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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 23:08

(publié en 1961).

482 pages en Penguin classic, et 601 dans la traduction française faite pour les éditions POL qui avaient autrefois lancé une collection de littérature classique, abandonnée hélas, dont je possède encore quelques spécimens.

La préface, excellente, est de René Belletto, écrivain, guitariste, auteur de polars, traducteur.

Je n'achèverai pas ce blog sans avoir chroniqué un Belletto...mais lequel et quand?

 

Pour revenir aux Grandes espérances...

1)Un petit village dans une région marécageuse, à quelques heures de Londres en diligence.

L'ouverture est une scène de cimetière !

Pip, huit ans,  examine les pierres tombales.  Il  fait l'inventaire de sa famille disparue : sa mère Georgiana, et 4 frères. Cette promenade est rituelle.

Puis il s'en retourne chez Joe Gargery, forgeron qui l'élève avec l'aide de sa femme, Giorgiana,  qui est aussi la sœur aînée de Pip, la seule famille qui lui reste. Joe ne se défend pas, et ne veut pas défendre Pip contre cette tyranne domestique. Sa bonté un peu niaise influence même le jeune garçon.

Pip est apprenti forgeron.

Il  fréquente aussi son oncle Mr Pumblehook vendeur de grain, cynique et vaniteux, ainsi que Mr Wosple, le pasteur idéaliste qui rêve de devenir acteur. Deux occasions pour Dickens de camper des personnages pittoresques.

Dans cette ambiance, Pip est appelé chez l'étrange miss Havisham qui vit en robe de mariée depuis trente ans, terrée dans son logis aux persiennes toujours closes. Couverte de toiles d'araignée, elle rôde autour d'une table où trônent un gâteau moisi, et des couverts en piteux état. Son époux s'est enfui le jour des noces...

Pip tombe amoureux de sa fille adoptive, Estelle, jeune orpheline aux origines mystérieuses. Il prend  miss Havisham pour une sorte de bonne fée, (alors que le lecteur la perçoit comme une sorcière, le pendant bourgeois de Giorgiana),  rêve qu'elle lui donnera la main d'Estelle,  au terme d'une série d'épreuves qu'il lui  incombera de surmonter. Et que s'il se conduit bien, elle fera sa fortune, et le juge dès à présent digne de devenir un monsieur.


  Il atteint 15 ans lorsque sa  mâratre de sœur est victime d'une agression dont elle ne se remet pas. Gâteuse et affaiblie, elle ne martyrise plus personne. Une orpheline est employée pour vaquer aux soins de la maisonnée. Biddy va des vues sur Pip.

Mais voilà que le vœu du garçon semble se réaliser : un bienfaiteur dont le nom doit rester inconnu, veut qu'il fasse son éducation à Londres ; une grosse somme d'argent lui est allouée. Pip est sûr que Miss Havisham est derrière tout cela.


2) Pendant 5 ans, Pip va vivre ses années d'espèrance et d'oisiveté...

Cette partie londonienne lui fait croiser de nombreux personnages, le notaire Jagger, qui s'occupe de gérer son pécule à l'étude de la « petite Bretagne » et lui alloue une pension. Un ami, Herbert Pocket, dont la famille est couverte de dettes. 

Pip revient par intermittence visiter miss Havisham pour la faire parler, en vain. 
Estelle est lancée dans le monde, et fréquente l'abominable Drummle, ennemi juré de Pip, qui voit dans ce malotru un obstacle à vaincre pour conquérir Estelle. 

Herbert et lui s'endettent. Il lit beaucoup, mais ne prépare pas de cursus universitaire, ne songe à aucune profession ni occupation séreiuse. Un soir son bienfaiteur se présente : évidemment, ce n'était pas miss Havisham... mais le forçat Magwitch, que Pip avait caché et nourri au cimetière lorsque, à peine âgé de huit ans, il l'avait croisé, en se baladant parmi les pierres tombales.

Le forçat a fait fortune en Amérique, et envoyé de l'argent pour que Pip devienne un gentleman.

Cette révélation déçoit Pip. Il n'a pas aidé le forçat par bonté. Petit garçon, il en avait peur, et l'autre l'avait d'ailleurs menacé.


3)  Pip met Herbert dans le secret et Jaggers ferme les yeux. Magwitch a 60 ans il est toujour passible de la peine de mort. Pip décide de le renvoyer en Amérique par voie fluviale. Le forçat s'en fiche, sa vie s'achève, et il ne peut juger de l'effet réel provoqué sur Pip par ses largesses. 

