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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 18:29
l-Invraisemblable-v--rit--.jpgL’Invraisemblable vérité (« Beyond The Reasonable Doubt »).
Film de 1956.

Le film s’ouvre sur une exécution capitale : inspection méticuleuse. Un homme vient de perdre la vie sur la chaise électrique.
Spencer, directeur d’un journal y assistait avec Tom Garrett son futur gendre.
Pendant le « spectacle », Spencer fait le procès de la peine de mort : l’assassin est condamné sans preuves réelles par la faute du gouverneur Thompson qui compte servir son hégémonie à l’aide de condamnations plus ou moins abusives.
Spencer et Tom visitent le centre de détention. Nous voyons des prisonniers qui jouent aux échecs à travers les barreaux d’une cellule. L’échiquier est placé à l’extérieur.
Tom Garrett (Dana Andrews) est un auteur de best-sellers. Sa future épouse Susan (Joan Fontaine) est ambitieuse. Victime tragique dans « Lettre à une inconnue » d’Ôphuls, épouse angoissée dans « Soupçons » d’Hitchcock, l’actrice joue ici le rôle d’une femme arriviste sans scrupules. Elle s’inquiète de la stabilité des succès éditoriaux de son amant, espère une réussite plus éclatante, une vraie célébrité. La façon dont ils s’embrassent manque singulièrement de fougue. A ce stade, Tom ressemble à un type sans grande envergure que l’on épouse pour son argent.
Tom reçoit un coup de téléphone privé, et, de retour auprès d ‘elle, décide de repousser la date du mariage.
Spencer apprend un fait divers : une danseuse de cabaret nommée Patti, vient d’être étranglée dans un bar. Il y voit une occasion de démontrer que la condamnation sans preuves réelles est dangereuse et conduit à tuer des innocents. Son plan : livrer à la police un innocent et, le faisant condamner, révéler ensuite, preuves en mains que les juges se sont trompés. Si le plan réussit, on ne condamnera jamais plus sans preuves.
Le journaliste doit trouver un » véritable innocent » innocent pour servir de cobaye. Ce ne peut être que son futur gendre ; Tom accepte immédiatement de jouer le « faux coupable ». Jusqu’ici il ne paraissait pas s’intéresser véritablement à la grande cause que veut servir son beau-père. Maintenant il est prêt à jouer ce jeu dangereux.
Le déroulement de l’enquête : Spencer a fabriqué plusieurs faux indices pour charger Tom : ceux-ci restent vagues mais ils font mouche de suite ; l’assassin est décrit : même s’il ressemble à n’importe qui ce sera tout de suite « quelqu’un ». Recherche d’identification à tout prix. Ensuite Tom, comme prévu, s’accuse du meurtre.
Tom est arrêté. Le procès va commencer.
Spencer fabrique des « preuves d’innocence» : un briquet laissé sur le lieu du crime, un bas dans l’automobile, des photos.
Spencer est tué dans un accident de voiture et ses « preuves » disparaissent avec lui, avant qu’il ait pu les montrer à la cour. L’innocence de Garrett ne peut plus être avérée. Les bonnes intentions de Spencer se sont retournées contre son cobaye.
Susan enquête à son tour avec son amant officieux, membre du District Attorney ; ils découvrent que Patti s’appelait Emma Blooker.
Un ami de Spencer découvre le papier où le récit de la machination est décrit et signé de sa main et le remet à Susan. Tom va être sauvé. Toutefois lorsqu’il en parle avec son épouse il dit « le gouverneur Thompson aurait dû chercher la vrai coupable de la mort d’Emma ». Susan sait le vrai nom de Patti.
Tom s’est trahi pour avoir trop parlé, lui qui n’est pas bavard. Il explique à Susan qu’il avait mise Emma enceinte et s’était vu contraint de l’épouser. Il l’avait abandonnée au Mexique, sans réussir à divorcer. Devenu célèbre, il voit encore revenir cette gênante épouse qui le fait chanter. Il l’a bien tuée.
Susan doit à son père de dire la vérité. D’ailleurs, elle a un autre amoureux. Tom va sur la chaise électrique qui l’attendait depuis le début.
La manigance de Spencer était en dessous de celle de Tom. Ce dernier, se faisant passer pour coupable, avait une chance d’être innocenté. Paradoxe qui fait l’intérêt du film. Qu’est-ce que la culpabilité, qu’est-ce que l’innocence ?
Le spectateur n’éprouve nul regret pour Tom, auteur à succès, sans idées, trop ambitieux. S’il ne servait à démontrer les erreurs de la justice et ne se servait des bonnes intentions de Spencer pour se cacher, il serait inconsistant.
Le coupable a pu se faire passer pour coupable afin d’être reconnu innocent. Il aurait pu réussir : que devenaient alors les généreuses intentions de Spencer ?
Son « nul ne doit être présumé coupable » devient « nul ne doit être présumé innocent. Le gouverneur peut bien être corrompu,la société n’est pas à la hauteur pour l’empêcher de nuire.
Spencer apparaît comme un bon père qui a un mauvais fils, un pauvre type assassin qui ne doit son sort qu’à des critères subjectifs. Pour servir la thèse de Spencer il eût dû être innocent. Pour arranger Susan, qui ne veut plus de lui, il est reconnu coupable. On peut penser qu’inconsciemment Spencer le sait coupable et cherche à l’innocenter.
Nous sommes bien dans un monde où l’on fait sa justice soi-même avant que les lois n’interviennent.

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