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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 19:07

 

Noir sur Blanc, 2018, 330 pages.

Sept jours dans la vie d’un homme et d’une femme, voisins, qui, nous le sentons sont appelés à se rencontrer même si de prime abord, ils ont tout l’air de s’éviter. Enfants, ils ‘étaient perdus ensemble et retrouvés dans la forêt, à présent ils ont plus de 40 ans. La femme est venue pour vendre sa datcha, l’homme réside dans la sienne et n’aime pas franchement la compagnie…

Cela se passe de nos jours au nord de Saint-Pétersbourg  à l’orée d’une forêt dense, à la fin d’un mois de juillet torride.

Les sept chapitres portent le titre des sept jours de la création selon la Bible. La vie des  héros du roman suivent donc cette évolution, bien que la fin du roman évoque davantage la fin du monde que le début.

La narration épouse tour à tour les pensées et sensations  de chaque personnage ( l’homme et la femme-ils ne sont pas nommés donc ils sont plus ou moins exemplaires ?) selon un flux de conscience  (un quasi monologue intérieur) qui mélange les remarques sur leur ressenti corporel , leurs actions au quotidien, leurs problèmes concrets, le souvenir de leur vie passée et des êtres maintenant disparus, les parents , et pour l’homme un ami cher, des  dialogues venus de l’extérieur  prononcés par les gens qui les entourent ( des gens ordinaires , des voisin, un soi-disant réparateur, des vieilles femmes…), des bruits, des  tout cela se fond en un méli-mélo vivant et fourmillant où parfois l’on se perd… on ne sait plus qui a dit quoi, il faut revenir en arrière.

On peut penser à Faulkner à Virginia Woolf … bref,  c’est ce type de construction narrative qu’a choisi l’auteur,  et elle y excelle. Diverses tonalités traversent le récit , le  mal être, le tragique, les mauvais rêves, voire le délire dominent,  mais aussi les soucis quotidiens et parfois,  on a presque envie de rire : lorsque l’homme tente de faire de la confiture de cassis et perd son dentier en goûtant l’affreuse mixture qu’il a obtenue !

Quoique non nommés, l’homme et la femme ont de personnalités très affirmées : l’homme est  traducteur de métier, il est sur un roman de science fiction qui l’ennuie et en même temps ça le sauve de ses pensées morbides : car son quotidien est infesté de soucis lié à la datcha où il vit : la serrure de l’abri de jardin est cassée et il n’arrive pas à la faire réparer, le fonctionnement des appareils ménagers est précaire, l’approvisionnement en nourriture difficile, et surtout à chaque instant il croit entendre ses parents décédés lui faire des remontrances sur sa façon de vivre et de gérer le tout venant (on se demande même s’il ne les entend pas réellement parler ses parents, si la frontière du réel et de l’imaginaire ne s’abolit pas pour lui).  La femme est plus réaliste mais elle aussi est gênée par  ses parents défunts : ils auraient aimé qu’elle soit une intellectuelle comme eux, et elle a opté pour des études commerciales, et y a réussi ; cela n’empêche pas un vécu douloureux et des remords à propos de mauvais souvenirs et de regrets ( elle voudrait avoir un enfant mais elle a déjà 47 ans) et elle est venue pour vendre une maison pleine de fantômes  . Une maison où dans la pièce à vivre son père avait accroché  une reproduction du Jugement Dernier de Bosch, ce  n’est pas de tout repos, mais pourquoi ne l’a-t-elle jamais décrochée ?

L’un et l’autre n’arrivent pas à vivre bien et la nature ne va pas les y aider.

Et les champignons ? Eh bien ils sont maléfiques, vénéneux et empoisonnent la vie et même l’estomac ; la femme consomme des champignons peu comestibles et s’en ressent..

Je ne  suis pas sûre d’avoir bien compris le message final,  mais le récit est captivant  et d’une haute tenue littéraire.

 

 

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commentaires

carmilla 15/09/2019 18:13

J'ai lu ce livre il y a quelques mois. Les critiques ont généralement été élogieuses. Mais j'ai personnellement été déçue.

Pour moi, c'est le prototype du roman russe contemporain avec un séjour dans la datcha où on médite sur la Nature. Et puis toutes les nostalgies diverses et variées sur l'"ancien temps", i.e. le communisme. Et enfin les désillusions du nouveau monde.

Il y a des milliers de livres comme celui-ci publiés en Russie. Certes, la construction et l'écriture de celui-ci sont intéressantes mais j'estime quand même qu'il est grand temps de changer, d'évoluer, de passer à autre chose. Il est temps que la littérature russe contemporaine cesse de ressasser les mêmes rengaines.

Bien à vous,

Carmilla

Dominique Poursin 15/09/2019 20:00

Je comprends! vous avez dû lire ce type de roman plus d'une fois. Pour moi, c'est différent. Je connais mal la littérature russe contemporaine. La construction m'a parue originale; j'ai apprécié l'atmosphère...

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