Pip organise son évasion avec Herbert Startop et Wemich, clerc asscocié à Jaggers.

Entre temps Pip découvre les vraies origines d'Estelle, fille du forçat et d'une mère criminelle qui tenta de la tuer. Une dernière  visite à miss Havisham  se révèle peu probante. La vieille folle provoque un incendie qu'il maîtrise. Elle survit peu de temps, et Pip sera fort malade de ses brûlures. Au moment de faire évader Magwitch, il se rend à un rendez-vous anonyme et manque d'être assassiné par son ancien camarade de la forge, Orlich, qui était aussi l'auteur de l'agression de Giorgiana. Magwitch est repris, tue son  pire ennemi, et meurt à Newgate avant d'être pendu.

Pip et Herbert se décident à prendre des emplois de commis dans une entreprise d'import-export. Estelle a divorcé de Drummle qui la battait. Au village, Joe a épousé Biddy, et ils ont eu deux enfants. Le garçon s'appelle Pip. Ainsi Pip assure la descendance de son prénom, de son diminutif qu'il s'est choisi, mais pas de son nom "Pirrip".

Personne ne l'a jamais appelé autrement que Mr Pip...


Pip est le cousin de Lucien de Rubempré. Il n'a pas d'ambitions littéraires, mais il est comme l'autre, un héros négatif ne devant  son salut ou son infortune qu'à des  hasards qui le dépassent. Le forçat est un brave homme au contraire de Vautrin qui précipitait Lucien à sa perte. Les deux jeunes gens restent immatures. Outre Miss Havisham, personnage de sorcière intriguante, et Estelle qu'elle forme à lui ressembler et à la venger des hommes,  Magwitch est le forçat évadé et repenti, personnage emblématique lui ausssi.

Jaggers et Wemmich sont des notaires qui s'occupent de la fortune de Pip. Très réglementaire, Jaggers « s'en lave les mains », geste obsessionnel à double sens...

La famille Pocket est hystérique, couple mal assorti et enfants livrés à eux-mêmes, qui claquent de l'argent et passent leur temps à échapper à des créanciers. Les mêmes existent chez David Copperfield , et sont représentatifs de la famille de Dickens ...( Mr Pocket est prof d'université, dépassé par sa famille.)


 Dickens a un côté «  bon enfant » qui lui interdit de donner le premier rôle à un gredin tel que Vautrin. Cet auteur  a des idées chrétiennes qui n'effleurent pas Balzac. D'un autre côté sa façon de décrire les situations, de camper les personnages est plus légère, plus fine et humoristique que Balzac.

L'un se sert d'une plume et l'autre d'un gourdin a-t-on dit...

Les personnages les mieux réussis ne sont pas  les héros mais plutôt les seconds rôles importants tels que Jaggers le notaire rigide qui se fait comprendre à demi-mots lorqu'il veut communiquer quelque chose de personnel. L'abominable famille Pocket est bien vue aussi ainsi que Miss Havisham, qui crée une forte impression...



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commentaires

canthilde 29/06/2008 12:15

Je n'ai jamsi réussi à finir ce livre. Je trouve Dickens lourd et manquant effectivement d'humour. C'est curieux que ce soit lui qu'on ait le plus retenu parmi les écrivains anglais du XIXe siècle, il en existait de bien meilleurs !

Dominique Poursin 30/06/2008 11:07


De meilleurs écrivains,  tu as raison, il y en a eu, mais de meilleurs romanciers, je ne suis pas sûre...


Jérôme 28/05/2008 19:37

Je ne me suis pas acheté ses entretiens, c'est trop cher pour moi, mais j'espère bien les trouver un jour ou l'autre à la médiathèque

Dominique Poursin 28/05/2008 20:58


Les entretiens de Michon? Oui, ils sont vraiment chers...
Il y développe une théorie selon laquelle Madame Bovary aurait un sens "sacrificiel". A cause du mot " boeuf" dans le nom mais aussi plusieurs d chapitres sont réinterprétés dans ce sens, celui des
Comices agricoles, le repas de noces avec les viandes... Les Bovary ( tous les trois ) seraient destinés à être sacrifiés.


jerome 27/05/2008 06:20

dans cette collection POL je possède un début dans la vie de balzac avec une préface de l'ineffable michon...

Dominique Poursin 27/05/2008 09:25


Moi aussi j'ai plusieurs autres exemplaires de cette collection POL Classiques , close trop tôt.

J'ai feuilleté " Le Roi vient quand il veut". Le roi, est-ce Michon, lui-même?


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