) ou au désir de faire revivre un ancêtre ( les masques des primitifs) , voire tout simplement au désir de se dissimuler pour jouer ( la fillette que le narrateur rencontre lui dit qu'il joue à cache-cache) mais se faire réellement passer pour un autre à l'aide d'un masque est une tout autre entreprise. Si notre narrateur devenu sans-visage avait pu connaître la secte du dieu Mutiface, peut-être aurait-il pris un nouveau départ, oublié son épouse , mis la chimie au service de tout autre chose! Voilà une vocation ratée...

Ce récit est long, bavard, introspectif. Même s’il s’adresse à son épouse, ( et propose une courte réponse de la part de cette femme ) le narrateur discours interminablement sur lui , ses relations avec cette épouse (on devine qu’elles n’étaient pas trop fameuses avant l’accident),sa liaison avec elle, masqué, la nouvelle identité qu'il se cherche depuis l'accident, et ne trouve pas.

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 21:13
Gail Godwin Flora ***+

Joëlle Losfeld 2014, 275 pages.

Cette auteure a écrit de nombreux romans, celui-ci est le premier traduit en français. Peut-être n’y en aura-t-il pas d’autres ; car je ne crois pas qu’il a ait été très lu ou très apprécié.

Il s’agit des relations entre Helen, petite fille de bientôt onze ans, et de sa tante Flora, 22 ans, chargée de la garder pendant trois semaines en juin , tout juillet et deux semaines en août 1945 ; Le père d’Helen, directeur de lycée, a accepté une mission particulière, en rapport avec la guerre contre les Japonais. On devine de quoi il s’agit, même si on ne sait pas quel est le le rôle joué par ce monsieur.

Helen a perdu sa mère ( la cousine de Flora) très jeune, et vient de perdre sa grand-mère, sa chère Nonnie, qui l’avait élevée.

Les deux protagonistes vivent dans la maison qu’occupait la grand-mère et qui servait de maison de repos à des convalescents autrefois. Helen n’a pas connu cette période mais elle la met en scène inlassablement.

Nous sommes en Caroline du nord. Helen est une fillette rêveuse, pleine d’imagination, mais aussi sarcastique, et orgueilleuse ; elle se juge supérieure à Flora : Flora vient d’Alabama, vivait dans une famille de fermiers, n’a pas appris les bonnes manières, vit et pense d’une façon simple. Elle espère pourtant devenir institutrice. Ce qui complique l’affaire c’est que Flora n’a pas confiance en elle, et se conduit comme si la fillette qu’elle garde avait des choses à lui apprendre…

Helen est cependant jalouse de Flora, car sa chère grand-mère a longtemps correspondu avec elle, et garde les lettres comme un trésor plein de sagesse de conseils et d’affection. Qu’est-ce donc que Nonnie pouvait bien trouver à Flora ? Helen subtilise une lettre puis une autre pour tenter de savoir.

Le conflit entre les deux filles la jeune femme et la préado, s’intensifie lorsque le garçon qui vient leur livrer les courses, un soldat démobilisé, commence à plaire aux deux (pas de la même façon bien sûr ! toutefois la gamine est amoureuse elle aussi…).

Cette histoire se lit bien, est astucieusement agencée, les petits rôles sont finement distribués. Pour autant nous n’avons pas un chef d’œuvre, certaines parties sont un peu longuettes. Le caractère un peu trop lisse de Flora ne rend pas le conflit aussi intéressant qu’on voudrait…

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Présentation

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